L'écart entre gazole et essence diminue 

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L'arrivée de l'hiver et l'équilibre précaire entre offre et demande dopent les prix.


L'hiver approche et la pression se renforce sur les prix des produits pétroliers. Cela est particulièrement vrai pour le gazole, qui grimpe au point de combler l'écart qui le sépare traditionnellement de l'essence. Au début du mois, le différentiel s'élevait en moyenne à 13 centimes d'euro à la pompe, selon les relevés de la Direction générale de l'énergie et du climat (DGEC). Depuis deux ans, jamais l'écart n'a été aussi étroit. La tendance s'accentue encore puisque les statistiques des derniers jours le chiffrent à 10 centimes d'euro environ.

Jean-Louis Schilansky, le président de l'Union française des industries pétrolières (Ufip), insiste sur l'impact de la saisonnalité: «Nous sommes à un moment de l'année où la demande progresse fortement en fioul domestique.» Mais le remplissage des cuves ne constitue pas la seule explication: «La consommation asiatique, surtout en Chine, favorise aussi la tendance haussière du gazole.»

Stanley Nahon, directeur au sein du cabinet de conseil en stratégie Booz & Company, rappelle que la surcapacité des raffineries en Europe se vérifie d'abord et avant tout au niveau de l'essence: «Pour le gazole, l'offre répond tout juste à la demande, ce qui est de nature à peser sur les prix.» Une situation qui oblige aussi les grandes compagnies à faire évoluer leur outil de raffinage, comme c'est le cas de Total en Haute-Normandie.

En France, le litre de gazole s'établit actuellement autour de 1,38 euro, tandis que le super sans plomb 95 pointe à 1,49 euro. «Nous nous situons depuis plusieurs semaines dans un contexte de prix élevés», reconnaît sans ambages Jean-Louis Schilansky. Pour autant, les relevés de l'Ufip montrent que la consommation des automobilistes français reste assez stable.

Une plus grande flexibilité de production

L'évolution de la situation au cours des prochains mois sera dictée, bien sûr, par la courbe du pétrole. Actuellement, le brent reste ferme aux alentours de 115 dollars, en dépit du ralentissement économique. «On peut prévoir un léger relâchement car le marché va bientôt disposer d'une plus grande flexibilité de production», explique Stanley Nahon. Il en liste les composantes: «Les "majors" investissent toujours dans l'amont, l'Opep devrait maintenir le seuil ses livraisons, l'Arabie saoudite sait accélérer son activité - le pays a produit un million de barils par jour (mbj) supplémentaires depuis six mois - enfin la Libye devrait se rapprocher fin 2012 de ses niveaux d'avant la guerre (autour de 1,5 mbj).» Soit la possibilité de mobiliser entre 2,5 et 5 mbj.

Pour le moment, les pouvoirs publics, souvent prompts à convoquer les compagnies pétrolières quand les tensions inflationnistes s'accélèrent à la pompe, n'ont pas encore réagi. «Il y a deux raisons à cela. D'une part, les records n'ont pas encore été atteints (1,47 euro pour le gazole, 1,52 euro pour le SP 95); d'autre part, le gouvernement a d'autres sujets de préoccupation», commente un spécialiste du secteur. En attendant, le plus faible différentiel entre les prix de l'essence et du gazole avait été enregistré en 2008, à quatre centimes d'euro. On s'en rapproche peu à peu.

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