L'avenir incertain du Front de gauche et de son leader

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L'avenir incertain du Front de gauche et de son leader
L'avenir incertain du Front de gauche et de son leader

par Chine Labbé

PARIS (Reuters) - Le second tour des élections législatives devrait marquer dimanche un cinglant échec électoral pour le Front de gauche (FG), qui pourrait perdre une dizaine de députés et risque d'être privé de groupe à l'Assemblée nationale.

La coalition, qui ne pourra pas compter sur la présence de son leader, Jean-Luc Mélenchon, sur les bancs du Palais-Bourbon, celui-ci ayant été éliminé dès le premier tour dans le Pas-de-Calais, entre dans une phase incertaine, estiment les analystes.

"C'est un triple échec: un échec personnel pour Jean-Luc Mélenchon, un échec de son parti, le Parti de gauche, et aussi un échec pour le Parti communiste français (PCF)", dit Stéphane Courtois, historien spécialiste du communisme.

"Jean-Luc Mélenchon a donné l'illusion qu'on avait une réactivation du courant communiste. C'est vrai qu'au niveau de la présidentielle, où la personnalisation de l'élection est très importante, il avait réussi quelque chose, mais au niveau des législatives, qui reposent sur l'implantation locale, ça n'a plus du tout marché", ajoute-t-il.

Pour l'historien, Jean-Luc Mélenchon, qui a "remis le rouge à la mode" depuis sa nomination comme candidat de la coalition, il y a un an, "a masqué l'affaissement continu du PCF". Au sortir des législatives, le PG aura perdu un député et le PCF plusieurs bastions historiques, notamment en Seine-Saint-Denis.

Les sondages donnent une dizaine d'élus au Front de gauche -alors que le seuil pour constituer un groupe est actuellement fixé à 15- et le secrétaire national du PCF, le communiste Pierre Laurent, a demandé qu'on l'abaisse.

Le FG, en progression de près de 3 points par rapport au score du PCF aux dernières législatives, s'efforce de présenter ces résultats de manière positive et s'estime consolidé comme force politique, malgré cette défaite électorale.

"Six des députés qu'on va perdre ont obtenu un score supérieur à 30%", souligne Olivier Dartigolles, porte-parole du PCF, qui déplore une "situation paradoxale" où le Front de gauche améliore son score mais perd des sièges. Une situation qu'il impute à l'abstention et à une "forte prime" au vote PS.

DES COMMUNISTES AU GOUVERNEMENT?

Pour François Delapierre, bras droit de Jean-Luc Mélenchon pendant la campagne présidentielle, la perte de députés n'empêchera pas l'ancrage du Front de gauche dans le paysage politique. "Si on avait eu comme objectif d'avoir le plus grand nombre de députés possibles, on aurait discuté avec le Parti socialiste comme l'ont fait les Verts", dit-il.

La question des équilibres entre les différents partis de la coalition se posera toutefois au lendemain du second tour.

"Au sein de l'appareil du Parti communiste, il y avait des gens qui étaient très opposés à l'opération Mélenchon", rappelle Stéphane Courtois, qui estime que des tensions entre PCF et PG risquent de se "réveiller".

Selon des sources à l'Élysée et au PS, François Hollande n'exclut pas, à la faveur d'un léger remaniement post-électoral, de faire entrer au gouvernement deux communistes. Les instances du PCF se prononceront la semaine prochaine sur la question d'une participation au gouvernement.

Le parti n'est pas uni sur cette participation, d'après plusieurs sources proches du PCF, mais ses responsables assurent qu'il n'en est pas question pour le moment. Le traité budgétaire européen, qui veut instaurer une plus grande discipline budgétaire pour éviter une nouvelle crise de la dette, est le principal obstacle à leur participation éventuelle.

"Il y a un verrou qui ne permet pas d'envisager une participation, c'est que François Hollande reste dans une orientation de mise en oeuvre du prochain traité budgétaire européen", dit Olivier Dartigolles.

La sénatrice communiste Nicole Borvo, dont le nom est évoqué, affiche la même position. "Je ne suis pas favorable du tout (à une participation au gouvernement) et je ne suis pas la seule", dit-elle.

Gage d'avenir de la coalition, c'est sous la bannière Front de gauche que PG et PCF se retrouveront pour des universités d'été communes à Grenoble fin août.

INSTITUTIONS ET MOUVEMENTS SOCIAUX

Ils tenteront d'y définir la feuille de route de la coalition dans les mois et années à venir.

"L'existence politique du Front de gauche est indexée sur deux types de variables: les institutions et les mouvements sociaux", souligne Stéphane Rozès, président de Cap.

"La stratégie de Jean-Luc Mélenchon est de se mettre en réserve pour recueillir les fruits du mécontentement envers les politiques européennes". Une stratégie qui aurait été renforcée avec des points d'appui plus forts à l'Assemblée, estime-t-il, mais qui peut se développer hors du cadre institutionnel.

Reste à savoir quel rôle jouera Jean-Luc Mélenchon dans cette nouvelle séquence. "C'est un handicap de ne pas être à l'Assemblée, le Parlement européen n'est pas une tribune", reconnaît l'eurodéputé, qui s'apprête à retourner à Strasbourg.

Mais "les tâches, elles, continuent. Je suis un porte-parole important du FG, cela me donne des responsabilités, une autorité, la déception ne vaut pas abattement", ajoute-t-il, disant vouloir s'impliquer dans l'animation du Front de gauche à Hénin-Beaumont.

Sans groupe à l'Assemblée, Jean-Luc Mélenchon pourra jouer un rôle de meneur dans les manifestations et les mouvements sociaux, estiment les analystes. Un positionnement qui inquiète l'entourage de François Hollande.

"À l'Assemblée nationale, il nous aurait embêté, mais de façon canalisée. Là, il est blessé et donc pas forcément plus contrôlable", estime un proche du président.

Avec Pierre Savary à Hénin-Beaumont et Emmanuel Jarry à Paris, édité par Yves Clarisse

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  • grossard le vendredi 15 juin 2012 à 14:20

    Je pesne que ROYAL MELENCHON formeraient un beau couple......de looser !!! MDRM