L'armée syrienne sort l'arme du bulldozer

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BOMBARDEMENTS SYRIENS SUR AZAZ
BOMBARDEMENTS SYRIENS SUR AZAZ

par Khaled Yacoub Oweis

AMMAN (Reuters) - Des bulldozers de l'armée syrienne ont rasé des habitations lundi dans l'ouest de Damas, poursuivant une stratégie de punition collective dans les quartiers sunnites hostiles au président Bachar al Assad, rapporte l'opposition.

Dans le nord de la Syrie, 18 cadavres ont été découverts dans les décombres d'une maison bombardée par un avion de chasse gouvernemental dans la ville d'Al Bab, contrôlée par la rébellion dans la province d'Alep, et 13 personnes sont portées disparues, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH).

A Taouahine, un quartier pauvre de la capitale syrienne proche de l'autoroute Damas-Beyrouth, les bulldozers sont entrés en action lundi matin, détruisant des boutiques et des maisons, ont déclaré habitants et militants d'opposition.

"Ils ont commencé il y a trois heures. Les habitants sont dans la rue", a déclaré une femme habitant un immeuble dominant le secteur.

Ces informations restent invérifiables en raison des restrictions imposées par les autorités syriennes aux médias indépendants.

Selon des opposants, l'armée a obligé des riverains à effacer des graffiti anti-Assad ou à écrire des slogans à la gloire du président syrien, contesté par la rue depuis mars 2011.

"C'est un acte de punition collective sans justification. Les rebelles sont partis, il n'y a même plus de manifestations dans le quartier", a déclaré un militant, Mouaz al Chami, dans une vidéo montrant les démolitions.

"Le régime ne peut s'empêcher de se montrer aussi brutal que dans les années 1980", a-t-il ajouté, faisant allusion aux massacres et aux destructions commis à Hama en 1982 contre un soulèvement islamiste sur ordre du père de Bachar, Hafez el Assad.

Alors que les sunnites sont largement majoritaires en Syrie, le clan Assad et la plupart des membres de l'élite au pouvoir appartiennent à la minorité alaouite, issue du chiisme.

VOITURE PIEGEE

Selon des militants, l'armée a également rasé ou incendié au moins 200 maisons et boutiques dans la vieille ville de Deraa, dans le sud du pays, au cours des derniers jours. Les bombardements des forces gouvernementales ont pratiquement vidé le secteur, forçant 40.000 habitants à se réfugier en Jordanie.

Cette dernière vague de démolitions fait suite à la destruction de plusieurs dizaines de bâtiments dans une zone proche de Taouahine dimanche et dans le quartier sunnite de Kaboun le mois dernier à Damas.

"Je me suis rendu hier à Kaboun. Ce n'est plus un quartier dense. On peut voir d'un bout à l'autre du quartier car de nombreux bâtiments ont été rasés", explique une militante.

L'armée syrienne, qui a repris le contrôle de Damas que les insurgés avaient attaquée à la mi-juillet, a bombardé la nuit dernière des quartiers périphériques à l'ouest et au sud de la capitale pour tenter d'en chasser des rebelles, rapportent des opposants. Au moins deux personnes ont été tuées dans le quartier sud de Kadam, ajoutent-ils.

Selon l'OSDH, cinq personnes ont par ailleurs péri dans l'explosion lundi d'une voiture piégée dans la commune de Jaramanah, au sud-est de la capitale. Vingt-sept autres ont été blessées, ajoute le groupe basé en Grande-Bretagne.

Une bombe avait fait 12 morts dans le même quartier la semaine dernière. Gouvernement et opposition s'étaient renvoyé la responsabilité de l'attentat.

Plus de 20.000 personnes ont été tuées dans les violences en Syrie depuis les premières manifestations pacifiques de mars 2011.

MISSION "QUASI IMPOSSIBLE" POUR BRAHIMI

Quelque 10.000 réfugiés syriens fuyant les combats sont bloqués depuis une semaine à la frontière turque, un afflux qui pourrait s'accélérer en raison des bombardements de l'aviation et de l'artillerie syriennes sur Azaz, située à trois km de la frontière, ont rapporté des militants anti-Assad.

Azaz, qui serait aux mains de l'insurrection, est souvent la cible de tirs nocturnes d'artillerie émanant d'un aérodrome militaire proche. La moitié de ses quelque 70.000 habitants se sont déjà enfuis.

La Turquie, qui abrite déjà plus de 80.000 Syriens, pousse à l'instauration de "zones de sécurité" dans le nord de la Syrie, sans succès jusqu'ici auprès de la communauté internationale.

Le "Quotidien du Peuple", organe du PC chinois, a jugé que la proposition d'Ankara, qui nécessiterait la mise en place d'une zone d'exclusion aérienne, n'était pas "une bonne mesure" car elle ne permettrait pas une véritable protection des réfugiés.

Les tentatives diplomatiques visant à sortir du conflit en Syrie sont "quasi impossibles" et insuffisantes pour mettre un terme aux combats, a de son côté reconnu le nouvel émissaire international sur la Syrie, l'Algérien Lakhdar Brahimi.

Jean-Stéphane Brosse pour le service français

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  • benrot le lundi 3 sept 2012 à 17:18

    qui va reconstruire le pays une fois tout est rasée, le russe ou le chinois?

  • jicem le lundi 3 sept 2012 à 17:18

    Si l'on veut que les salafistes prennent le pouvoir,il faut les aider "diplomatiquement" a liquider Assad; mais politiquement "on" ne le dira pas.