L'armée syrienne bombarde Homs après une journée meurtrière

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par Dominic Evans

BEYROUTH (Reuters) - Des chars syriens ont pilonné samedi un quartier ancien de la ville de Homs, où trois personnes ont été tuées selon des militants, au lendemain d'une des journées les plus sanglantes du soulèvement contre le régime du président Bachar al Assad.

Habitants et militants ont dit que les forces armées avaient abattu 40 civils vendredi en ouvrant le feu à Homs et Hama sur des manifestants qui réclamaient une protection internationale contre la répression en cours.

De violents combats ont éclaté vendredi soir à Homs entre des dizaines de déserteurs de l'armée et des unités loyalistes, a rapporté l'Observatoire syrien des droits de l'homme, basé à Londres. Dix-sept soldats ont été tués dans l'attaque de deux postes militaires, ajoute-t-il.

Ces informations semblent confirmer l'émergence d'une insurrection armée parallèlement aux manifestations de rue à dominante pacifique contre les 41 ans de règne politique de la famille Assad.

Selon les Nations unies, 3.000 personnes dont près de 200 enfants ont péri dans les troubles qui ont débuté en mars. Les autorités de Damas en imputent la responsabilité à des groupes armés qui, selon elles, ont tué 1.100 soldats et policiers.

La plupart des médias internationaux ont été expulsés du pays, ce qui rend difficile de vérifier les informations de l'opposition et des autorités.

Mais la résistance des manifestants, la détermination du gouvernement à écraser la dissidence et le nombre croissant des déserteurs ont fait du conflit syrien l'une des épreuves de force les plus dures de l'année des "printemps arabes".

L'Observatoire syrien rapporte que trois civils ont été tués samedi matin à Homs, l'un d'eux par un tireur embusqué et les deux autres par des tirs de mitrailleuse opposant les troupes d'Assad à des déserteurs.

Des habitants ont dit que l'artillerie avait fait usage de mitrailleuses et de batteries antiaériennes contre des objectifs au sol dans le vieux quartier de Bab Amro. Explosions et tirs ont aussi retenti dans d'autres secteurs, ont-ils dit.

APPEL DE LA LIGUE ARABE

Les affrontements de vendredi ont incité les ministres de la Ligue arabe à lancer au président Assad leur appel le plus pressant à ce jour en faveur d'un arrêt des violences frappant la population civile.

Le comité de la Ligue arabe sur la crise syrienne a dit avoir adressé au gouvernement syrien un "message urgent (...) pour exprimer son profond mécontentement face a la poursuite des massacres de civils syriens".

Il "exprime l'espoir que le gouvernement syrien prenne des mesures pour protéger les civils". Les ministres arabes doivent rencontrer des dirigeants syriens dimanche au Qatar.

Un représentant du ministère syrien des Affaires étrangères cité par les médias officiels a déclaré que le communiqué de la Ligue arabe était "fondé sur des mensonges de médias". Il a engagé le comité de la Ligue à "contribuer à rétablir la stabilité en Syrie au lieu de favoriser la sédition".

Des personnalités de l'opposition ont dit ne pas pouvoir engager de pourparlers avec le gouvernement s'il ne mettait pas fin aux massacres de civils, aux disparitions et aux arrestations en série.

"Oui au dialogue - après la chute du régime", proclamait une pancarte brandie par des manifestants vendredi à Homs.

En divers points du pays, des opposants réclament une protection internationale. "Une zone d'exclusion aérienne est une exigence légitime pour Homs", disaient des banderoles déployées à Homs dans le quartier de Khalidié.

Le Conseil national formé par des opposants syriens demande une protection internationale sans aller jusqu'à requérir une intervention militaire comme celle de l'Otan en Libye, et l'alliance n'a exprimé aucune intention de cet ordre.

Le gouvernement syrien n'a fait aucun usage de son aviation contre les manifestants et une zone d'exclusion aérienne aurait peu d'impact sur la répression à moins que des pilotes n'attaquent ses forces terrestres et ses bases militaires comme en Libye.

Avec Khaled Yacoub Oweis; Philippe Bas-Rabérin pour le service français

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