L'attaque contre Charlie Hebdo inquiète les caricaturistes arabes

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par Ali Abdelaty et Maggie Fick LE CAIRE, 9 janvier (Reuters) - Quand le caricaturiste égyptien Andeel a condamné sur les réseaux sociaux l'attaque contre Charlie Hebdo, il a reçu de nombreux messages de sympathie, non pas pour les victimes mais pour les auteurs de la tuerie. Sur sa page Facebook, certains ont dénoncé comme lui l'attentat qui a fait douze morts au siège du journal satirique, mais Andeel s'est dit surtout effaré par l'ampleur du soutien aux tueurs. Pour le dessinateur âgé de 28 ans, les voix de la modération sont noyées sous les expressions de haine "qui font toujours plus de bruit". Bien qu'à des milliers de kilomètres du Caire, la tuerie du 7 janvier en plein Paris rappelle aux caricaturistes arabes les risques qu'ils prennent lorsqu'il s'agit de critiquer l'islam ou le prophète Mahomet. "Beaucoup de gens ont tellement manifesté leur approbation pour ces crimes.. C'est vraiment étrange et assez fou. Je voulais débattre avec eux pour savoir en quoi il est inacceptable ou que c'est un crime de se moquer du Prophète ou de l'islam", a déclaré Andeel à Reuters. Obtenir la liberté d'expression était l'un des objectifs des jeunes révolutionnaires du printemps arabe de 2011 mais ils sont loin du compte quatre ans plus tard, entre le rétablissement de régimes autoritaires, d'un côté, et la montée en puissance du radicalisme islamique incarné notamment par le groupe Etat islamique, de l'autre. "Je considère les événements de Paris comme une suite de ce qui se passe en Syrie et en Irak", a déclaré Hany Chams, caricaturiste du journal gouvernemental égyptien Akhbar al Youm. Au Liban, il est plus facile pour les dessinateurs de travailler même si la situation est loin d'être idéale. AU LIBAN, "ON NE PEUT PAS" DESSINER NASRALLAH Stavro Djabra, qui est employé par deux quotidiens, connaissait plusieurs des caricaturistes de Charlie tués mercredi. "Nous voulons défendre la liberté de la presse, la liberté des médias et la liberté d'opinion. C'est notre mission", dit-il. Si le Liban est plus tolérant que d'autres pays arabes, des limites existent toutefois, comme dessiner le chef de la milice chiite du Hezbollah Hassan Nasrallah. "Si vous dessinez Nasrallah, on vous attaquera. Vous recevez des menaces, des coups de téléphone, des courriels vous disant: 'on ne peut pas dessiner Nasrallah'", explique le caricaturiste. En Turquie, pays non arabe mais musulman, plusieurs dessinateurs ont été visés par des déclarations menaçantes sur Twitter après la tuerie de Charlie Hebdo. Ibrahim Yoruk, un éditorialiste du journal récemment créé Vahdet, a mis en garde le magazine satirique Penguen. "On ne peut pas faire de l'humour en insultant la foi, Penguen. Il faut que tu t'en rendes compte." Un autre internaute, dont le compte a semble-t-il ensuite été suspendu de la plate-forme de microblogging, s'en est pris violemment à l'hebdomadaire satirique Leman. "Dieu fasse que le prochain soit le magazine Leman, même s'il y en aura plus de douze à décapiter", a-t-il écrit. (Jean-Stéphane Brosse pour le service français)

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  • M415325 le vendredi 9 jan 2015 à 13:34

    Pas de problème l'islam est une religion de paix.