« L'automobile française est-elle condamnée ? » - Le débat de la semaine avec le Cercle des économistes (Christian Saint-Etienne)

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Renault et Peugeot-Citroën ne sont pas menacés pour l'instant d'une disparition programmée. En revanche, il y a urgence à sauver la production en France. Seul un sursaut stratégique collectif pourra relancer l'industrie qui est au coeur de nos exportations rappelle l'économiste Christian Saint-Etienne.

La filière automobile française pèse lourd, soit environ 8% de notre économie. Elle est clé en termes de production, d'emploi, d'innovation et de structuration industrielle. Elle est un gros utilisateur de mécanique, d'électronique et de robotique. Si l'automobile française devait flancher, ce serait un désastre stratégique et une menace pour des pans entiers de notre économie qui est déjà mal en point.

De quoi s'agit-il ? Pour l'instant, même si les résultats de Renault et Peugeot-Citroën sont très mauvais en 2012 du fait de l'effondrement des ventes en Europe du sud et de l'insuffisance du renouvellement des modèles de Renault, ces deux constructeurs restent des acteurs significatifs de l'automobile mondiale même si Peugeot a un problème de taille critique.

Ce ne sont donc pas, sous les réserves évoquées, les constructeurs qui sont menacés d'une disparition programmée mais la production de ces constructeurs en France qui est en danger. Et l'on sait pourquoi. La France s'est convaincue au milieu des années 1990 que nous étions entrés dans un monde post industriel post travail. Et l'industrie n'a plus été au coeur de notre réflexion et action stratégique depuis, malgré la multiplication des initiatives et des 'mesurettes' depuis 7 ans. Nous avons laissé dériver nos coûts de production avec notamment un coût du travail qui est désormais le plus élevé de l'Union européenne et peut-être du monde. Le rapport Gallois de novembre 2012 est la première tentative sérieuse d'inverser ce processus. Le décalage de rentabilité de la production en France et en Allemagne est tel que c'est toute l'industrie française qui est en danger.

Il faut aller beaucoup plus loin que le rapport Gallois. C'est un sursaut stratégique collectif qui s'impose comme priorité absolue des prochains mois. Il faut impérativement réduire le coût du travail dans l'industrie et favoriser l'investissement productif et la robotisation par un politique fiscale et une politique de filières très volontariste.

Le déclin de la production automobile en France n'est que la partie émergée de l'iceberg. C'est toute l'industrie française qu'il faut sauver en urgence car l'industrie est au coeur des exportations que nous devons absolument relancer si nous voulons desserrer la contrainte extérieure et relancer la croissance.

Christian Saint-Etienne


Pour poser vos questions à Christian Saint-Etienne, cliquez ici. Il vous répondra mercredi 23 janvier à 11h.


Christian Saint-Etienne est professeur titulaire de la Chaire Jean-Baptiste Say d'économie industrielle au Conservatoire National des Arts et Métiers, président de l'Institut France Stratégie. Docteur d'Etat es Sciences Economiques il a été économiste au FMI et à l'OCDE. Son dernier ouvrage « France : état d'urgence» vient de paraître aux Editions Odile Jacob.
Ses principaux domaines d'expertise sont : Politique monétaire et financière ; finances publiques et fiscalité ; stratégie et compétitivité des Etats et des entreprises.

Le Cercle des économistes. a été créé en 1992 avec pour objectif ambitieux de nourrir le débat économique. Grâce à la diversité des opinions de ses 30 membres, tous universitaires assurant ou ayant assuré des fonctions publiques ou privées, le Cercle des économistes est aujourd'hui un acteur reconnu du monde économique. Le succès de l'initiative repose sur une conviction commune : l'importance d'un débat ouvert, attentif aux faits et à la rigueur des analyses. Retrouvez tous les rendez-vous du Cercle des économistes sur leur site.

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  • M1318464 le mercredi 23 jan 2013 à 18:13

    Il faudrait qu'un jour les têtes pensantes finissent par trouver des vraies solutions aux problèmes de société, et arrêter de prendre les gens pour des imbéciles.T'auras beau baisser le coût du travail en France, que les voitures roumaines ou chinoises resteront moins chères qu'en France. La vérité : on produit en défavorisant nos compatriotes dans la plus grande dictature communiste du monde, ou dans les pays "low cost", sans aucune contrainte. Quel est le rôle de l'EUROPE ?

  • i.levy12 le mercredi 23 jan 2013 à 14:10

    Renault et Peugeot âgent à l'obsolescence très rapidement. Ils sont conçus pour durer 6 années ou ainsi. Allez dans n'importe quelle casse et vous verrez plus de Renault et Peugeot à seulement 6 ans

  • goldora8 le mercredi 23 jan 2013 à 08:30

    Pourquoi pas innovant !! http://www.durableo.fr/article-voiture-peugeot-a-air-comprime-hybrid-air-made-in-france-114641220.html

  • andre541 le mardi 22 jan 2013 à 21:53

    Pour ceux qui ont un peu de mémoire, l'on a connu la "BALADURETTE " et la "JUPETTE " deuxcoups de pouce ( des rustines en vérité ) pour sortir le secteur azutomobiles des difficultés dèjà à l'époque.Mais rien en réalité de durable.....

  • jack205 le mardi 22 jan 2013 à 19:51

    Allez, pas de baratin! Si on veut que notre industrie automobile prospère il faut en acheter les voitures!N'oublions pas que "qui veut tuer son chien dit qu'il a la rage"

  • M3154658 le mardi 22 jan 2013 à 19:50

    @noterb1 maintenant je ne défendrai pas la rémunérations des chefs d’entreprises (du CAC) que je trouve scandaleuse ....

  • M3154658 le mardi 22 jan 2013 à 19:48

    @noterb1 la faute à un ensemble de facteurs et des options stratégiques de la France qui a servi le Rail contre la Route. Les Patrons ont fait ce qu'ils ont pu et apparemment les deux entreprises Françaises soufrent des mêmes maux ... les patrons ne sont donc pas fautifs ... qui plus est une de ces industries avait l’État pour actionnaire ( ce qui est par ailleurs anormal ...)

  • M3154658 le mardi 22 jan 2013 à 19:42

    @noterb1 le coût du capital est une donnée qui s'impose à tous car le capital circule de par le monde entier. Mais son coût est une donnée qui intègre le risque aussi quant un ministre propose la nationalisation il est clair que c'est se tirer une balle dans le pied. Quoiqu'il en soit Allemagne par sa Gamme supporte son coût du travail la France non !

  • M3154658 le mardi 22 jan 2013 à 19:38

    @noterb1 vous vous obstinez ... la rémunération du capital investi en France est-elle du même ordre que dans les autres pays ? ... c'est la seule question à se poser. Ensuite les Marchés font le reste et l’absence de capital explique l'absence de travail. Les Marchés ont tendance à dire que le capital est mieux rémunéré à l’étranger qu'en France. Le reste c'est du BLABLA.

  • ominium le mardi 22 jan 2013 à 18:47

    Il me semble que ce qui compte c'est la proximité de l'industrie avec les connexions au reste du monde, c'est à dire en clair les ports maritimes et aéronautiques mais aussi les grandes autoroutes. Des ports performants et bien placés et l'industrie pousse à côté. La logistiquepour réduire les coûts et le temps de transport c'est ça le moteur de l'industrie, car dans quelques dizaines d'années presque toutes les usines seront automatisées et vendues clé en main un peu partout dans le monde.