L'économie mondiale menacée de rechute malgré la liquidité

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L'ÉCONOMIE MONDIALE MENACÉE DE RECHUTE
L'ÉCONOMIE MONDIALE MENACÉE DE RECHUTE

LONDRES/PARIS (Reuters) - L'économie chinoise faiblit, celle de la zone euro est à l'arrêt, l'activité s'est fortement contractée au Japon, la déflation salariale menace en Grande-Bretagne et les Etats-Unis tournent au ralenti.

Les préoccupations géopolitiques - crise ukrainienne, montée en puissance de l'Etat islamique en Irak et en Syrie, épidémie de fièvre Ebola en Afrique de l'Ouest - ont relégué la croissance mondiale au second plan. Elle montre pourtant de plus en plus de signes d'affaiblissement en dépit de liquidités toujours très abondantes et de taux d'intérêt à des plus bas record.

"Nous pensons qu'il y a un fort risque que l'année 2015 ne soit pas meilleure pour l'économie mondiale que l'année 2014, la compréhension de cette absence d'amélioration conduit déjà et va conduire à une correction des marchés financiers : baisse de taux d'intérêt sur les dettes sans risque, hausse des primes de risque, baisse des cours boursiers", prévient Patrick Artus, économiste de Natixis.

Si de nombreux responsables monétaires souhaiteraient prendre leur distance avec les politiques ultra-accommodantes mises en oeuvre pour faire face aux conséquences de la crise financière, les économies n'ont pas eu le répondant espéré.

Le marasme économique persistant a éloigné l'horizon d'une normalisation des politiques monétaires et de nombreuses banques centrales semblent plus proches de nouveaux assouplissements que d'un durcissement de leur politique.

En Chine, la croissance de l'activité manufacturière a ralenti en août pour atteindre un plus bas de trois mois selon l'indice provisoire HSBC Markit alors que les financements à l'économie sont tombés en juillet à un plus bas de près de six ans.

Le secteur du logement, qui représente près de 15% de l'économie chinoise, montre aussi des signes d'affaiblissement.

Les prévisions de croissance pour l'ensemble de l'année n'ont pas été remises en cause mais les dernières données économiques ont ouvert la voie à un assouplissement de la politique monétaire chinoise.

"La contraction des liquidités circulant dans l'économie va nuire à la croissance économique", a déclaré à Reuters Chen Dongqi, directeur délégué de l'Académie de recherches macroéconomiques, un centre d'études gouvernemental. "La voie a été ouverte à une baisse des taux d'intérêt et du ratio de réserves obligatoires."

DÉCALAGES ET ABSENCE DE SYNERGIES

Au sein de la zone euro, la question est bien moins de réduire la liquidité que de savoir dans quelle mesure la Banque centrale européenne devrait transformer son programme très encadré d'intervention sur les obligations gouvernementales en un programme de rachat massif d'actifs.

La BCE, qui a déjà injecté plus de mille milliards de liquidités dans l'économie, en grande partie remboursées depuis, s'apprête à en fournir si nécessaire mille milliards supplémentaires, de manière plus ciblée.

Pour autant, la reprise a calé au deuxième trimestre au sein du bloc des dix-huit pays partageant l'euro, et l'inflation est tombé à 0,4% en rythme annuel au mois de juillet, accentuant les craintes de déflation. La croissance du secteur privé a faibli de manière plus marquée que prévu en août sur fond de baisse des prix, selon les données provisoires de l'enquête Markit auprès des directeurs d'achat publiée jeudi.

"Les risques entourant les perspectives économiques de la zone euro demeurent orientés à la baisse", avait d'ailleurs prévenu le mois dernier le président de la BCE Mario Draghi.

Pour Jacob Funk Kirkegaard, chercheur au Petersen Institute of International Economics, le principal problème auquel les banques centrales sont confrontées est que les fondements de la croissance économique mondiale ne sont pas alignés et que les différentes économies ne sont pas en synergie.

"Il n'y a aucun pays (actuellement) pour compenser l'affaiblissement", estime-t-il. "Quant à l'éventualité du consommateur américain venant à la rescousse de la demande globale, n'y comptez pas !"

Un diagnostic conforté par les derniers chiffres de l'emploi aux Etats-Unis, qui ont reflété des créations de postes soutenues mais sans hausse des salaires dans le secteur privé et sans amélioration du chômage de longue durée.

L'évolution du marché du travail jointe à une croissance économique à un rythme encore modeste ont conduit la présidente de la Réserve fédérale Janet Yellen à tempérer les anticipations d'une hausse des taux directeurs au moins jusqu'à ce que les chiffres sur les créations d'emploi et les salaires montrent que les conséquences de la crise financière sont "complètement effacées".

La Réserve fédérale a toutefois souligné la rapidité de l'amélioration du marché du travail américain lors de sa dernière réunion de politique monétaire dont le compte rendu a été publié mercredi.

La Grande-Bretagne, dont l'économie affiche la croissance la plus forte parmi le groupe des sept principales économies mondiales (G7) est dans une situation comparable.

Deux des neuf membres du comité de politique monétaire de la Banque d'Angleterre ont voté en faveur d'un relèvement immédiat des taux lors de la réunion du début du mois, une première depuis trois ans, selon le compte rendu publié également mercredi.

DIFFICULTÉS DURABLES OU RATÉS PASSAGERS

Les indicateurs communiqués depuis cette réunion ont toutefois fait état d'un recul du salaire moyen pour la première fois en cinq ans, d'une chute de l'inflation et d'un ralentissement des créations d'emploi.

Les ventes au détail ont aussi progressé à un rythme moins élevé que prévu en juillet, selon des chiffres officiels publiés jeudi.

La Banque d'Angleterre, a dit son gouverneur Mark Carney, attendra que la croissance des salaires soit durable avant de relever les taux, même si cela ne signifie pas nécessairement que celle-ci doive être plus rapide que l'inflation.

Mario Draghi et Janet Yellen seront au nombre des banquiers centraux qui se réunissent vendredi à Jackson Hole, dans l'Etat américain du Wyoming, pour le traditionnel symposium annuel à l'invitation de la Fed régionale de Kansas City. Ils risquent d'être à la peine pour faire la part entre ce qui relève de difficultés durables de l'économie mondiale et de ratés passagers.

L'économie japonaise s'est ainsi contractée de 6,8% en rythme annualisé au deuxième trimestre, sa contraction la plus forte depuis le séisme et le tsunami de mars 2011, mais le gouvernement espère que celle-ci est principalement imputable à la hausse de la TVA intervenue le 1er avril qui a pesé sur la consommation des ménages.

De même, le recul des salaires en Grande-Bretagne peut en partie s'expliquer par leur forte hausse un an auparavant après la baisse du taux d'imposition pour les revenus les plus élevés, un effet de base qui a vocation à s'estomper.

Il n'en reste pas moins que les économie du G7 croissent à un rythme bien inférieur à la tendance. Elles ont enregistré une croissance d'un peu plus de 2% l'an en moyenne entre 1981 et 2013 alors que la prévision pour cette année est de moins de 1,5%, avant même la prise en compte des conséquences des tensions géopolitiques.

(Jeremy Gaunt à Londres, Marc Joanny à Paris, édité par Dominique Rodriguez)

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  • M8758563 le jeudi 21 aout 2014 à 15:31

    mais les bourses continuent de fuir en avant .............US surtout!!!!