L'arrêt de Kaesong, une déclaration de guerre, dit Pyongyang

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    * La Corée du Sud a suspendu jeudi les activités de Kaesong 
    * Le Nord a déclaré jeudi Kaesong "zone de contrôle 
militaire" 
    * La zone industrielle était partagée entre les deux Corées 
 
 (Actualisé avec précisions, contexte) 
    par Ju-min Park 
    PAJU, Corée du Sud, 11 février (Reuters) - La Corée du Nord 
a qualifié jeudi de "déclaration de guerre" la décision de Séoul 
de suspendre l'activité du parc industriel intercoréen de 
Kaesong et annoncé la suspension du "téléphone rouge" militaire 
entre les deux pays, rapporte l'agence de presse nord-coréenne 
KCNA. 
    Séoul a annoncé mercredi la suspension des activités du parc 
de Kaesong, seul exemple de coopération entre les deux Corées, 
en réponse au tir d'une fusée à longue portée par Pyongyang le 
week-end dernier, condamné par la communauté internationale. 
    Pyongyang affirme que le lanceur avait pour but de mettre en 
orbite un satellite mais la communauté internationale estime 
qu'il s'agit d'une fusée à technologie de missile balistique. Ce 
lancement controversé fait suite à l'annonce par Pyongyang d'un 
quatrième essai nucléaire début janvier. 
    Pyongyang a déclaré le parc de Kaesong, du côté nord-coréen 
de la ligne de démarcation, "zone sous contrôle militaire" à 
compter de ce jeudi et ordonné le départ de tous les Sud-Coréens 
qui y travaillent. Ceux-ci n'ont pu emporter que leurs seuls 
effets personnels, précise KCNA. 
    Jeudi matin, des dizaines de camions sud-coréens ont repassé 
la frontière, chargés de marchandises et d'équipements, après la 
décision de Séoul de suspendre les activités du parc. 
    Les ouvriers nord-coréens ont eux-mêmes été évacués et le 
matériel placé sous séquestre, ajoute KCNA en citant un 
communiqué officiel. 
    Le Comité pour la réunification pacifique de la Corée, qui 
gère les relations de Pyongyang avec Séoul, a qualifié la 
suspension des activités à Kaesong d'impardonnable et la Corée 
du Sud de marionnette des Etats-Unis, comme elle le fait 
habituellement.  
    La Corée du Sud a réagi en expliquant que sa priorité était 
le retour sains et saufs de ses ressortissants. 
    L'arrêt de l'activité dans le parc ouvert en 2005 où 124 
sociétés sud-coréennes emploient 55.000 Nord-Coréens, rompt le 
dernier lien d'importance dans la coopération entre le Nord et 
le Sud. 
     
    "BIEN ARMÉS IDÉOLOGIQUEMENT" 
    "Sur ce site, situé à une cinquantaine de kilomètres au nord 
de Séoul, les Nord-Coréens avaient un aperçu de la vie dans le 
Sud et un contact avec un management de style capitaliste. 
    Pour le Nord, l'argent tiré de Kaesong -- l'équivalent de 
100 millions d'euros en salaires et honoraires en 2015 -- valait 
la peine de courir le risque d'exposer ses ressortissants à 
l'influence du Sud prospère. Ces dernières années, les 
Nord-Coréens ont eu un accès accru aux médias du Sud par 
contrebande, ce qui leur a permis d'avoir connaissance du niveau 
de vie dans le Sud mais aussi en Chine. 
    Pyongyang a toutefois toujours pris des précautions pour 
faire en sorte que les travailleurs choisis pour le complexe 
aient des contacts minimaux avec leurs dirigeants sud-coréens. 
    "Ces travailleurs nord-coréens sont très bien armés 
idéologiquement", explique Koo Ja-ick, en train d'attendre côté 
sud de la frontière pour se rendre à Kaesong où il travaille 
pour une société textile depuis quatre ans. 
    "Ils n'agissent jamais individuellement. Ils travaillent et 
se déplacent toujours en groupe de deux. Même les personnes de 
niveau managérial font comme ça. Ils ne vont jamais aux 
toilettes tout seuls mais toujours en groupe", ajoute-t-il. 
    Le salaire moyen d'un salarié nord-coréen à Kaesong est de 
160 dollars par mois (140 euros), qui est versé à une société de 
gestion publique. Les employés en perçoivent 20% en tickets de 
rationnement et en devise nord-coréenne, explique Cho Bon-hyun, 
spécialisé dans les études sur la Corée du Nord à la banque IBK 
à Séoul. 
    Selon un responsable gouvernemental sud-coréen qui connaît 
la politique du Nord, il est difficile de voir comment les 
opérations pourraient reprendre à Kaesong dans un proche avenir. 
    A la Bourse de Séoul, plusieurs grandes entreprises 
travaillant à Kaesong ont enregistré des baisses de 10% ou plus 
de leurs cours. Les valeurs du secteur de la défense se sont a 
contrario envolées. 
    En dépit des relations houleuses entre les deux Corées, 
Kaesong n'a été fermé qu'une fois auparavant, pendant cinq mois 
en 2013, après la très forte tension qui avait suivi le 
troisième essai nucléaire de Pyongyang. 
 
 (Avec Jack Kim à Séoul; Tangi Salaün et Danielle Rouquié pour 
le service français) 
 
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