L'armée russe prend deux bases ukrainiennes en Crimée

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RPT-DES PRO-RUSSES S'EMPARENT DU QUARTIER GÉNÉRAL DE LA MARINE UKRAINIENNE À SÉBASTOPOL
RPT-DES PRO-RUSSES S'EMPARENT DU QUARTIER GÉNÉRAL DE LA MARINE UKRAINIENNE À SÉBASTOPOL

par Aleksandar Vasovic et Maria Kiselyova

SEBASTOPOL/MOSCOU (Reuters) - Les forces russes ont accru mercredi leur mainmise sur la Crimée, trois jours après l'approbation par référendum du rattachement de la péninsule, ukrainienne depuis 1954, à la Fédération de Russie.

Des soldats russes appuyés par des miliciens ont pris dans la matinée le contrôle d'une base de la marine ukrainienne à Sébastopol puis d'une autre, dans la soirée, à 30 km de Simféropol, capitale de Crimée.

En visite en Lituanie, ancienne République soviétique inquiète pour son avenir face au réveil du géant russe, le vice-président américain Joe Biden a estimé que la Russie suivait une voie dangereuse qui risquait de la conduire à "l'isolement politique et économique".

Les trois républiques baltes - Estonie, Lettonie, Lituanie - qui ont retrouvé leur indépendance au moment de l'écroulement de l'Union soviétique font aujourd'hui partie de l'Otan.

"On assiste à une tentative, en usant de la force brutale, de redessiner les frontières des Etats européens et de détruire l'architecture mise en place en Europe après la guerre", a estimé la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité.

Sur le plan diplomatique, les Etats-Unis et l'Europe examinent toujours les moyens de faire pression sur le Kremlin, notamment par de nouvelles sanctions. Un Conseil européen se tiendra jeudi et vendredi à Bruxelles.

Moscou a promis de réagir aux sanctions américaines en prenant des mesures équivalentes - le gel des avoirs de hauts responsables ainsi qu'une interdiction de visas à leur encontre - voire d'autres si les relations devaient encore se dégrader.

BAN KI-MOON JEUDI À MOSCOU

Le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-Moon, rencontrera le président Vladimir Poutine jeudi à Moscou avant de se rendre vendredi à Kiev, la capitale ukrainienne.

Le gouvernement allemand a pour sa part approuvé un projet européen pour une coopération politique plus étroite avec l'Ukraine. Cette approbation devrait permettre à la chancelière Angela Merkel de signer la première partie d'un accord de partenariat lors du sommet de l'UE cette semaine.

Berlin, qui entretient d'étroites relations économiques avec la Russie, a par ailleurs annoncé une première mesure de rétorsion commerciale, avec le gel de la livraison d'un simulateur de combat de la firme Reihnmetall.

Les Vingt-Huit devraient adopter un accord de coopération commerciale avec Kiev, après l'élection présidentielle ukrainienne prévue le 25 mai.

Le Premier ministre britannique, David Cameron, a averti le Kremlin que la Russie pourrait être exclue du G8 si elle prend de nouvelles mesures contraires aux intérêts de l'Ukraine. "Si nous ne faisons rien, nous paierons à terme le prix fort", a-t-il dit. Londres a suspendu sa coopération militaire avec Moscou.

Malgré l'opposition des Etats-Unis et de l'Union européenne, le Parlement russe doit ratifier d'ici la fin de la semaine le traité intégrant la Crimée à la Fédération de Russie, comme l'ont souhaité dimanche 97% des électeurs de la péninsule.

Kiev a présenté ce scrutin comme une "farce" et les Occidentaux refusent également d'en reconnaître la légalité.

Ukraine et Russie ont commencé à se livrer à une bataille de passeports, chacun annonçant que les ressortissants de l'autre pays devront à l'avenir obtenir un visa avant de passer la frontière.

Sur le terrain, les forces russes poursuivent leurs opérations pour prévenir toute résistance armée des militaires ukrainiens fidèles aux nouvelles autorités de Kiev.

DÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE

Les soldats russes ont pris dans la matinée le contrôle du quartier général de la flotte ukrainienne à Sébastopol, qui est également le port d'attache de la flotte russe en mer Noire.

L'amiral ukrainien Serhiy Haïdouk a été emmené par les forces spéciales russes, a dit un porte-parole de l'armée ukrainienne.

Le président ukrainien par intérim, Oleksander Tourtchinov, a demandé la libération de ce haut gradé ainsi que la fin des "provocations" des soldats russes contre leurs homologues ukrainiens.

Mais, dans la soirée, les forces russes se sont emparées d'une deuxième base, un site de transport situé à Bakhtchissaraï, à 30 km au sud-ouest de Simféropol sur la route de Sébastopol.

Un militaire russe a tiré en l'air alors que des journalistes approchaient de l'entrée de la base, mais aucune violence n'a été commise.

Beaucoup plus au nord, l'armée de l'air russe a entamé des manoeuvres de grande ampleur près de la frontière avec les républiques baltes.

Ces exercices, qui impliquent des chasseurs et des bombardiers, étaient prévus depuis décembre et n'ont aucune signification politique particulière, assure-t-on à Moscou.

A la lumière de la crise ukrainienne, les dirigeants de l'UE examineront jeudi et vendredi à Bruxelles, outre de nouvelles sanctions contre Moscou, les moyens de réduire leur dépendance envers le gaz naturel russe, un marché qui représente des milliards de dollars.

Actuellement, l'Union européenne doit se reposer sur la Russie pour près d'un tiers de son approvisionnement en gaz, versant au groupe monopolistique Gazprom GAZP.MM cinq milliards de dollars de revenus en moyenne chaque mois. Environ 40% de ce gaz destiné à l'UE transitent par l'Ukraine.

(Avec Mike Collet-White et Gabriela Baczynska à Simféropol, Elizabeth Piper et SteveGutterman à Moscou, Pierre Sérisier, Tangi Salaün, Guy Kerival et Simon Carraud pour le service français)

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  • M9095115 le jeudi 20 mar 2014 à 01:13

    Poutine en fait va faire réfléchir tous ces ex satellites.Il récupère la Crimée 2 millions d'hab mais perd l'Ukraine 45 millions d'hab bientôt dans l'OTAN avec une belle base à Odessa

  • M7097610 le mercredi 19 mar 2014 à 18:19

    j'aime bien les filles russes du bois de boulogne...

  • msoulie3 le mercredi 19 mar 2014 à 18:05

    Le pire n'est jamais certain, mais l'histoire contemporaine a démontré que toute annexion est suivi d'autres annexions, car les démocraties ne sont pas le meilleur régime politique pour s'opposer à l'expansionnisme d'un pays.Cela a généré une 2 G.M. alors que le "conquérant" a toujours dit que c'était la dernière annexion......Il en faut pas avoir des croyances mais des certitudes, avec des moyens !!!!!Cela fait froid dans le dos, si rien n'est fait pour arrêter cette expansionnisme.

  • V.BENACE le mercredi 19 mar 2014 à 17:56

    Poutine ne pouvait attendre que le nouveau gouvernement de Kiev donne les bases navales de Crimée en location à la marine américaine.Je ne crois pas qu'il ira plus loin.

  • v.sasoon le mercredi 19 mar 2014 à 17:56

    http://www.youtube.com/watch?v=3_ijU9fPy6g&feature=player_embedded

  • pierry5 le mercredi 19 mar 2014 à 17:26

    Joe Bidden essaye encore de trouver quelque chose pour mettre l'huile sur le feu, les russes n'ont aucun intérêt à faire quoique ce soit aux Baltes ni aux Polonais... La chose que Poutine espère c'est réunir sous la Russie les importantes communautés de russophones qui sont encore dans d'autres pays, il ne reste que l'Ukraine et la Biellorussie. Un beau jour, il va réunir tout cela. Adage, le chien aboie et la caravane passe.