« L'économie de la démondialisation ! » (Véronique Riches-Flores)

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Le commerce mondial ne s'est pas remis de la crise économique et financière de 2008.
Le commerce mondial ne s'est pas remis de la crise économique et financière de 2008.

Depuis 2008, le commerce mondial patine... Or, l'inertie des échanges réduit le potentiel de croissance mondiale constate Véronique Riches-Flores, économiste (Riches-Flores Research) et membre du Cercle des analystes indépendants.

Entre 1990 et 2008, le volume des échanges mondiaux a été multiplié par près de deux, correspondant à une croissance 1,6 fois plus rapide que celle de la production mondiale. Politique de libre échange, émergence des pays d'Asie, délocalisation et déséquilibres des comptes courants, expliquent pour l'essentiel cette mondialisation puis, dans son sillage, le mouvement de globalisation économique et financière qui a caractérisé les années 2000. Au cours de cette période tous les pays ont bénéficié d'une croissance exceptionnelle de leurs exportations, y compris les plus mauvais, dont on lisait la sous-performance par la perte de parts de marchés -expression d'une croissance moins rapide que celle du reste du monde- plutôt que par un déclin absolu de leurs ventes. Ainsi, le volume des exportations françaises était en 2008 près de 2,5 fois plus élevé qu'en 1990, quand la production industrielle avait augmenté de moins de 15 % sur l'ensemble de la période.

Le développement des échanges a, de fait, eu un effet d'entrainement inestimable sur la croissance mondiale des vingt dernières années avant la crise, permettant tout à la fois aux plus pauvres de se construire une base industrielle sur laquelle asseoir leur développement et aux plus riches de se refaire une jeunesse, après deux décennies particulièrement difficiles qui avaient suivi les deux chocs pétroliers de 1973 et 1981. Le mouvement de globalisation qui s'en est suivi a, par ailleurs, changé la face du monde. Aux flux commerciaux ont succédé les flux d'investissements internationaux, les flux financiers, ceux de travailleurs en même temps que de touristes. L'économie est devenue, à ce point, globale, qu'à l'automne 2008, la seule faillite d'une des premières banques américaines a ébranlé en vingt-quatre heures l'ensemble de la planète.

Le commerce mondial ne s'est jamais véritablement remis de la crise économique et financière de 2008. Si le volume des échanges a pu retrouver rapidement ses niveaux d'avant crise, les choses n'ont guère évolué depuis. Stagnant depuis 2011, le contenu en importations de la croissance mondiale reflue ces derniers mois et pourrait bien avoir entamé un mouvement durable de repli.

 

 

Contenu en importations de la production mondiale
Contenu en importations de la production mondiale

 

Une telle rupture est considérable d'importance. Elle explique à bien des égards les difficultés économiques récurrentes de ces dernières années et signale un profond changement des rouages économiques internationaux.

  • En supprimant  l'une des principales courroies de transmission de la croissance à l'échelle internationale, l'inertie des échanges a non seulement pour effet de réduire le potentiel de croissance mondiale mais également de créer davantage de disparités, elles-mêmes sources de déséquilibre et d'instabilités, notamment sur les marchés des changes.
  • Les pays émergents, dont l'essor a reposé sur la dynamique de leurs exportations, source de revenus indispensables à la satisfaction de leur décollage domestique, se voient en particulier confisqué le principal soutien à leur développement.
  • Un tel environnement est par nature moins propice à la prise de risque, nuisant de facto aux investissements des entreprises et aux flux d'investissements directs internationaux, ce qui est susceptible d'entretenir l'inertie des échanges et de réduire les chances d'une reprise soutenue de la croissance mondiale.
  • Ces tendances posent, enfin, la question de leur coût pour des entreprises de plus en plus mondialisées dont le développement de ces dernières années est indissociable des espoirs d'une croissance toujours soutenue de leurs débouchés internationaux.

