L'armée syrienne profite des raids et prend l'initiative

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par Laila Bassam et Sylvia Westall BEYROUTH, 2 octobre (Reuters) - Les forces gouvernementales syriennes profitent des frappes aériennes de la coalition internationale contre l'Etat islamique (EI) dans l'est de la Syrie pour intensifier leurs opérations dans l'ouest contre les groupes insurgés pourtant soutenus par les Etats-Unis et leurs alliés. Il y a juste une semaine, l'armée de l'air loyaliste a bombardé des positions rebelles dans les provinces de Hama, Idlib, Homs et Alep, et autour de la capitale Damas, selon l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), une ONG proche de l'opposition. "Dans les deux jours qui ont suivi les frappes de la coalition, les opérations de l'aviation gouvernementale syrienne ont baissé d'environ 90%, puis elles ont repris avec de plus en plus de vigueur. Maintenant, la ville d'Idlib est bombardée tous les jours", a déclaré Rami Abdelrahman, directeur de l'OSDH, organisation basée à Londres mais qui dispose de nombreux informateurs sur le terrain. L'armée syrienne a également annoncé la semaine dernière avoir repris la ville d'Adra al Omalia, entre Damas et Homs. Les frappes de la coalition contre les islamistes dans l'Est soulagent les forces de Bachar al Assad et leur permettent de renforcer leurs liaisons avec leurs bastions de l'ouest du pays, souligne Isabel Nassief, une analyste spécialiste de la Syrie. "En particulier, les forces du régime frappent les poches de la rébellion autour de Homs et de Hama." Depuis le début des frappes, le gouvernement de Damas a tenu à préciser qu'il était informé à l'avance des opérations de la coalition et s'est réjoui de voir la communauté internationale se mobiliser enfin contre des "terroristes" qu'il dénonce depuis trois ans et demi. PRIORITÉ Washington, qui depuis 2011 présente Bachar al Assad comme le principal obstacle à la paix en Syrie, reconnaît le tenir informé de ses opérations mais récuse toute "coopération" avec lui et demande toujours le départ du maître de Damas. "Il ne fait aucun doute que le régime syrien va profiter de cette guerre contre l'Etat islamique", dit une source proche des services de sécurité libanais. "Mais je ne pense pas que l'armée syrienne soit en mesure de pénétrer dans les zones bombardées par les Américains. Elle est simplement satisfaite de voir les djihadistes affaiblis et incapables de lancer de nouvelles offensives." Devant l'Assemblée générale de l'Onu, la semaine dernière, le ministre syrien des Affaires étrangères, Walid al Moualem, a appelé la communauté internationale à serrer les rangs "face au terrorisme, ce danger contre lequel aucun pays n'est immunisé". Dimanche dernier, le président américain Barack Obama a souligné qu'il voulait toujours le départ de Bachar al Assad mais que l'Etat islamique représentait aujourd'hui un danger plus pressant. "L'EI, le groupe Khorasan, ces gens-là peuvent tuer des Américains", a-t-il dit. Quant aux combattants de l'Armée syrienne libre (ASL), présentés comme les opposants modérés à Assad et soutenus par l'Occident, ils se retrouvent aujourd'hui confrontés à l'armée syrienne et aux djihadistes et ne cachent pas leur déception. "Le régime Assad profite de ce qui se passe et prend l'initiative sur plusieurs fronts, notamment dans la région de Hama", déclare Abou Oubaïda, du groupe Harakat Hazm, membre de l'ASL. Parmi les pays membres de la coalition constituée autour des Etats-Unis, le Qatar, ennemi juré de Bachar al Assad, a dénoncé le risque de voir se renforcer à Damas "un régime qui oppresse le peuple syrien". Quant à la Turquie, pressée d'intervenir militairement pour arrêter la progression des djihadistes de l'EI en direction de la ville frontalière kurde de Kobani, elle a explicitement lié son implication au départ du président syrien. ID:nL6N0RX311 (Avec Tom Perry; Guy Kerivel pour le service français, édité par Tangi Salaün)

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