L'assurance-vie perd du terrain

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Pour le deuxième mois consécutif, les ménages ont retiré plus d'argent qu'ils n'en ont déposé sur les contrats.

Les Français boudent les produits d'épargne qu'ils préfèraient. Après le Livret A en début de semaine, c'est à l'assurance-vie de dresser un bilan morose pour le mois d'octobre. La Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA) a publié dimanche les chiffres de la collecte. Le mois dernier elle a chuté de 16% à 9,1 milliards d'euros. Le montant des cotisations collectées sur les 10 premiers mois de l'année 2011 s'élève à 107 milliards d'euros, en baisse de 12 % par rapport à la même période de l'année.

Pire, l'organisme confirme que les retraits de fonds ont été supérieurs aux apports. En octobre, le solde est négatif à hauteur de 1,4 milliard d'euros. C'est, il est vrai, un peu moins mauvais qu'un mois plus tôt. En septembre, les retraits avaient dépassé les versements de plus de 1,8 milliard d'euros. Mais cela confirme surtout que l'assurance-vie traverse une mauvaise passe inédite avec pour la première fois, deux mois consécutifs de collecte négative.

Interrogée par l'AFP, la FFSA se veut rassurante. «N'oublions pas que ce sont des données ponctuelles. Si l'on regarde depuis le début de l'année la vision est toute autre», tempère Bernard Spitz, président de la FFSA, soulignant que les versements dépassent de 17,7 milliards d'euros les retraits sur les dix premiers mois de 2011. Un chiffre qui, comparé aux données de l'année dernière à la même période, affiche cependant une chute vertigineuse de 63%, selon le communiqué de la FFSA.

Les retraites de baby-boomers

Ces résultats témoignent d'une conjonction, jamais connue auparavant, de facteurs structurels et conjoncturels défavorables. L'assurance-vie souffre des départs en retraite des baby-boomers. Ces derniers compensent la baisse de leurs revenus en puisant dans leur assurance-vie. «C'est une tendance lourde qui va nous accompagner au fil du temps (...) On doit s'habituer à un niveau structurellement élevé de retraits», reconnaît Bernard Spitz.

L'aggravation de la crise de la dette souveraine en Europe joue aussi un rôle majeur. Les fonds en euros composés d'obligations d'État inspirent de moins en moins confiance aux épargnants. «On nous demande de plus en plus ce qu'il y a dans notre fonds en euros ou ce qu'il se passerait si nous faisions faillite», explique Paul Younès, directeur général adjoint de l'Union Financière de France (UFF), société de gestion de patrimoine, qui affiche pourtant une collecte nette positive.

Climat d'incertitude défavorable

Il est plus facile aujourd'hui d'aller vers des placements à court terme, comme les livrets bancaires,qu'à long terme. «Depuis plus d'un an, les banques, traditionnellement dominatrices sur le marché de l'assurance-vie, ont privilégié les comptes à terme et livrets d'épargne fiscalisés, bien mieux considérés dans le nouveau cadre réglementaire dit Bâle III, qui entrera en vigueur début 2013», explique Meyer Azogui, président du directoire de la société indépendante de conseil en gestion de patrimoine Cyrus Conseil. Au plan fiscal, les tours de vis budgétaires successifs n'ont pas modifié les caractéristiques du produit mais «on en parle sans arrêt», observe Paul Younès, créant un climat d'incertitude défavorable à l'assurance-vie.

(Avec agences)

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