L'attentat d'Istanbul a fait 42 morts, l'EI premier suspect

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    * Trois kamikazes ont attaqué l'aéroport international 
d'Istanbul 
    * Treize étrangers figurent parmi les 42 morts 
    * Pas de revendication, mais la piste de l'Etat islamique se 
détache 
 
 (Actualisé avec 42e décès) 
    par Ayla Jean Yackley et Humeyra Pamuk 
    ISTANBUL, 30 juin (Reuters) - La Turquie considère le groupe 
Etat islamique (EI) comme le principal suspect du triple 
attentat suicide et de la fusillade mardi soir à l'aéroport 
international d'Istanbul-Atatürk qui a fait 42 morts et 238 
blessés, selon un nouveau bilan.  
    Trois kamikazes ont ouvert le feu en milieu de soirée, vers 
21h50 (18h50 GMT) pour provoquer la panique à l'extérieur de 
l'aéroport, avant que deux d'entre eux ne pénètrent à 
l'intérieur et se fassent exploser.  
    Le Premier ministre Binali Yildirim a précisé que les 
assaillants avaient tiré à l'aveuglette pour empêcher 
l'intervention des services de sécurité. L'un s'est fait sauter 
dans le hall des départs, l'autre dans celui des arrivées, et le 
troisième à l'extérieur. Les trois étaient arrivés en taxi. 
    "Notre hypothèse penche vers l'Etat islamique", a déclaré 
Binali Yildirim lors d'une conférence de presse à Ankara, 
ajoutant que l'enquête serait achevée et l'identité des 
assaillants révélée dans les jours qui viennent. 
    A Washington, le directeur de la CIA, John Brennan, a estimé 
que le triple attentat portait la marque de la "dépravation" de 
l'organisation djihadiste.  
    Treize étrangers figurent parmi les victimes, ont annoncé 
les autorités turques: cinq Saoudiens, deux Irakiens et des 
ressortissants de Chine, de Jordanie, de Tunisie, d'Ouzbékistan, 
d'Iran et d'Ukraine. 
    A un bilan de 41 morts publié mercredi par les autorités 
s'ajoute une 42e victime selon l'agence de presse officielle 
Anadolu, qui rapporte tôt jeudi matin le décès d'une femme 
blessée à l'aéroport. 
    Cette attaque dans le troisième aéroport d'Europe est l'une 
des plus meurtrières menées en Turquie ces derniers mois.  
     
    UN "TOURNANT" POUR ERDOGAN 
    Le président turc, Recep Tayyip Erdogan, a déclaré que 
l'attentat devrait constituer un tournant dans la lutte contre 
le terrorisme, qui, selon lui, "n'a rien à voir avec la foi ou 
des valeurs". 
    Des images de caméras de vidéosurveillance montrent un 
kamikaze touché par une balle, probablement tirée par un 
policier. L'homme tombe et fait exploser sa bombe environ 20 
secondes plus tard.  
    "C'est comme un puzzle... Les autorités étudient les images 
des caméras de vidéosurveillance, les déclarations des témoins", 
a indiqué un responsable turc. 
    L'agence de presse Dogan a rapporté, sans citer ses sources, 
que les autopsies des trois assaillants, dont les bustes étaient 
en lambeaux, ont révélé que ceux-ci pourraient être des 
ressortissants étrangers. 
    Des éléments du toit se sont abattus sur le trottoir devant 
le hall d'arrivée. Les baies vitrées du terminal ont volé en 
éclats et des câbles électriques pendent du plafond. 
    Mercredi matin, des équipes de nettoyage ramassaient les 
débris et la police poursuivait ses patrouilles alors que le 
trafic aérien reprenait progressivement à l'aéroport 
international. 
    Selon les services du gouverneur de la ville, 109 blessés 
qui avaient été hospitalisées après l'attaque ont pu rentrer 
chez eux. Une quarantaine de blessés étaient en revanche 
toujours en soins intensifs. 
    "Il y avait des petits bébés qui pleuraient, des personnes 
qui criaient, des débris de verre et du sang partout sur le sol. 
Il y avait beaucoup de monde, c'était le chaos", témoigne Diana 
Eltner, une psychologue suisse de 29 ans.  
    Des passagers dont le vol a été reporté dormaient encore à 
même le sol mercredi tandis que d'autres réconfortaient les 
employés de l'aéroport. Turkish Airlines a annoncé avoir annulé 
340 vols avant la reprise du trafic après 08h00 (05h00 GMT). 
     
    "MAXIMISER" LA PEUR 
    L'attentat comporte des similarités avec les attaques du 22 
mars à Bruxelles, où 16 personnes ont été tuées à l'aéroport de 
Zaventem dans des explosions déclenchées par des kamikazes de 
l'EI. Seize autres personnes avaient été tuées dans un 
attentat-suicide à une station de métro du centre de Bruxelles. 
    L'Etat islamique a également revendiqué les attentats de 
Paris qui ont fait 130 morts en novembre dernier. 
    "A Istanbul, ils ont utilisé une combinaison des méthodes 
employées à Paris et à Bruxelles. Ils ont planifié une attaque 
qui maximiserait la peur et les pertes humaines", a déclaré 
Suleyman Ozeren, spécialiste du terrorisme à l'Institut de 
politique et stratégie mondiales basé à Ankara.  
    Les autorités américaines ont relevé que l'attentat 
d'Istanbul semblait suivre le mode opératoire de l'EI, plutôt 
que celui des militants kurdes qui ciblent généralement le 
gouvernement turc. 
    Elles ont ajouté qu'il y avait une "nette augmentation" de 
la propagande et des communications des membres de l'EI sur les 
réseaux cryptés qu'ils utilisent sur internet, ce qui 
attesterait de leur volonté de multiplier les attaques en dehors 
de Syrie et d'Irak, où l'organisation djihadiste ne cesse de 
perdre du terrain. 
    Paul Roos, un Sud-Africain âgé de 77 ans, a décrit à Reuters 
l'un des kamikazes qui "tirait au hasard" dans le hall des 
départs de l'aéroport Atatürk, d'où il devait rejoindre Le Cap 
avec sa femme après des vacances dans le sud du pays. "Il tirait 
sur n'importe quelle personne qui se trouvait sur son chemin. Il 
était entièrement habillé de noir. Son visage n'était pas 
masqué. J'étais à 50 mètres de lui", raconte-t-il. 
    "Nous nous sommes réfugiés derrière un comptoir mais je me 
suis relevé et je l'ai regardé. Deux explosions ont retenti à 
peu d'intervalle. A ce moment-là, il avait arrêté de tirer", a 
dit Roos à Reuters. 
    "Il s'est retourné et a commencé à avancer vers nous. Il 
tenait son arme à l'intérieur de sa veste. Il a regardé 
nerveusement autour de lui pour voir si quelqu'un allait 
l'arrêter et puis il a descendu l'escalator (...) On a entendu 
de nouveaux coups de feu puis une autre explosion, et après 
c'était fini."  
 
 (Julie Carriat, Laura Martin et Jean-Stéphane Brosse pour le 
service français) 
 
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