L'armée tente toujours de chasser les rebelles d'Alep

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LA BATAILLE D'ALEP EN SYRIE
LA BATAILLE D'ALEP EN SYRIE

par Erika Solomon

ALEP, Syrie (Reuters) - L'armée syrienne a accentué ses opérations mardi à Alep, déployant des hélicoptères de combat et son artillerie pour déloger les rebelles de deux quartiers de la ville, alors que l'opposition affirme avoir contraint les militaires à se retirer.

Des tirs à l'arme lourde ont résonné dans le quartier de Salaheddine, dans le sud-ouest de la deuxième ville du pays, dont les rebelles ont démentent avoir été repoussés. Ce secteur est important pour le passage des renforts de troupes syriennes en provenance du Sud.

L'armée a annoncé il y a deux jours avoir repris Salaheddine, mais la télévision d'Etat a fait savoir mardi que les forces gouvernementales traquaient les membres d'un groupe de "terroristes" dans cette zone, signe que l'armée n'en avait pas le contrôle total.

L'assaut mené par l'armée de Bachar al Assad sur ce quartier rappelle sa façon d'opérer à Damas: elle utilise son écrasante puissance de feu pour faire refluer les insurgés quartier par quartier.

Un journaliste de Reuters a également entendu, mardi pour la première fois depuis plusieurs jours, des hélicoptères tirer à l'arme lourde sur la partie est de la ville.

Un commandant rebelle d'Alep a déclaré par ailleurs à Reuters que l'objectif de ses combattants était d'atteindre progressivement le centre-ville, quartier par quartier, un objectif atteignable selon lui "d'ici quelques jours, et non quelques semaines".

Les insurgés ont pris le contrôle d'un parc urbain qui s'étend des quartiers est aux quartiers sud-ouest.

"Le régime tente depuis trois jours de reprendre Salaheddine, mais ses tentatives ont échoué et il subit de lourdes pertes en hommes, en armes, en blindés, et il a été contraint de se retirer", a déclaré le colonel Abdel Jabbar al Oqaidi, chef du Conseil militaire rebelle d'Alep.

Selon lui, plus de 3.000 combattants rebelles se trouvent actuellement à Alep. Les envoyés spéciaux de Reuters présents sur place n'ont pu atteindre les lieux pour vérifier qui les contrôle.

ALEP, "TOMBEAU DU RÉGIME"?

Une semaine de combats dans Alep a rempli les hôpitaux et des dispensaires de fortune des quartiers de l'est tenus par les insurgés.

"Certains jours, nous avons 30, 40 personnes, sans compter les corps", raconte un jeune médecin. "Il y a quelques jours, nous avons eu 30 blessés et peut-être 20 cadavres mais la moitié de ces corps étaient en pièces. Nous ne pouvons même pas les identifier."

Selon un décompte fourni par l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG favorable à l'opposition basée à Londres, une centaine de personnes, dont 73 civils, ont été tuées en Syrie lundi. Cinq rebelles ont trouvé la mort durant les affrontements avec les troupes gouvernementales à Salaheddine.

Des rebelles, patrouillant à bord de camions pavoisés aux couleurs vert-blanc-noir de la "Syrie indépendante", affirment résister à Salaheddine malgré le pilonnage de l'armée sur terre et par voie aérienne. Un avion de chasse survole la scène, rappelant la suprématie des forces du président Bachar al Assad.

"Nous avons toujours su qu'Alep serait le tombeau du régime", commente Mohammed, un jeune combattant, tout en fourrageant dans son gilet à la recherche de munitions. "Damas est la capitale, mais ici, il y a un quart de la population et la totalité des forces économiques. Les forces de Bachar seront enterrées ici."

"Hier, nous avons bombardé la zone à la vitesse de deux obus par minute", a déclaré lundi un homme se présentant comme un porte-parole de la "Révolution d'Alep". "Il est faux de prétendre que les forces du régime contrôlent Salaheddine."

Pour l'instant, la supériorité des forces gouvernementales terrestres explique que les rebelles aient eu des difficultés à conserver le terrain conquis en zone urbaine. Les insurgés ont effectué une percée majeure dans Damas il y a deux semaines pour en être ensuite chassés.

Une défaite à Alep, le poumon économique de la Syrie qui a rejoint tardivement le soulèvement, constituerait pour les forces gouvernementales un énorme échec psychologique et stratégique. D'où la détermination dont elles font preuve.

Selon les experts militaires, les rebelles ne sont pas suffisamment armés pour défaire l'armée, sa puissante artillerie et ses hélicoptères de combat.

PÉNURIE DE NOURRITURE

Dans cette ville divisée de 2,5 millions d'habitants, où certaines parties de la population soutiennent le gouvernement du chef de l'Etat, certains semblent réticents à s'exprimer en public en présence des combattants.

Interrogé sur ses préférences, un homme qui attendait à un commissariat de police endommagé par les tirs d'obus a répondu : "Nous ne sommes avec personne. Nous sommes du côté de la vérité. Quand on lui demande de quel côté est cette vérité, il répond : "de Dieu, uniquement."

Les Alépins qui n'ont pas fui les combats doivent faire face par ailleurs à une pénurie croissante de nourriture et de carburant.

"Nous disposons à peine d'eau et d'électricité, nos femmes et nos enfants sont partis pour rejoindre des lieux plus sûrs", témoigne Jouma, un ouvrier du bâtiment de 45 ans, qui se plaint de ne pas pouvoir observer le jeûne du ramadan.

"Je dirais que 99,9% des gens ne jeûnent pas. Comment jeûner quand vous entendez des tirs de mortier et d'artillerie à proximité, et que vous vous demandez si vous ne serez pas le prochain sur la liste?"

Sur le front diplomatique, le monde assiste impuissant au glissement progressif de la Syrie dans la guerre civile, alors les grandes puissances restent divisées et que la France doit prendre la présidence du Conseil de sécurité de l'Onu à partir du 1er août.

Paris a fait savoir qu'elle allait demander une réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel, mais rien ne permet de dire que le dossier pourrait être débloqué alors que la Russie et la Chine, membres permanents du Conseil de sécurité, restent hostiles depuis le début de l'insurrection en mars 2011 à toute mesure coercitive contre le régime de Bachar al Assad.

Un convoi transportant le responsable du chef intérimaire de la Mission de supervision des Nations unies en Syrie (Misnus) a été attaqué dimanche. Seul le blindage des véhicules a empêché qu'il y ait des blessés, a déclaré le secrétaire général de l'Onu Ban Ki-moon.

Le Premier ministre turc, Recep Tayyip Erdogan, et le président américain Barack Obama se sont entretenus lundi par téléphone sur la façon d'accélérer la transition politique en Syrie.

Lors de cet entretien, l'accélération du processus de transition politique a été évoquée avec départ de Bachar al Assad du gouvernement, ont précisé les services du chef du gouvernement turc.

Les deux hommes ont également discuté de la nécessité de travailler ensemble pour aider les civils qui essaient d'échapper aux violences en Syrie. Le nombre de réfugiés syriens en Turquie est estimé à 44.000.

Avec Yara Bayoumy à Beyrouth,; Danièle Rouquié et Hélène Duvigneau pour le service français

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