L'écart de rendement entre l'OAT et le Bund à un plus haut

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par Raoul Sachs

PARIS (Reuters) - L'écart de rendement entre l'OAT française et le Bund allemand à 10 ans a dépassé les 100 points de base mardi et touché un plus haut de 16 ans, le marché obligataire ayant réagi négativement au rapport annuel de l'agence de notation Moody's sur la France.

Moody's a confirmé la note "Aaa" de la France avec perspective stable mais a indiqué que, compte tenu du rétrécissement des marges de manoeuvre budgétaire par rapport à 2008, elle surveillera dans les trois mois à venir l'évolution de plusieurs facteurs, notamment le poids de la participation financière de Paris au règlement de la crise en zone euro, qui pourraient peser sur ses ratios de dette.

L'agence souligne que la note "Aaa" et sa perspective stable reflètent "la force de l'économie française, la solidité de ses institutions et (son) très haut niveau de solidité financière".

L'écart de rendement entre l'OAT 10 ans et le Bund allemand 10 ans, référence de la zone euro, se situait en fin de matinée autour de 106 points de base (pdb), soit 1,06 point de pourcentage.

Le taux français se tendait de 1,0 pdb à 3,1% tandis que le taux allemand se détendait de 9,0 pdb à 2,01%.

"C'est une réaction épidermique du marché. Le rapport de Moody's est plutôt 'soft'", estime Patrick Jacq, stratégiste taux chez BNP Paribas.

Il souligne que Moody's n'évoque à aucun moment la possibilité d'abaisser la note de la France mais qu'elle pourrait en modifier la perspective stable si, notamment, la participation de la France à la résolution de la crise de la dette souveraine en zone euro devait avoir un "impact massif sur ses finances publiques".

DES CRAINTES LIÉES AUX ENGAGEMENTS EUROPÉENS

Les chefs d'Etat et de gouvernement de l'Union européenne se réuniront dimanche à Bruxelles pour étudier les moyens de renforcer le Fonds européen de stabilité financière (FESF) et évoquer les besoins de recapitalisation des banques européennes.

Les stratégistes taux de Société générale notent de leur côté que "désormais, les principales agences de notation (S&P Moody's et Fitch), ont toutes fait des déclarations claires et elles considèrent la France comme un 'AAA' durant l'année 2012".

"Ce n'est pas tant la notation de la France qui nous inquiète en ce moment (...) Nous sommes inquiets du fait que les coupe-feu qui se préparent pour répondre au risque systémique lié aux décotes plus fortes encore de la dette grecque ne sont pas adéquats", soulignent-ils.

"Les banques ne peuvent pas toutes trouver du capital sur le marché. Le projet envisage de leur permettre de faire appel à leurs gouvernements", ajoutent-ils. "La baisse du cours des OAT reflète juste cela : les craintes que le gouvernement soit sur le point d'augmenter ses engagements."

La déclaration de Moody's a eu des effets sur les Bourses où les valeurs bancaires, étroitement corrélées aux aléas de la crise de la dette, sont en forte baisse. (voir )

Les analystes de Commerzbank estiment qu'une éventuelle perte de son "AAA" par la France "accroîtrait la pression sur l'Allemagne".

Plus globalement, ils anticipent une déception du côté des responsables politiques européens et tablent sur un rendement du Bund à de nouveaux plus bas d'ici à la fin de l'année.

Raoul Sachs

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