L'atmosphère était extraordinaire selon Pierre Vincent

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L'atmosphère était extraordinaire selon Pierre Vincent
L'atmosphère était extraordinaire selon Pierre Vincent

Un véritable engouement autour de l?équipe est monté en France au fur et à mesure de vos résultats. Est-ce que vous l?avez senti depuis Londres ?
Pas vraiment. On était dans une espèce de bulle, en quelque sorte coupé du monde, des relations avec les autres. On n?avait pas accès au public. On pouvait difficilement partager. Mais la salle était archi-pleine, avec une énergie incroyable. Les filles n?ont pas l?habitude de jouer devant autant de spectateurs. L?atmosphère de la compétition était extraordinaire. Mais on n?a pas pu vraiment le partager durant le tournoi. J?étais à 10 000 lieues de penser qu?autant de personnes regardaient le basket féminin.

Que voulez-vous que les Français retiennent de votre équipe lors de cette campagne olympique ?
J?ai envie que les gens gardent en tête l?énergie, la fraîcheur des filles. Je pense notamment à Céline (Dumerc) qui a été mise en lumière sur cette compétition et qui le mérite vraiment. Elle a fait une compétition magnifique et a mis en valeur son métier et l?équipe. C?est ça qu?il faut valoriser et exploiter, dans un monde où l?on a tendance à recentrer les athlètes sur eux-mêmes, sauf qu?ils n?existent que s?ils sont entourés. La force de cette équipe, c?est d?avoir construit un groupe hiérarchisé avec des joueuses qui sont à leur place et qui apporte chacune leur pierre à l?édifice.

Je leur ai dit : « Vous n?existez même pas. La seule façon d?exister, c?est de gagner »


Plus globalement, le sport féminin a généré un fort engouement par ses résultats durant les Jeux Olympiques. Comment cela s?explique pour vous ?
Je ne peux pas l?analyser. Ce que je sais, c?est que c?est la première fois qu?une équipe de sport collectif féminin est médaillée aux JO. Pourtant, le basket n?est pas le sport le plus médiatisé. Et, d?ailleurs, je m?en suis servi avec les filles. Quand on est parti, elles étaient excitées. Et moi je leur ai dit : « Il y a 11 000 athlètes dans le village olympique, vous n?en connaissez même pas 1% ! Et vous, vous n?existez même pas. La seule façon d?exister, c?est de gagner ! Si vous voulez faire parler de vous, vous devez gagner ! »

Vous avez perdu assez largement en finale face aux Etats-Unis (50-86). Que vous a-t-il manqué pour faire mieux ?
On pouvait faire mieux contre les Américaines. Elles nous ont prises très au sérieux, et nous n?étions pas en mesure de lutter sur le plan physique. Sur la qualité technique, on n?aurait jamais pu rivaliser, mais, sur les qualités athlétiques, on pouvait lutter. Avec un peu plus de fraîcheur, on les aurait sûrement gênées. Mais je n?ai aucun regret sur cette finale. Elles se sont battues jusqu?au bout. On a pris très cher, mais, ça nous motivera quand on les recroisera. Les filles voudront prendre leur revanche. Je ne peux pas leur en vouloir d?avoir perdu. Elles ont assuré jusqu?au bout. Quand elles sont à 30 ou 35 points d?écart devant tout le monde, elles auraient pu arrêter, mais elles se sont accrochées jusqu?au bout.

« Du calme, une bonne bière et zéro contrainte ! »

Ce résultat correspond-il à l?objectif que vous vous étiez fixé en partant pour Londres ?
En fait, le point de départ, c?est le 29 juillet 2008. J?ai pris un groupe pour l?amener aux Jeux Olympiques. Pas pour y faire de la figuration, mais pour performer. On avait un projet avec une jeune équipe qu?on voulait structurer. Et puis cette médaille d?or à l?Euro en 2009 est arrivée un peu trop vite. Ça nous est tombés sur le nez. La vraie projection, c?était les JO de Londres. On aurait pu ne pas se qualifier. D?ailleurs, de grosses équipes sont restées à la maison. Quand j?ai vu le tirage des poules, je me suis dit qu?on était dans la plus compliquée. Mais si on passait cette obstacle sans finir quatrième pour éviter les USA, on aurait un quart de finale jouable. Et quand vous gagnez en quarts, il ne vous reste plus que deux matchs pour gagner la médaille ! Quand on est entraîneur, on regarde vers le haut et on voit cette petite fenêtre, cette petite ouverture, tout en haut. Pour aller chercher une médaille, tout doit être au vert. Et là, c?était vert fluo. Tout s?est passé à la perfection !

Quelle image principale retiendrez-vous de votre expérience aux Jeux Olympiques ?
Les cérémonies d?ouverture et de fermeture. J?ai pris des photos et vidéos des filles à ce moment-là. Mon grand plaisir, c?est quand je les vois s?amuser, se lâcher. On n?a pas souvent dans notre métier des moments de joie comme cela, où l?on gagne et fête quelque chose. Ce sont des moments hors normes.

Quel programme vous attend désormais pour vous et les filles ?
Je pense que les filles planent, mais, personnellement, je suis fatigué, pressé de rentrer chez moi, de me reposer ! On répond aux sollicitations avec plaisir. ela veut dire qu?on a gagné. Mais les entraîneurs n?ont pas la même perception des choses, la même attention portée. Mes assistants et moi avons eu la joie momentanée, partagée, et, après, il y a les sollicitations. Les joueuses, elles, sont sur une autre planète ! C?est une belle récompense, une belle réussite. C?était inespéré pour elle ! Mais pour moi, les aspirations désormais, c?est m?asseoir, du calme, une bonne bière et zéro contrainte !

Propos recueillis par Florian Philippe

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