L'austérité budgétaire en question

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(lerevenu.com) - Souvent, ministre du Budget varie. Lundi, Jérôme Cahuzac revient sur la promesse d'une stabilité de la fiscalité faite antérieurement par le gouvernement et annonce qu'il faudra trouver 6 milliards d'euros de nouvelles recettes fiscales, en 2014. Mardi, le même ministre déclare à peu près le contraire de ce qu'il avait affirmé la veille, et renonce à agiter l'épouvantail fiscal.

La virevolte de Jérôme Cahuzac témoigne du désarroi des gouvernements européens, contraints d'engager, sous la pression des agences de notation et des marchés, des politiques d'austérité qui asphyxient chaque jour davantage des économies à peine remises de la crise financière de 2008. Le rebond de la fameuse prime de risque, au lendemain d'élections italiennes qui augurent mal de la stabilité politique du pays, réveille le feu qui couvait sous la cendre de la crise de la dette souveraine européenne.

De plus en plus d'économistes, et pas seulement l'américain Paul Krugman, remettent en cause de façon très nette le bien-fondé de ces politiques budgétaires qui semblent embourber encore davantage la zone euro dans la crise. Martin Wolf, éditorialiste très lu du Financial Times, et pourtant peu soupçonnable d'un biais politique gauchisant, revient aujourd'hui sur le sujet, avec une chronique titrée sans ambiguïté : « Le triste résultat de l'austérité budgétaire».

L'économiste britannique déroule un réquisitoire acerbe contre ces politiques d'austérité chargées, y compris aux Etats-Unis, de ramener les finances publiques à l'équilibre. Leur objectif paraît pourtant censé : éviter de faire exploser le coût d'emprunt des Trésors publics. Mais, tout le mal vient, selon Martin Wolf, qui cite certains de ses confrères, notamment l'économiste belge Paul de Grauwe, du sommet du G20 à Toronto, en juin 2010. A cette réunion furent, en effet, édictées les règles de désendettement budgétaire, précises mais trop contraignantes, de peur d'une contagion à toute la zone euro, de l'insolvabilité de la Grèce, du Portugal et de l'Irlande.

Le débat, très technique, met aussi en cause la responsabilité de la Banque centrale européenne (BCE) qui rechigna à jouer le rôle du prêteur en dernier ressort, de crainte qu'une politique monétaire trop laxiste ne provoque une envolée de l'inflation. C'est d'ailleurs l'argument qu'utilisent en permanence les avocats patentés d'une détention d'or au-delà du raisonnable. Cependant, la BCE a tout de même fini par faire jouer la « planche à billets » pour éviter l'assèchement du crédit aux entreprises et aux ménages, ce qui n'a pas débouché sur un dérapage de l'inflation.

Cet excès d'austérité budgétaire, font valoir ces économistes, a toutes chances de conduire, si rien n'est fait pour relâcher la pression, à ce que les pays malades de l'Europe meurent en bonne santé. L'erreur est humaine, mais persévérer dans l'erreur est diabolique. Fort heureusement, la pensée unique de l'orthodoxie budgétaire en période de faible croissance économique commence à susciter une hostilité croissante.

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