L'école pour tous, un rêve impossible, craint l'Unesco

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L'ÉCOLE POUR TOUS, UN RÊVE IMPOSSIBLE ?
L'ÉCOLE POUR TOUS, UN RÊVE IMPOSSIBLE ?

PARIS (Reuters) - L'objectif de l'Unesco de voir tous les enfants de la planète scolarisés en primaire à l'horizon 2015 risque fort de ne pas être atteint, déplore l'Unesco.

L'Education pour tous (EPT), programme lancé par l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture en 2000, avait permis d'enregistrer pendant une dizaine d'années des progrès encourageants.

Mais l'heure est à la désillusion, le dernier rapport de suivi de l'EPT pour 2012 publié mardi constatant une stagnation, voire une récession sur certains objectifs, notamment le taux de scolarisation en primaire.

A trois ans du terme fixé par l'EPT, il ne fait guère de doute que certaines carences en matière d'éducation dans le monde ne seront pas comblées.

L'urgence est grande cependant. Le monde n'a jamais compté autant de jeunes. Un sur huit est au chômage, un sur quatre cantonné dans un emploi qui ne lui permet pas de se hisser au-dessus du seuil de pauvreté, évalue le rapport.

"Sous l'effet de la crise économique, qui prend les pays à la gorge partout dans le monde, le manque cruel de qualification des jeunes s'avère particulièrement dévastateur", lit-on dans les conclusions de l'étude.

Dans les pays en développement, où le problème est le plus criant et qui ont fait l'objet d'une attention particulière de la part des auteurs, 200 millions de jeunes de 15 à 24 ans n'ont pas achevé l'école primaire.

L'AIDE MAL UTILISÉE

Les pays les plus riches ont eux aussi besoin de réfléchir à leur politique en matière d'éducation, avec une école parfois inopérante dans certaines zones défavorisées, comme les banlieues françaises, et un taux de décrochage scolaire en augmentation constante.

L'Unesco a d'ailleurs noté avec intérêt le constat d'échec dressé récemment par François Hollande à propos du système éducatif français et sa volonté de faire de la refondation de l'école publique une priorité de son quinquennat.

A l'image de la France, la plupart des pays protègent leur budget pour l'éducation. Le problème est ailleurs, notamment dans le fait que l'aide au développement, émanant des Etats ou de donateurs privés, se rétrécit dans un contexte de stagnation économique.

"Certains signes préoccupants suggèrent que l'aide à l'éducation se ralentit au moment même où les enfants et les jeunes en ont le plus besoin", note Pauline Rose, directrice du rapport.

"Les gouvernements et les donateurs doivent trouver l'argent et l'énergie nécessaires pour aider les jeunes les plus exclus à acquérir les compétences dont ils ont désespérément besoin, de même que l'économie de leurs pays", ajoute-t-elle. "Le secteur privé sera le premier à bénéficier de cette main-d'oeuvre qualifiée et doit lui aussi augmenter son soutien financier."

Les fonds d'aide à l'éducation sont par ailleurs mal utilisés, par exemple pour soutenir les étudiants étrangers dans les pays donateurs alors qu'il serait plus judicieux de se concentrer sur la formation des jeunes défavorisés des pays pauvres, suggère le rapport.

SOMMES COLOSSALES POUR L'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR

Des sommes colossales sont allouées à l'enseignement supérieur alors qu'une minorité d'enfants parvient à ce niveau, relèvent encore les auteurs. Le soutien, ajoutent-ils, se porte massivement sur les économies émergentes - Brésil, Inde, Chine - et non sur les pays en développement qui en auraient pourtant davantage besoin.

La simple logique économique devrait pourtant inciter les donateurs à mettre la main à la poche. Chaque dollar investi dans la formation et les compétences des jeunes des pays en développement génère en effet 10 à 15 dollars de croissance, selon les calculs de l'Unesco.

Quelque 171 millions de personnes pourraient tourner le dos à la pauvreté si tous les élèves des pays pauvres savaient lire, conclut le rapport.

La tâche est ardue mais l'enjeu en vaut la peine et les Nations unies ne désarment pas, qui ont lancé le 26 septembre, sous l'initiative de leur secrétaire général, un programme baptisé "l'éducation avant tout".

"Nos objectifs communs sont simples", a déclaré Ban Ki-moon à cette occasion. "Nous souhaitons que tous les enfants aillent à l'école primaire et progressent vers l'enseignement secondaire et un enseignement supérieur pertinent, ce qui les aidera à réussir dans la vie et à devenir des citoyens du monde engagés et productifs".

Patrick Vignal, édité par Yves Clarisse

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