L'assouplissement monétaire simultané inquiète les marchés

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L'assouplissement monétaire simultané inquiète les marchés
L'assouplissement monétaire simultané inquiète les marchés

par Mike Peacock

FRANCFORT/PEKIN (Reuters) - Loin de rassurer les marchés qui espéraient pourtant depuis des semaines une réponse au ralentissement de l'économie mondiale, les initiatives simultanées de trois grandes banques centrales ont affolé les investisseurs, qui y ont vu une confirmation de leurs craintes sur la dégradation de la conjoncture.

La Banque centrale européenne (BCE) et la banque centrale chinoise ont annoncé jeudi une baisse de leurs taux directeurs, la Banque d'Angleterre (BoE) engageant de son côté un troisième cycle d'assouplissement de sa politique monétaire.

Même si les banques centrales se sont défendues de toute concertation, la quasi simultanéité de ces décisions a jeté le trouble sur les marchés.

La Banque d'Angleterre a ouvert le bal en annonçant, comme les économistes s'y attendaient compte tenu de la détérioration des perspectives économiques, un nouveau recours à la planche à billets sous la forme de 50 milliards de livres (62 milliards d'euros) de rachats d'actifs.

Moins d'une semaine après le sommet de Bruxelles où l'Union européenne a adopté une série de mesures pour tenter de sortir de la crise de la dette dans la zone euro, la BCE a tiré une seconde salve en abaissant ses trois taux directeurs à de nouveaux plus bas historiques.

La BCE a ramené son taux de refinancement de 1,0% à 0,75%, son taux de facilité de dépôt de 0,25% à zéro et le taux de prêt marginal de 1,75% à 1,5%.

La décision la plus inattendue est cependant venue de Pékin, un mois seulement après une précédente baisse de taux et à quelques jours de la publication des chiffres de la croissance chinoise au deuxième trimestre - attendus en recul pour le sixième trimestre consécutif mais dont les investisseurs redoutent désormais qu'ils ne soient bien pires que prévus.

SURPRISE CHINOISE

La Banque populaire de Chine a annoncé la réduction du taux des dépôts de 25 points de base (pdb) à 3% et du taux des prêts de 31 pdb à 6%, mesure dont elle a précisé qu'elle serait effective dès vendredi.

"L'annonce de ce deuxième abaissement des taux de la banque centrale chinoise démontre l'importance de la dégradation de la conjoncture dans l'Empire du Milieu", commente Arnaud Poutier, directeur général adjoint d'IG Markets France.

"Cette nouvelle baisse est totalement inattendue et il faut remonter à 2008 pour observer un tel empressement à baisser les taux", ajoute-t-il.

"Personne ne s'attendait à ce qu'ils reprennent si vite l'initiative, ce qui montre à quel point les décideurs sont inquiets pour l'économie mondiale", renchérit Mark Williams, analyste chez Capital Economics, à Londres.

"Les banquiers centraux (chinois) ont peut-être pensé que l'annonce d'une baisse des taux le même jour que la BCE allait en renforcer l'impact et favoriser les discussions autour d'une réponse concertée au ralentissement de l'économie mondiale", poursuit-il. "Mais cela peut tout aussi bien indiquer le sérieux de la dégradation de la situation."

A Francfort, le président de la BCE a assuré que les banques centrales ne s'étaient pas coordonnées.

"Il n'y a pas eu de coordination... au-delà des échanges habituels de points de vue sur le climat des affaires, l'état de l'économie et l'état général de la demande", a déclaré Mario Draghi à la presse.

"Nous constatons maintenant un affaiblissement de la croissance dans l'ensemble de la zone euro, y compris dans les pays où cela n'était pas le cas auparavant", a-t-il précisé, en allusion notamment à l'Allemagne.

DRAGHI JETTE UN FROID

Prié de dire s'il jugeait la situation aussi grave qu'en 2008, après la faillite de la banque Lehman Brothers, il a répondu: "Certainement pas."

Illustration de ces propos, Mario Draghi n'a fait aucune allusion à une éventuelle reprise du programme d'achat d'obligations de la BCE, ni à son intention de renouveler ses opérations de prêts à trois ans à taux ultra préférentiel (LTRO), qui ont permis de prêter mille milliards d'euros aux banques en décembre et février.

"Nous avons toujours dit que ces mesures non conventionnelles étaient temporaires et nous ne voulons pas nous engager sur de futures actions", a expliqué le président de la BCE.

Illustration de la nervosité des marchés, le rendement des obligations espagnoles à dix ans, déjà reparti en légère hausse après une adjudication de dette effectuée au prox fort par Madrid dans la matinée, bondissait de 39 points de base à 6,797% vers 16h00 GMT.

Les coûts de financements supportés par l'Italie étaient également en nette hausse.

Les investisseurs ont désormais les yeux braqués sur la Réserve fédérale américaine, dont certains analystes pensent qu'elle pourrait à son tour baisser ses taux en cas d'annonce, vendredi, de mauvais chiffres de l'emploi au mois de juin aux Etats-Unis.

Cette perspective s'est toutefois un peu estompée jeudi après la publication de statistiques encourageantes sur les créations mensuelles d'emplois dans le secteur et privé et les inscriptions hebdomadaires au chômage.

Avec la contribution d'Alexandre Boksenbaum-Granier à Paris, Tangi Salaün pour le service français, édité par Benoît Van Overstraeten

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