L'avenir incertain de Cheuvreux au sein de Crédit agricole

le
0

par Christian Plumb

PARIS (Reuters) - La meilleure chose pour le Crédit agricole serait probablement de fermer purement et simplement Cheuvreux, mais cette solution semble improbable, ce qui laisse un nombre limité d'options à la banque verte pour régler le problème de sa filiale de courtage en difficultés.

L'avenir s'est un peu plus assombri pour le courtier depuis que le groupe chinois Citic Securities a renoncé à prendre une part de 20% dans son capital.

Fin mars, après deux ans de discussions avec la banque française, Citic a préféré en effet entamer de nouvelles négociations avec le Crédit agricole pour lui racheter l'intégralité de CLSA, son autre filiale de courtage mais spécialisée sur l'Asie.

La banque coopérative étant réticente à l'idée de reclasser ou de licencier les salariés de Cheuvreux, une fermeture totale est improbable, estime un banquier d'affaires installé à Londres ainsi que plusieurs analystes.

"Ce serait peut-être la meilleure option, mais, pour un certain nombre de raisons, je ne pense pas qu'elle sera retenue", a-t-il souligné.

Une décision est attendue à l'issue de la revue stratégique de la Banque de financement et d'investissement (BFI) du Crédit agricole d'ici deux à trois mois.

Le sort de Cheuvreux est d'autant plus incertain que le Crédit agricole est également contraint de réduire la voilure dans la BFI pour renforcer sa solvabilité financière et adapter ses activités aux nouvelles règles prudentielles de Bâle III, comme les autres grandes banques françaises.

Pour les analystes, d'autres pistes sont possibles pour Cheuvreux comme un rachat par les dirigeants, un partenariat ou une réduction drastique de ses activités.

CHUTE DES VOLUMES DE TRANSACTIONS

"Regardez l'argent que Cheuvreux a perdu ces dernières années", fait remarquer un banquier basé à Londres, sous couvert d'anonymat. "J'espère pour eux que la situation n'est pas irréparable mais je n'en suis pas sûr."

Le Crédit agricole, qui doit publier ses résultats du premier trimestre le 11 mai, s'est refusé à tout commentaire sur le sujet.

Pour la banque, le sort de Cheuvreux et de ses 710 collaborateurs est une énième épine dans le pied. Avec la crise, la banque française s'efforce de recentrer ses activités dans la banque de détail après ses déboires dans la banque d'investissement et ses mésaventures à l'international à l'image des pertes de sa filiale grecque Emporiki.

"Le fait est que Cheuvreux perd de l'argent quand les marchés sont mauvais et est à l'équilibre quand les marchés sont bons. Ils doivent résoudre cela", souligne Jean-Pierre Lambert, analyste chez KBW. "Ils doivent se concentrer sur les activités rentables et s'écarter des activités qui détruisent de la valeur."

Pour réduire ses coûts, la filiale du Crédit agricole pourrait notamment décider de fermer certains de ses bureaux, notamment à l'étranger.

La crise financière a poussé de nombreux investisseurs à réduire considérablement leur exposition aux actions, entraînant du même coup une chute brutale des volumes de transactions sur les marchés d'actions.

Ces trois dernières années, les volumes de transactions représentaient environ un tiers des volumes d'avant-crise. Selon les données de la Fédération internationale des opérateurs boursiers (World federation of Exchanges), les volumes ont encore baissé de 20% au cours du premier trimestre 2012.

Cette situation oblige du coup les sociétés de courtage à tailler dans leurs effectifs que ce soit dans la recherche actions ou sur leurs plates-formes d'exécution.

Les analystes estiment dès lors que le Crédit agricole pourrait être amené à céder sa filiale ou envisager un rapprochement à l'image du partenariat noué en 2004 entre BNP Paribas et la société de courtage indépendante Exane.

Selon le banquier d'affaires parisien, la Société générale pourrait être un partenaire du Crédit agricole, les deux banques ayant déjà fusionné leurs activités dans la gestion d'actifs avec Amundi et dans le courtage de produits listés avec Newedge.

Avec Matthieu Protard pour la version française, édité par Jean-Michel Bélot

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant