L'armée ukrainienne poursuit son offensive, la Russie accusée

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À DONETSK, LES HABITANTS FUIENT LES COMBATS
À DONETSK, LES HABITANTS FUIENT LES COMBATS

par Richard Balmforth et Sabina Zawadzki

KIEV/DONETSK (Reuters) - Le gouvernement ukrainien a promis vendredi de poursuivre son offensive militaire dans l'est du pays, où un hélicoptère de l'armée a été abattu jeudi par des rebelles, alors que se multiplient les informations évoquant la présence sur le sol ukrainien de combattants venus de Russie.

Petro Porochenko, qui a remporté dimanche dès le premier tour l'élection présidentielle, a juré de punir les responsables de l'attaque de jeudi près de Slaviansk, qui a coûté la vie à 14 soldats dont un général.

Le ministre de la Défense, Mykhailo Kovak, a quant à lui relayé les accusations selon lesquelles la Russie a lancé des "opérations spéciales" dans l'est de l'Ukraine et il a assuré que les forces ukrainiennes poursuivraient leur offensive dans la région "jusqu'à ce que ces régions recommencent à vivre normalement, jusqu'à ce qu'il y ait la paix".

Les informations collectées par des journalistes présents sur place corroborent les déclarations des autorités ukrainiennes selon lesquelles des "volontaires" venus de Russie ont rejoint les rebelles de l'est.

Selon certaines de ces informations, une partie de ces combattants est venue du Nord-Caucase, et notamment de Tchétchénie. Jeudi, le secrétaire d'Etat américain, John Kerry, avait exprimé à son homologue russe, Sergueï Lavrov, son inquiétude à ce sujet.

Les autorités ukrainiennes reprochent aux gardes-frontière russes de ne rien faire pour empêcher des combattants et des chargements d'armes et de munitions de traverser la frontière entre la Russie et l'Ukraine.

Vendredi, des gardes-frontière ukrainiens ont annoncé avoir découvert dans deux voitures provenant de Russie des fusils, des mitraillettes, des lance-grenades et 84 boites de munitions. Treize personnes ont été arrêtées lors de cette saisie, a précisé le corps des gardes-frontière dans un communiqué publié sur son site internet.

Des journalistes de Reuters à Donetsk, l'un des bastions des séparatistes, ont vu jeudi des cercueils chargés sur un camion et des sources leur ont expliqué qu'ils s'agissaient des corps de "volontaires" russes tués en début de semaine lors d'une offensive de l'armée.

DES CORPS DE COMBATTANTS RAPATRIÉS EN RUSSIE

Un responsable des gardes-frontière ukrainiens a déclaré vendredi que le rapatriement en Russie des dépouilles de ressortissants russes avait été autorisé pour des raisons humanitaires.

"Nous n'avons pas besoin qu'ils servent d'engrais à la terre d'Ukraine", a dit Serhiy Astakhov, un adjoint du directeur du service des garde-frontières, en réponse à une question d'un journaliste à Kiev.

Le ministre de l'Intérieur, Arsen Avakov, a estimé que des armes retrouvées sur l'aéroport de Donetsk, d'où l'armée a chassé les rebelles, ne pouvaient provenir que de Russie.

Par ailleurs, une équipe d'observateurs de l'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) a été capturée dans l'est de l'Ukraine, a annoncé l'organisation basée à Vienne.

L'OSCE, chargée de veiller à l'application de mesures pour faire baisser la tension dans la région, est déjà sans nouvelles d'une autre équipe de quatre observateurs, disparue au soir du 26 mai mais que des séparatistes ont promis de libérer prochainement.

Ces informations risquent de raviver les tensions entre Moscou et l'Occident alors même que l'armée russe a retiré la majeure partie des troupes qu'elle avait stationnées près de la frontière ukrainienne ces dernières semaines, un retrait que Washington a jugé "prometteur".

Petro Porochenko, dont l'entrée en fonctions officielle est prévue vendredi prochain, doit s'entretenir avec le président américain, Barack Obama, en début de semaine à Varsovie, où les deux hommes sont attendus pour commémorer la fin de la période communiste en Pologne.

Barack Obama aura ensuite l'occasion de rencontrer son homologue russe, Vladimir Poutine, en France, où ils participeront tous deux aux cérémonies de commémoration du débarquement allié de 1944 en Normandie.

A Donetsk, ville industrielle d'un million d'habitants, le calme régnait vendredi mais les combats des derniers jours à l'aéroport, durant lesquels une cinquantaine de rebelles ont été tués selon l'armée, ont gâché la dernière journée de l'année scolaire, habituellement célébrée par des centaines d'écoliers et de lycéens dans les parcs de la ville.

A la gare, de longues files d'attentes continuaient de se former, des centaines de personnes cherchant à quitter la ville pour des raisons de sécurité.

"Ce qui est en train de se passer nous inquiète beaucoup, je dois emmener ma fille qui est enceinte", explique Vita, une femme qui attend un train pour Moscou avec sa fille et sa petite-fille. "Nous allons la laisser à ma soeur à Moscou et nous reviendrons retrouver mon mari, qui reste à la maison avec tous nos biens."

(avec Gabriela Baczynska à Donestk et Natalya Zinets à Kiev; Marc Angrand pour le service français)

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  • M5285637 le vendredi 30 mai 2014 à 18:55

    Grand dommage d'avoir tardé à réagir sérieusement, cela aurait fait moins de dégâts matériels mais surtout humains et dans la confiance des gens.C'est triste à dire mais ces cercueils étrangers prouvent bien la pseudo intervention ainsi que ces armes sophistiquées.Je ne défend pas aveuglement Maidan mais l'intégrité d'une nation. On voit des guerres partout pour le bénéfice des marchands d'armes!