L'armée libanaise progresse vers Ersal, poursuite des combats

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(Actualisé avec déclarations du gouvernement libanais, nouveau bilan, précisions) par Alexander Dziadosz et Tom Perry BEYROUTH/AUX ABORD D'ERSAL, Liban, 4 août (Reuters) - Le gouvernement libanais a affirmé lundi qu'il n'y aurait pas d'accord politique avec les combattants sunnites venus de Syrie qui ont attaqué la ville d'Ersal ce week-end alors que l'armée progressait dans cette ville frontalière avec la Syrie. Alors que des renforts militaires arrivaient à Ersal, le Premier ministre libanais Tamman Salam a estimé qu'il ne pouvait y avoir de "compromis politique" avec les extrémistes sunnites, identifiés comme des membres du Front al Nosra, la branche d'Al Qaïda en Syrie, et de l'Etat islamique (EI), qui s'est emparé de territoires en Syrie et en Irak. "La seule solution est le retrait des miliciens d'Ersal et de sa région", a déclaré le chef du gouvernement dans une déclaration retransmise à la télévision à l'issue du conseil des ministres. Le gouvernement, a ajouté ce sunnite, a décidé de mobiliser toutes les institutions de l'Etat pour défendre le pays. "Nous confirmons que cette attaque à la dignité nationale libanaise ne restera pas impunie", a-t-il dit. Le chef du gouvernement, qui était entouré de la totalité des ministres, a précisé avoir demandé au gouvernement français d'accélérer une livraison d'armes qui doivent être livrées dans le cadre d'un accord financé par l'Arabie saoudite. En avançant dans Ersal au troisième jour des combats, les soldats libanais ont découvert les corps de 50 activistes armés, a indiqué un responsable des services de sécurité libanais. L'armée a annoncé qu'au moins 14 soldats avaient été tués et que 22 étaient portés disparus dans ces affrontements qui ont éclaté samedi après l'arrestation à un barrage de l'armée libanaise d'Imad Ahmad Joumaa, soupçonné d'être un des chefs du Front al Nosra. Il s'agit des affrontements les plus importants en territoire libanais depuis le début de la guerre civile en Syrie. L'armée précise que 86 de ses hommes ont été blessés. Un dizaine de membres des forces de sécurité ont en outre été pris en otages. CIVILS ÉVACUÉS DANS LES CAMIONS DE l'ARMÉE Pour l'état-major de l'armée libanaise, l'incursion des islamistes n'est pas une réaction spontanée à l'arrestation de Joumaa, mais a été au contraire soigneusement préparée. La classe politique libanaise y voit une tentative de l'Etat islamique d'asseoir sa présence au Liban. Ces 12 derniers mois, les islamistes ont été repoussés dans la zone frontalière par les forces gouvernementales syriennes épaulées par le Hezbollah chiite libanais. On estime à 3.000 le nombre de combattants dans le secteur. Dans un communiqué, l'armée annonce avoir repris le contrôle d'une école dont les islamistes s'étaient rendus maîtres au cours du week-end. Le Liban subit le contrecoup de la guerre civile en Syrie: le conflit syrien, qui oppose des rebelles sunnites aux forces du président Bachar al Assad, un alaouite épaulé par le Hezbollah chiite libanais soutenu par l'Iran, exacerbe en effet les tensions confessionnelles libanaises. Ersal et sa région abriteraient plus de 100.000 réfugiés syriens, dont les difficultés ont été accentuées par les combats du week-end. "La situation humanitaire est très mauvaise. Il n'y a aucun abri pour les réfugiés. Les gens sont terrifiés", a témoigné un militant syrien contacté par SMS. Un médecin syrien établi à Ersal faisait état dimanche de la mort de 17 civils. Plusieurs dizaines de civils, dont des femmes et des enfants, ont été évacués d'Ersal à bord de camions de l'armée. L'homme politique sunnite libanais le plus influent, l'ancien Premier ministre Saad Hariri qui a le soutien de l'Arabie saoudite, a appelé à la "libération" d'Ersal. Les combattants, a-t-il dit, "n'ont d'autre choix que de se retirer de la ville et ni l'Etat, ni nous, ne resteront à ne rien faire face aux conspirations de ces groupes", a-t-il déclaréau journal al Hayat, basé à Londres. (Avec Laïla Bassam; Henri-Pierre André et Danielle Rouquié pour le service français, édité par Bertrand Boucey)

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