L'attentat contre le "City of Poros" en procès, 24 ans après

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PROCÈS À PARIS DE L'ATTENTAT CONTRE LE "CITY OF POROS"
PROCÈS À PARIS DE L'ATTENTAT CONTRE LE "CITY OF POROS"

PARIS (Reuters) - Le procès de trois activistes de la cause palestinienne, qui sont peut-être décédés, s'est ouvert lundi à Paris pour un attentat qui avait fait neuf morts, dont trois Français, sur le navire "City of Poros" le 11 juillet 1988 en Grèce.

L'organisation palestinienne "Fatah conseil révolutionnaire" aujourd'hui disparue et dirigée à l'époque par Sabri al Banna, dit "Abou Nidal", mort en 2002 en Irak, est suspectée.

Les familles de victimes et rescapés de cet attentat qui avait fait aussi 46 blessés, dont 31 Français, sont venus à la cour d'assises. Me Francis Szpiner, l'un de leurs avocats, a exprimé ses regrets que ce procès soit aussi tardif, tout en se disant satisfait de pouvoir enfin être entendu, d'autant que les parents des morts français veulent laver leur honneur.

"Les autorités grecques avaient cru devoir mettre en cause des victimes, ce qui était inadmissible. Nous attendons que le ministère public dise haut et fort que ceux qui ont été tués étaient des victimes et n'avaient strictement rien à voir avec les terroristes", a-t-il dit à la presse.

André Bismuth, père d'Isabelle Bismuth, une des personnes mortes dans l'attentat, a dit aux journalistes qu'il entendait aussi réhabiliter sa fille.

"Ce procès devait avoir lieu. Ma fille avait 20 ans, on me l'a rendue carbonisée et on l'a accusée", a-t-il dit.

Michèle Schuh, qui a reçu plusieurs balles dans les jambes et a mis deux ans à remarcher, était en larmes avant l'audience. "J'ai voulu tout enfouir, et maintenant ça va ressortir".

L'enquête n'a jamais totalement éclairci le mobile et le scénario exact de cette attaque au pistolet-mitrailleur et à la grenade, menée sur le bateau de croisières au large d'Athènes.

La police grecque et la justice française, compétente car ses citoyens figuraient parmi les victimes, n'ont pu déterminer avec précision combien d'activistes avaient participé directement à l'action mais ont identifié trois suspects. L'identité d'un seul d'entre eux est certaine.

UN LIBANAIS EMPRISONNÉ À TORT

Il s'agit de Samir Khaïdir, un activiste né en Cisjordanie qui aurait aujourd'hui 61 ans. Membre avéré du groupe d'Abou Nidal, il a été identifié grâce à ses empreintes digitales retrouvées sur les lieux. Il a été donné pour mort, sans certitude, par les services de renseignement français et l'ambassade de France en Libye.

Pour les deux autres suspects, les enquêteurs ne disposent que de photos figurant au dossier et d'identités qui peuvent être fausses, Adnan Mohamad Sojod et Abdul Hamid Hamoud. Aucune trace de ces hommes n'a jamais été retrouvée.

Juste avant le départ du bateau, une voiture avait explosé sur le port du Pirée. Le fait était lié à l'attaque du "City of Poros" puisque des armes et des documents découverts dans l'épave du véhicule appartenaient au même groupe.

La police française pense que les activistes voulaient peut-être, par l'attaque du bateau, faire pression sur la Grèce qui détenait alors des activistes d'Abou Nidal.

L'enquête du juge Jean-Louis Bruguière a été marquée par une erreur judiciaire lourde de conséquences.

Merei Muheiddine, Libanais interpellé en 1992 en Allemagne, a été victime d'une erreur sur la personne.

Mis en cause car son passeport avait été découvert en Grèce lors de l'enquête, il a purgé deux ans et huit mois de détention provisoire et n'a été libéré dans ce dossier qu'avec le non-lieu rendu par le juge Bruguière en 2004.

Il avait déclaré le vol de son passeport en 1987 et le document avait été falsifié, a montré une expertise. L'enquête n'a montré que de vagues liens indirects avec les suspects.

Ce procès confirme la volonté de la justice antiterroriste française de faire aboutir, d'une manière ou d'une autre, les poursuites portant sur des attentats anciens.

Le groupe Abou Nidal a été soupçonné en France de l'attentat de la rue des Rosiers à Paris en 1982, qui avait fait six morts et 22 blessés, mais l'enquête n'a jamais abouti.

Concernant l'attentat à la bombe contre une synagogue de la rue Copernic à Paris en 1980, imputé à un autre groupe palestinien et qui avait fait quatre morts, le juge Marc Trévidic a fait arrêter au Canada en 2008 un suspect, Hassan Diab, qui pourrait être prochainement extradé vers la France.

Thierry Lévêque, édité par Yves Clarisse

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