L'armée syrienne aux portes d'Alep, les rebelles veulent des armes

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    * Les voies d'approvisionnement des insurgés d'Alep menacées 
    * La suspension de Genève III serait due aux raids russes 
    * Impossible de négocier sous les bombes, dit Ankara 
    * Nouvel exode vers la Turquie 
 
    par Tom Perry, Lisa Barrington et Tulay Karadeniz 
    BEYROUTH/ANKARA, 4 février (Reuters) - Alep, ville la plus 
peuplée de Syrie avant le conflit, pourrait être très vite 
encerclée par les forces gouvernementales appuyées par 
l'aviation russe, a-t-on appris jeudi de source militaire, 
tandis que la Turquie jugeait le processus de paix voué à 
l'échec en raison des initiatives militaires de Moscou.  
    Les rebelles ont quant à eux exprimé l'espoir que la 
suspension de la conférence de Genève encourage leurs parrains 
étrangers à leur fournir des armes plus performantes. 
    Les raids menés depuis la fin septembre par l'aviation russe 
ont permis à l'armée syrienne et aux milices qui lui prêtent 
main forte, notamment le Hezbollah libanais, de reprendre une 
partie du terrain perdu en 2015.  
    D'après un représentant de l'Onu ayant requis l'anonymat, 
l'intensification des bombardements russes est directement à 
l'origine de la suspension des négociations de Genève, annoncée 
mercredi par Staffan de Mistura. 
    "Je pense que l'envoyé spécial (de l'Onu pour la Syrie) a 
décidé de suspendre les discussions parce que notre organisation 
ne veut pas être associée à l'escalade russe en Syrie, qui 
risque de compromettre totalement les pourparlers", a-t-il 
déclaré à Reuters. Les opérations militaires russes visent à 
"humilier l'opposition sur le terrain comme à Genève", a-t-il 
ajouté. 
     
    LES INSURGÉS RÉCLAMENT DES MISSILES ANTI-AÉRIENS 
    Située à 50 km de la frontière turque, Alep qui comptait 
près de deux millions d'habitants avant la guerre, est tenue en 
partie par les insurgés, dont les voies d'approvisionnement sont 
sur le point de tomber aux mains des forces gouvernementales, 
d'après la source militaire syrienne.  
    "Si l'armée réussit son opération dans le nord-ouest en 
direction de Zirba et dans le sud-ouest, à partir de Nouboul et 
d'Al Zahraa, toutes les voies d'approvisionnement seront 
coupées. Et cela va se produire rapidement", ajoute cette source 
militaire.  
    Des images diffusées par Al Manar, la chaîne de télévision 
du Hezbollah, montrent des habitants des deux localités à 
dominante chiite jusqu'alors assiégées par les insurgés 
remerciant Bachar al Assad, l'Iran et le mouvement libanais.  
    Les miliciens kurdes des Unités de protection du peuple 
(YPG), qui tiennent une bonne part du nord de la Syrie, ont 
quant à eux pris deux villages proches de Nouboul et d'Al Zahraa 
à d'autres composantes de l'insurrection, qui sont donc 
attaquées sur deux fronts, rapporte l'Observatoire syrien des 
droits de l'homme (OSDH). 
    Avec la suspension des discussions de Genève, le moment est 
venu pour les puissances étrangères favorables à l'opposition, 
telles que l'Arabie saoudite et la Turquie, d'envoyer des armes 
plus performantes, notamment des missiles anti-aériens, estiment 
les cadres de l'insurrection.  
    "Ils promettent de continuer à nous soutenir. Sous quelle 
forme ? Je n'en sais encore rien...", a déclaré l'un d'eux sous 
couvert de l'anonymat. "Si Dieu le veut, quelque chose de neuf" 
va sortir de la suspension des discussions, a commenté un autre. 
    Pour le président turc Recep Tayyip Erdogan, toute 
discussion est inutile tant que "la Russie continue à décimer 
les Syriens".  
    "Dans une situation où des enfants se font tuer, ces efforts 
ne servent à rien sinon à rendre les choses plus faciles pour le 
tyran", a-t-il insisté, évoquant Bachar al Assad.  
    "Soixante à soixante-dix mille personnes des camps du nord 
d'Alep se dirigent vers la Turquie", a quant à lui déclaré son 
Premier ministre Ahmet Davutoglu, ajoutant que 300.000 habitants 
de la ville elle-même étaient prêts à les suivre.    
    Le secrétaire d'Etat américain a dit avoir évoqué la 
situation avec son homologue russe Sergueï Lavrov. "Nous avons 
convenus que nous étions engagés dans une discussion sur les 
moyens d'aboutir spécifiquement à un cessez-le-feu ainsi qu'à 
certaines mesures de confiance immédiates pour l'acheminement de 
l'aide humanitaire", a expliqué John Kerry.  
    Ban Ki-moon, secrétaire général de l'Onu, juge quant à lui 
"profondément préoccupant" que les discussions soient affectées 
par "la soudaine intensification des bombardements et des 
activités militaires". 
 
 (Jean-Philippe Lefief pour le service français) 
 
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