L'économie britannique risque une récession post-Brexit

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L'ÉCONOMIE BRITANNIQUE RISQUE UNE RÉCESSION POST-BREXIT
L'ÉCONOMIE BRITANNIQUE RISQUE UNE RÉCESSION POST-BREXIT

LONDRES (Reuters) - Le vote des électeurs britanniques en faveur d'une sortie de leur pays de l'Union européenne risque de plonger le Royaume-Uni dans la récession et de forcer la Banque d'Angleterre (BoE) à assouplir encore sa politique monétaire, montre vendredi une enquête de Reuters.

Selon 70 économistes et responsables de stratégies d'investissements interrogés après le résultat du référendum, la dépréciation de la livre sterling risque de se poursuivre et la médiane de leurs estimations de la probabilité d'une récession en Grande-Bretagne est de 53%.

Ces spécialistes estiment que le produit intérieur brut (PIB) de la Grande-Bretagne devrait stagner au deuxième semestre de cette année alors qu'ils tablaient avant le scrutin sur une croissance de 0,5% aux troisième et quatrième trimestres.

"Le vote pour une sortie de l'UE a clairement affaibli les perspectives à court terme de l'économie britannique", estime Jonathan Loynes, de Capital Economics.

Le gouverneur de la Banque d'Angleterre, Mark Carney, a déclaré que l'institution évaluerait dans les semaines à venir l'opportunité de nouvelles initiatives de politique monétaire, mais ses marges de manoeuvre sont limitées.

Alors que le taux directeur de la BoE est fixé depuis plus de sept ans à 0,5%, son plus bas niveau historique, les observateurs interrogés avant le scrutin estimaient que sa prochaine modification serait une hausse.

BAISSE DE TAUX ET HAUSSE DU QE JUGÉES PROBABLES

Mais la donne a changé et vendredi, 19 des économistes interrogés ont estimé que le Comité de politique monétaire (MPC) s'orientait désormais vers une baisse du taux de base, cinq d'entre eux que la banque centrale allait augmenter son programme d'assouplissement quantitatif (QE), qui atteint pour l'instant 375 milliards de livres, et 21 ont dit tabler sur une combinaison entre baisse de taux et hausse du QE.

Aucun d'eux n'a déclaré anticiper un resserrement de la politique monétaire.

"Au vu du niveau actuel très faible de l'inflation et des anticipations d'inflation limitées, nous nous attendons à ce que la BoE abaisse le taux d'intérêt à zéro (mais pas en dessous de zéro) assez rapidement pour soutenir l'activité économique", a expliqué Daniel Vernazza, d'UniCredit.

"Le MPC pourrait aussi reprendre ses achats d'actifs si la situation financière au Royaume-Uni se dégrade fortement."

Les économistes et investisseurs interrogés estiment en outre que la livre sterling, déjà en forte baisse, devrait encore se déprécier. Le consensus voit la devise britannique tomber au plus bas à 1,28 dollar au cours des trois prochains mois, soit près de 7% en dessous de son niveau de vendredi à la mi-journée (1,37 dollar).

La faiblesse de la livre faisant mécaniquement monter le prix des importations, l'inflation britannique pourrait atteindre 3% d'ici deux ans, un niveau supérieur à l'objectif de 2% que s'est fixé la BoE, précise l'enquête, ce qui risquerait de compliquer la politique monétaire.

Pour les économistes de Barclays, "le MPC de la Banque d'Angleterre choisira d'ignorer le dépassement de l'objectif d'inflation (...) Il va au contraire recourir à un nouvel assouplissement de la politique monétaire face à l'augmentation de l'incertitude et de la volatilité des marchés financiers".

(Jonathan Cable et Sumanta Dey, Marc Angrand pour le service français)

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