On comprend à quel point une anémie durable de croissance des échanges mondiaux serait préoccupante pour l'avenir. Le risque que cette situation perdure est pourtant réel. A court terme, faible croissance économique sur fond de tensions géopolitiques internationales préfigurent probablement une accentuation de la tendance au repli des échanges constatée depuis le début de l'année. A plus long terme, c'est du côté chinois que se trouveront, ou non, les chances de voir s'inverser la trajectoire de ces derniers mois. Après avoir été le principal moteur de la mondialisation, le repli de la Chine sur elle-même explique, en effet, dans une large mesure la rupture des échanges internationaux depuis 2011... Dès lors, la réouverture, à terme, de l'économie chinoise aux importations mondiales semble-t-elle un préalable au retour d'un environnement plus porteur.

Véronique Riches-Flores

 

 

Contenu en importations de la production des pays émergents
Contenu en importations de la production des pays émergents

 

 

Le Cercle des analystes indépendants est une association constituée entre une douzaine de bureaux indépendants à l'initiative de Valquant, la société d'analyse financière présidée par Eric Galiègue, pour promouvoir l'analyse indépendante.

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  • titide le lundi 29 sept 2014 à 10:17

    il faut démondialiser un maximum.Arreter ce tourisme imbécile qui détruit la planete et ces trabsports de marchandises inutiles.Réapprendre à consommer local.C'est idiot d'acheter des voitures construites à l'autre bout du monde alors que l'on en a de meilleures chez nous.Pareil pour la nourriture;contentons nous de ce qui est produit chez nous.Il n'y a pas plus stupide que ces portes conteneurs géants qui promenent des marchandises juste pour faire du fric.

  • flexmoul le lundi 29 sept 2014 à 09:56

    La fin de la mondialisation et du suçage de sang par les parasites

  • M6437502 le lundi 29 sept 2014 à 09:47

    e1er but à atteindre: limiter drastiquement nos importations de pétrole qui laminent nos avoirs. Développer à fond l'utilisation de la biomasse.2ème but: ne pas transférer de nouvelles technologies à des pays à main d'œuvre bon marché et qui détruisent nos industries.3ème but: bloquer l'immigration de populations qui ne peuvent être assimilées et détruisent nos sociétés.

  • gfarmer0 le lundi 29 sept 2014 à 09:01

    Les courbes c'est très utile quand on comprends bien les données du graphique. Et la je ne comprends pas ....

  • gacher le lundi 29 sept 2014 à 08:39

    dix ans de redistribution des richesses avant d'assister à la fin d'un système. la terre n'a pas des richesses infinies, et plus ca va, moins elles sont accessibles. la croissance des émergents à accélérer le phénomène. C'est fini la croissance.

  • guerber3 le dimanche 28 sept 2014 à 16:47

    La globalisation : il s'agit de transferts de production vers les main-d' œuvre à bas prix, la conséquence est l'arrêt de production dans les pays avancés, donc de la croissance de leur dette puisqu'ils continuent de consommer, donc d' importer, donc le tout va dans le mur...!

  • remimar3 le dimanche 28 sept 2014 à 13:55

    La mondialisation a tué les manufactures de proximité et ce pas seulement dans les pays développés. On donne du boulot aux pays émergents et pendant ce temps la les intermédiaires se gavent en revendant ce qu'ils ont acheté 10 fois le prix de revient. On voit bien qui a intérêt à ce que ça se prolonge. Les émergents n'ont qu'à produire pour leur propre population, il y a un marché là bas.

  • podolo le dimanche 28 sept 2014 à 03:29

    Toujours les mêmes discours sur la mondialisation heureuse, apportant croissance et prospérité pour tous. Rien sur la guerre des monnaies dans cet article ?

  • nmrkn le dimanche 28 sept 2014 à 01:33

    Ces mecs de BFM qui savent tout on se demande pourquoi ils ne se font pas élire président, ils sauveraient la France à moins que leurs belles théories ne se cassent le nez sur la réalité.

  • remimar3 le samedi 27 sept 2014 à 05:04

    3 causes : Ebola, Sanctions contre la Russie, Menaces terroristes.Conséquences : Baisse du PIB des pays émergents, inflation (diminution du flux des produits pas chers issus des émergents), Retour de l'emploi dans les pays développés au détriment des pays émergents, dans un premier temps puis la robotique rediminuera les coûts et l'emploi, création de blocs de niveau de développement cohérents pour échanges en leur sein, diminution des échanges aériens, menaces sur le porte containers...