L'ASN alerte sur les risques liés à la restructuration d'Areva

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L'ASN ALERTE SUR LES RISQUES LIÉS À LA RESTRUCTURATION D'AREVA
L'ASN ALERTE SUR LES RISQUES LIÉS À LA RESTRUCTURATION D'AREVA

par Benjamin Mallet et Michel Rose

PARIS (Reuters) - La situation d'Areva est préoccupante en matière de sûreté nucléaire et la phase de transition dans laquelle le groupe est engagé présente aussi des risques, a déclaré jeudi à Reuters Pierre-Franck Chevet, le président de l'Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Areva, dont l'Etat français détient 87% du capital, travaille actuellement à l'élaboration d'un plan de sauvetage qui inclut des mesures d'économies et des suppressions de postes et devrait passer par la vente de son activité réacteurs nucléaires à EDF.

Le groupe a accusé une perte de 4,8 milliards d'euros au titre de 2014 et ses besoins en financement sont estimés entre 5,5 et 7 milliards d'euros d'ici à fin 2017.

"La situation financière actuelle d'Areva peut être considérée comme préoccupante en termes de sûreté", a déclaré Pierre-Franck Chevet lors d'une entretien accordé à Reuters.

"Les situations intermédiaires où les gens s'interrogent sur leur avenir doivent être les plus courtes possibles, y compris pour des enjeux de sûreté", a-t-il également dit.

L'ASN prévoit d'auditionner d'ici fin juin des responsables de l'entreprise pour les interroger sur la façon dont Areva compte honorer ses engagements en la matière.

L'organisme de contrôle a notamment imposé à Areva fin 2014 de reconditionner des déchets radioactifs anciens entreposés à La Hague (Manche), et il demande au groupe d'investir dans ses installations pour améliorer leur niveau de sûreté.

LE RAPPROCHEMENT AVEC EDF A PRIORI POSITIF

Evoquant le rapprochement en cours avec EDF, Pierre-Franck Chevet a souligné la vigilance de l'ASN.

"Entre l'orientation et la mise en place complète de la nouvelle organisation, on sera extrêmement vigilants, en termes de sûreté, pour leur demander et s'assurer par des contrôles que les choses se passent bien dans la phase de transition", a-t-il dit.

L'ASN juge cependant que, dans la perspective de la mise à niveau du parc nucléaire français, le rapprochement entre Areva et EDF pourrait renforcer l'ingénierie de conception des équipements, ainsi que celle des grands travaux, et ainsi s'avérer positive en matière de sûreté.

"Plus les équipes travailleront en harmonie, à effectifs constants ou pas, mieux ce sera. Quand on simplifie les organisations, en général, ça va plutôt dans le bon sens."

Concernant le plan de suppression de postes d'Areva, qui concerne entre 5.000 et 6.000 postes au niveau mondial sur trois ans, dont 3.000 à 4.000 en France, l'ASN veut en outre s'assurer qu'il "n'attaque pas des fonctions vitales pour la sûreté".

"La sûreté reste un objectif absolument prioritaire et le groupe continuera d'investir. Il investit actuellement près de 200 millions d'euros par an sur les questions de sûreté, et ça va continuer, y compris à La Hague", a déclaré mercredi le président du conseil d'Areva, Philippe Varin, lors d'une audition à l'Assemblée nationale.

PAS DE DÉCISION SUR LA CUVE DE FLAMANVILLE AVANT DÉBUT 2016

Evoquant les difficultés du chantier de l'EPR de Flamanville (Manche), dirigé par EDF, Pierre-Franck Chevet a confirmé que les défauts constatés sur le couvercle et le fond de la cuve constituaient "une anomalie sérieuse, et pas simplement au regard de la nouvelle réglementation".

Alors qu'EDF et Areva vont mener des essais pour démontrer la conformité des équipements et ainsi éviter de devoir remplacer la cuve, Pierre-Franck Chevet estime que l'ASN ne devrait pas être en mesure de se prononcer sur le sujet avant début 2016.

Le dirigeant s'attend en outre à de nouvelles difficultés à Flamanville après la révélation cette semaine d'anomalies de fonctionnement de certaines soupapes.

"On est dans la phase où les systèmes finissent d'être assemblés, ils sont testés pour détecter d'éventuelles anomalies et, sans trop m'avancer, je pense qu'il y en aura d'autres. Il y a aussi une partie qui est inhérente à cette période d'avancée d'un chantier", a-t-il dit.

"C'est un premier du genre, qui intervient après une longue pause dans la fabrication de centrales nucléaires (...) Il ne faut pas s'étonner qu'il y ait des difficultés de remise à pleine vitesse de l'outil industriel. Tout ne se résume pas à des procédures à appliquer, quand on coule un béton ou quand on soude, c'est avant tout de la pratique."

(Edité par Dominique Rodriguez)

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