L'assurance-vie au chevet des entreprises

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INFOGRAPHIE - Le rapport Berger-Lefebvre sur l'épargne longue, attendu prochainement, devrait proposer, entre autres, la création d'un contrat fiscalement attractif, notamment pour favoriser le financement des PME.

C'est une histoire de jours. Les députés Karine Berger et Dominique Lefebvre remettront très prochainement au premier ministre leur rapport sur l'épargne longue. Ils y présenteront des préconisations pour orienter au mieux l'épargne des français vers le financement de l'économie. Une urgence alors que les ménages, échaudés par la succession de soubresauts financiers et l'instabilité fiscale, se portent vers des supports d'épargne de moins en moins risqués, tandis qu'à l'autre bout de la chaîne les entreprises, surtout les PME, manquent d'argent frais.


Un texte très attendu par l'ensemble du secteur financier, mais tout particulièrement par l'assurance-vie, qui représente plus de la moitié de l'épargne financière long terme des Français. Selon Le Journal du dimanche, le rapport Berger-Lefebvre prévoirait, entre autres, un nouveau produit d'assurance-vie dit «hybride». Il serait à mi-chemin entre les contrats à capital garanti (en euros) et ceux plus risqués (en unités de compte). Il permettrait de mieux aiguiller l'épargne de long terme vers le financement des entreprises, notamment des PME. Il prévoit que l'argent versé serait sécurisé pendant un certain nombre d'années, mais que les fonds seraient bloqués pendant la durée de garantie du capital, afin de financer les entreprises sur la durée.

Les épargnants pourraient néanmoins bénéficier de périodes de retrait pour une partie des sommes versées. Contactée par Le Figaro, Karine Berger dit vouloir garder la primeur du rapport au premier ministre. Si elle ne dément pas que le dispositif existe, elle affirme que ce dernier n'est pas «la solution technique centrale du rapport».

De façon générale, amener plus d'épargne vers les placements longs, destinés aux entreprises et donc plus risqués, passera par un aménagement de la fiscalité. Karine Berger le voit plus volontiers ciblé sur les hauts patrimoines, à même, à ses yeux, de prendre ce risque. La profession, ouverte aux idées qui visent à réorienter l'épargne, est donc sur ses gardes à l'égard d'un projet qui, selon les termes de la lettre de la mission de Jean-Marc Ayrault, s'intègre «dans la réforme fiscale du gouvernement qui vise à aligner la fiscalité des revenus du capital sur celle des revenus du travail».

Relative désaffection

Nul doute que les assureurs qui tentent d'orienter leurs clients vers des contrats plus exposés aux marchés actions devraient se montrer particulièrement attentifs aux propositions en matière de produits d'assurance-vie. Pour Arnaud Cohen, associé fondateur du cabinet de conseil en actuariat accTeam, «les assureurs entament une nouvelle démarche innovante afin de renouveler leur offre. En effet, depuis plus de vingt ans, ils ont principalement exploité le même produit multisupport, dont les avantages compétitifs du seul support en euros permettaient de ne faire évoluer les produits que très à la marge». Les compagnies travaillent déjà sur des solutions à mi-chemin entre fonds général et unités de compte. Sur ce registre figure le contrat d'assurance diversifié, introduit par la loi Breton de 2005, qui offre une garantie uniquement au terme de l'adhésion, le contrat en unités de compte structuré qui n'offre aucune garantie de capital ou encore les fonds en euros à gestion «coussin», qui amortissent les chutes des marchés financiers.

Jean-François Lequoy, délégué général de la Fédération française des sociétés d'assurances (FFSA), reconnaît que «des acteurs réfléchissent à créer de nouveaux supports», mais «il s'agit bien plus d'un virage d'autoroute qu'en épingle à cheveu!» Les compagnies doivent en fait se livrer à une analyse plus fine des besoins de l'épargnant, de ses arbitrages entre garantie du capital et rendement.

L'assurance-vie souffre d'abord d'une relative désaffection des épargnants, qui favorisent les produits court terme, et en priorité les livrets, A et LDD, dont les plafonds ont été relevés. En 2012, ces livrets ont récolté près de 50 milliards d'euros, quand les épargnants retiraient de leurs contrats d'assurance-vie plus de 3 milliards d'euros! Le début d'année 2013 est toutefois plus prometteur: en janvier, la collecte est ainsi redevenue positive, à hauteur de 4 milliards d'euros.

En parallèle, les assureurs affrontent une situation inédite sur le front macroéconomique. Pendant vingt ans, les taux des emprunts d'État français ont baissé en continu. Une configuration idéale pour la rentabilité des portefeuilles obligataires des compagnies, qui pouvaient servir à leurs clients des taux ultracompétitifs, tout en se réservant de confortables marges. Mais aujourd'hui, les taux sont au plancher. Le pire serait qu'ils remontent brutalement, mais gérer leur stagnation est aussi difficile, car les contrats d'assurance en euros investis en obligations perdent de leur attractivité.

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