L'économie française stagne depuis la mi-2011

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LA CROISSANCE FRANÇAISE
LA CROISSANCE FRANÇAISE

par Yann Le Guernigou

PARIS (Reuters) - L'économie française a enregistré une croissance nulle pour le troisième trimestre consécutif sur la période avril-juin, échappant de justesse à une récession qui touche plusieurs de ses partenaires européens.

Mais les comptes nationaux publiés mardi par l'Insee ne contiennent aucun élément de nature à conforter le petit rebond prévu jusqu'ici par l'institut au second semestre, d'autant plus qu'ils s'accompagnent de l'annonce de destructions d'emplois dans un secteur industriel en panne.

Anticipé en repli de 0,1% par les économistes, le produit intérieur brut (PIB) du deuxième trimestre est ressorti inchangé en première estimation, tout comme au premier trimestre. L'Insee a revu en baisse parallèlement celui du quatrième trimestre 2011, à +0,0% contre +0,1% annoncé précédemment.

L'acquis de croissance pour 2012, à savoir la performance de l'économie française sur l'ensemble de l'année si l'évolution du PIB restait nulle sur les six derniers mois, se situe à 0,2%, niveau inchangé par rapport à fin mars.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Pierre Moscovici, a reconnu que les chiffres du PIB n'étaient pas excellents mais s'est félicité que la France, à l'inverse de l'Espagne ou de l'Italie, ne soit pas en récession.

Interrogé sur Europe 1, il a jugé que la prévision de croissance de 0,3% retenue par le gouvernement dans la loi de finances rectificative votée fin juillet était "raisonnable".

Il a dit maintenir "totalement" celle de 1,2% envisagée pour 2013, même si cela "suppose que nous travaillions durement au retour de la croissance". Il a invoqué pour cela le recours à un levier européen, avec le pacte de croissance conclu fin juin "et des mesures de stabilisation de la zone euro".

LES MÉNAGES DÉPENSENT MOINS

Pour le deuxième trimestre, la contribution de la demande intérieure finale (hors stocks) à la croissance est estimée à 0,1 point après avoir été nulle au premier. Les dépenses de consommation des ménages, traditionnel levier de l'économie française, ont reculé de 0,2%.

A l'inverse, les comptes du deuxième trimestre ont bénéficié d'un effet variation des stocks des entreprises qui a contribué pour 0,3 point à la croissance et d'un rebond de l'investissement des entreprises (+0,7%).

"On observe une légère reprise de l'investissement et un mouvement de restockage, ce qui veut dire aussi que les entreprises ont un peu plus de visibilité sur l'avenir", a estimé Pierre Moscovici.

Les économistes y voient plutôt un rebond technique, s'agissant surtout des investissements des entreprises qui, après avoir progressé de 5,1% en 2011, avaient accusé un net recul au premier trimestre (-1,4%).

"L'économie française sauve les meubles et évite la récession mais il n'y a aucune dynamique de croissance", constate Christian Parisot, économiste chez Aurel BGC.

"La demande intérieure est très faible, la consommation des ménages a reculé et les exportations ne sont pas dynamiques, ce qui montre que l'on souffre de la crise" qui ébranle les pays du sud de l'Europe, ajoute-t-il.

CHUTE DE L'EMPLOI INTÉRIMAIRE

Celle-ci commence à affecter aussi l'économie allemande qui, si elle a affiché un taux de croissance de 0,3% au deuxième trimestre, enregistre elle aussi un accès de faiblesse des investissements de ses entreprises directement lié à la situation de la zone euro.

La baisse continue des carnets de commandes dans le secteur manufacturier des deux côtés du Rhin en est le signe le plus visible, telle qu'elle apparaît notamment dans les enquêtes auprès des directeurs d'achats.

Dans ses dernières prévisions fin juin, l'Insee anticipait pour le troisième trimestre un léger rebond de la croissance française (+0,1%) qui s'amplifierait au quatrième (+0,2%). Sur la base de ses propres indicateurs d'activité, la Banque de France table sur un recul de 0,1% sur juillet-septembre.

Pierre Moscovici a fait valoir que le gouvernement agissait pour soutenir la consommation des ménages avec des mesures comme le coup de pouce donné au smic ou la hausse de l'allocation de rentrée scolaire.

Mais celle-ci est aussi impactée par la montée du chômage, qui contraste avec la robustesse de l'emploi outre-Rhin. L'Insee et le ministère du Travail ont annoncé mardi que 11.700 emplois avaient été supprimés dans les secteurs marchands de l'économie française au deuxième trimestre, une évolution due au secteur de l'intérim, qui a perdu 19.900 postes.

Ces chiffres, qui concernent au premier chef l'industrie, "témoignent d'une vraie dégradation du marché du travail", a estimé Ludovic Subran, responsable des études économiques de l'assureur crédit Euler Hermes.

Edité par Yves Clarisse

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  • M4896128 le mardi 14 aout 2012 à 14:54

    Beaucoup de marketing politique depuis 100 jours. Peu de mesures courageuses pour préserver la france des affres de la crise européenne. L'INSEE, institut gouvernemental, annonce 0% de croissance. La Banque de France, indépendante des politiques, annonce -0.1% de croissance, donc début de récession... Dormez, braves gens ... Les promesses (et les affirmations non démontrées) n'engagent que ceux qui les écoutent ...

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