L'ATP dément fermer les yeux sur la corruption dans le tennis

le , mis à jour à 11:38
0
 (Actualisé avec Djokovic) 
    par Greg Stutchbury 
    MELBOURNE, 18 janvier (Reuters) - Les autorités du tennis 
mondial ont démenti lundi avoir fermé les yeux sur des matches 
truqués au plus haut niveau, y compris à Wimbledon, comme l'en 
accusent la BBC et le site web BuzzFeed News sur la base de 
documents confidentiels.  
    Interrogé à Melbourne, où débutait lundi l'Open d'Australie, 
le président de l'ATP Tour, Chris Kermode, a déclaré que ces 
informations concernant d'éventuels faits de corruption étaient 
minutieusement examinées par le Tennis Integrity Unit (TIU), une 
organisation mise en place par les diverses instances 
dirigeantes du tennis professionnel pour veiller à l'honnêteté 
des rencontres. 
    "Le TIU et les autorités du tennis rejettent catégoriquement 
toute suggestion laissant entendre que des preuves de trucage 
ont été supprimées pour telle ou telle raison ou ne font pas 
l'objet d'une enquête minutieuse", a dit Chris Kermode.  
    "Et alors que les informations de la BBC et de BuzzFeed 
renvoient principalement à des événements survenus il y a une 
dizaine d'années, nous enquêterons sur toute nouvelle 
information, comme nous le faisons toujours", a-t-il ajouté lors 
d'une conférence de presse organisée à la hâte au Melbourne 
Park. 
    Novak Djokovic, numéro un mondial, a quant à lui reconnu que 
son équipe avait été contactée en vue de tels arrangements.  
    "Je n'ai pas été approché directement, mais par 
l'intermédiaire de membres de mon équipe", a-t-il déclaré après 
sa facile victoire face au Sud-Coréen Chung Hyeon, au premier 
tour de l'open d'Australie.  
    "Nous avons évidemment jeté tout cela au panier. Le type qui 
a essayé de me contacter n'a même pas cherché à me joindre 
directement. Cela n'est pas allé plus loin", a-t-il poursuivi, 
précisant qu'on lui avait proposé 200.000 dollars en 2007 pour 
concéder une défaite lors du tournoi de Saint-Pétersbourg, 
auquel il n'a finalement pas participé.     
    Selon la BBC et BuzzFeed News, au cours des dix dernières 
années, seize joueurs du "top 50" ont été repérés par le TIU, 
qui les soupçonne d'avoir laissé filer leurs rencontres. Mais 
tous les joueurs, y compris des vainqueurs de titres du Grand 
Chelem, ont pu continuer à jouer en tournoi sans être inquiétés 
et huit d'entre eux sont alignés à l'open d'Australie 2016, 
ajoutent les deux médias. 
    La BBC et BuzzFeed News refusent de donner leurs noms, étant 
dans l'impossibilité de vérifier s'ils ont pris part à ces 
matches arrangés.  
    Tous deux disent avoir obtenu des documents comprenant 
notamment les conclusions d'une enquête ouverte en 2007 par 
l'ATP.  
     
    MAFIAS 
    Selon cette enquête, des mafias en Russie, en Italie du Nord 
et en Sicile ont gagné des centaines de milliers de livres en 
pariant sur des matches soupçonnés par les enquêteurs d'avoir 
été arrangés. Trois de ces rencontres ont eu lieu à Wimbledon.  
    Dans un rapport confidentiel remis en 2008 aux autorités de 
tennis, les enquêteurs indiquent que 28 joueurs sont impliqués 
dans ces matches suspects et devraient faire l'objet 
d'investigations, mais leurs conclusions n'ont pas été suivies 
d'effets.  
    Les autorités du tennis mondial (ATP, ITF, WTA...) ont mis 
en place un nouveau code anticorruption en 2009, mais des 
juristes leur ont dit qu'elles ne pourraient pas engager de 
poursuites pour des faits survenus antérieurement.  
    Après 2009, plusieurs alertes ont été envoyées par le TIU 
concernant un tiers des joueurs déjà suspectés, mais aucun 
d'entre eux n'a été sanctionné, ajoutent la BBC et BuzzFeed.  
    "C'est toujours une déception quand des histoires comme 
celle-là surgissent juste avant un grand événement", a déploré 
Chris Kermode, en évoquant l'open d'Australie.  
    "Nous sommes convaincus que le Tennis Integrity Unit fait 
tout ce qu'il peut et s'occupe de cette question très très 
sérieusement." 
    Les enquêtes du TIU, a encore déclaré Chris Kermode, ont 
abouti à des sanctions contre 18 joueurs, dont six ont été 
bannis à vie.  
    Le président de l'ATP Tour a également rejeté l'idée que le 
TIU serait sous-financé. Il a déclaré que les autorités du 
tennis avaient alloué 14 millions de dollars à des programmes de 
lutte contre la corruption.  
    Le directeur de l'intégrité au TIU, Nigel Willerton, a 
indiqué que son organisme était en mesure de réclamer à un 
joueur ses appareils de communication électronique, avant de 
vérifier s'il ne s'en sert pas pour des paris illicites. Ce 
genre de requête peut cependant être refusé. Mais s'il refuse, a 
ajouté Nigel Willerton, il y a non-coopération et peut être 
dénoncé et sanctionné pour non-coopération. 
    "Le problème que nous avons en Australie, et dans le monde 
entier, c'est qu'à partir du moment où on parie balle par balle, 
où il y a des micro-paris, c'est une invitation à la corruption 
parce que c'est très facile de truquer un micro-événement 
particulier au sein d'un sport comme le tennis", a toutefois 
estimé le sénateur australien indépendant Nick Xenophon. 
 
 (Avec Martyn Herman; Jean-Stéphane Brosse et Jean-Philippe 
Lefief pour le service français) 
 
Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant