L'école de joaillerie Van Cleef & Arpels, pour les fans et pour les profanes

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Des étudiants participent à un atelier à l'école de joaillerie Van Cleef & Arpels AFP PHOTO / FRED DUFOUR
Des étudiants participent à un atelier à l'école de joaillerie Van Cleef & Arpels AFP PHOTO / FRED DUFOUR

(AFP) - Ils étaient douze élèves novices, neuf femmes et trois hommes, réunis dans les locaux flambant neufs de l'école de joaillerie Van Cleef & Arpels inaugurés mardi près de la Place Vendôme à Paris.

Jean-Christophe Auroux, 34 ans, travaille habituellement dans le contrôle de gestion. Cette matinée, c'est son cadeau de Noël, explique-t-il à l'AFP. "Sympa, mais pas évident", note-t-il entre deux coups de scie sur une petite plaque d'argent.

"C'est physique, j'ai mal aux mains !", renchérit sa voisine Pauline Abarnou, 30 ans, salariée dans l'hôtellerie.

Créée en février 2012, cette école d'initiation unique au monde vise à "lever le voile sur un métier méconnu et susciter des vocations", explique sa présidente Marie Vallanet.

Pourquoi ? Parce que la France peine à recruter dans ce secteur, malgré la renommée de sa joaillerie sur la scène internationale, malgré ses fabrications pour les plus grands noms du métier et ses excellentes écoles de formation, dont la célèbre Ecole Boulle.

Il lui faut pourtant développer des capacités de production pour faire face à une demande mondiale en plein essor. A elle seule, la production de bijouterie-joaillerie représentait en France un chiffre d'affaires de 1,6 milliard d'euros en 2012, soit 20% de plus qu'en 2009.

"Dans l'inconscient collectif, le luxe c'est les paillettes. Mais ce qui est intéressant, c'est ce qu'il y a derrière. On s'est dit qu'il fallait faire mieux connaître le métier", dit Mme Vallanet, 62 ans, ex-professeur de français entrée d'abord chez Cartier avant de rejoindre Van Cleef -- deux maisons du groupe suisse Richemont.

En deux ans, l'école a accueilli 2.200 élèves dont la moitié d'étrangers, venus pour certains du bout du monde (Brésil, Japon, Chine...). "Le succès a été immédiat", se réjouit sa présidente, en faisant visiter les nouvelles salles de cours, parquetées et lumineuses.

L'école désormais agrandie sur 750 m2 est installée dans l'immeuble où oeuvrent les "mains d'or" de Van Cleef, ces artisans virtuoses de la haute joaillerie et auteurs de pièces uniques, dont le prix frise parfois l'inimaginable.

Non, elle n'est pas rentable. "Mais la rentabilité n'est pas le but premier", dit sa présidente. L'objectif est de faire découvrir un univers.

450 heures de travail pour une bague

L'affaire apporte au passage des retombées d'image positives pour Van Cleef.

La douzaine d'ateliers proposés attire des gens de tous âges, y compris des jeunes qui cherchent leur voie. Le coût ? De 600 à 950 euros par module de 4 heures. En moyenne, les élèves suivent trois cours, indique la présidente. Des ateliers sont aussi organisés pour des entreprises.

Aamir l'horloger explique comment démonter et remonter entièrement le mouvement mécanique d'une montre, en maniant le tournevis, loupe rivée sur un oeil. Dans un autre atelier, Dominique le gemmologue enseigne au public d'où proviennent les pierres et comment les reconnaître.

Ce mardi, les élèves planchent sur plusieurs étapes du savoir-faire joaillier, encadrés par quatre professionnels. Victoria, la dessinatrice, explique comment "mettre en lumière" une bague et son opale rose. Après avoir tâté du gouaché, l'élève s'attèlera à la conception d'une maquette, en cire ou en métal. Deux heures peuvent suffire pour fabriquer un petit modèle.

Avec Blaise, l'équipe découvre le travail du sertissage. Ils apprennent à "relever le grain", un travail de précision. Penché sur l'établi, le joaillier Maxime, au service de Van Cleef depuis 33 ans, observe les manoeuvres de quatre élèves. Il juge l'une particulièrement douée. La jeune femme de 25 ans explique travailler d'ordinaire dans les ressources humaines.

Maxime souligne la nécessaire patience que requiert son métier. Son record pour une bague ? 450 heures de travail. Il donne quelques conseils. "Quand on porte une bague en émeraude, on ne doit pas mettre la main dans le congélateur, le choc thermique est très mauvais pour la pierre..."

En juillet dernier, l'école Van Cleef & Arpels s'est délocalisée pendant deux semaines à Tokyo, attirant 660 élèves pour des cours en anglais. Une nouvelle virée à l'étranger est prévue fin 2014, indique sa présidente : "à Hong Kong ou aux Etats-Unis. On verra".

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