L'armée irakienne se prépare lentement à reprendre Ramadi

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par Ahmed Rasheed et Stephen Kalin BAGDAD, 12 novembre (Reuters) - Les forces gouvernementales irakiennes semblent mieux positionnées que jamais pour lancer une offensive finale contre les combattants de l'Etat islamique qui contrôlent Ramadi, désormais encerclée et coupée de ses principales voies d'approvisionnement. L'armée irakienne a toutefois conscience que la reprise de la ville, tombée sous le contrôle de l'EI en mai dernier, ne se fera pas dans la facilité et qu'elle prendra du temps. Un succès serait cependant une victoire spectaculaire pour Bagdad qui avait essuyé dans le chef-lieu de la vaste province d'Anbar un échec cuisant et viendrait sans doute doper le moral d'une armée irakienne dont les succès militaires sont rares. L'offensive sur Ramadi a jusqu'à présent été ralentie par les méthodes des combattants de l'Etat islamique, qui se caractérisent notamment par un recours fréquent aux engins explosifs artisanaux, par le manque de préparation des soldats irakiens parfois mal équipés, ont expliqué des sources militaires irakiennes à Reuters. Les quelques succès récemment glanés par les forces gouvernementales laissent cependant entrevoir le lancement d'une offensive d'envergure sur la ville située à près de 120 kilomètres à l'ouest de Bagdad. Sous la conduite d'unités d'élite de l'armée irakienne, entraînées par des troupes antiterroristes américaines, Ramadi a été quasiment bouclée et les voies d'approvisionnement coupées au sud et à l'ouest pour empêcher l'EI d'envoyer des renforts défendre la ville. Selon des officiers irakiens, un certain nombre de localités et d'infrastructures des environs de la ville sont désormais occupées par les forces gouvernementales. Certains faubourgs situés à l'est de Ramadi ont également été capturés, à Al Charkiya et Matik notamment, réduisant considérablement les capacités de réapprovisionnement en provenance de Falloudja, toujours occupée par les djihadistes. Début novembre, les forces irakiennes se sont emparées d'une importante base militaire située à l'ouest de Ramadi et d'une poignée de quartiers au nord de la ville, se mettant à portée du pont Palestine qui enjambe l'Euphrate. De l'autre côté du fleuve, qui sépare la ville entre ses parties Nord et Sud, l'armée avance lentement le long de l'autoroute. Elle a atteint Al Djaraïshi, à moins de deux kilomètres du cours d'eau. Le colonel Steve Warren, porte-parole de la coalition emmenée par les Etats-Unis, a expliqué que les insurgés se servent de l'Euphrate comme d'une autoroute pour rapprovisionner le centre de Ramadi. En s'emparant des axes menant au pont Palestine, les forces irakiennes priveraient l'Etat islamique de son dernier accès à l'extérieur et ouvrirait la voie à une conquête de la ville, quartier par quartier. LENTEUR Une inconnue majeure réside dans le temps qu'il faudra à l'armée avant qu'elle atteigne le pont Palestine. Sur leur route, les obstacles sont les mêmes que ceux qu'ils ont rencontrés depuis le début des opérations visant à reprendre la ville. La lenteur de la progression des soldats irakiens est attribuée par leurs officiers à la présence sur leur route d'un nombre incalculable d'engins explosifs artisanaux et à un manque d'effectifs. Si les forces gouvernementales comptent environ 10.000 hommes, dix fois plus que les combattants islamistes, leur état de préparation et leur expérience du combat sont disparates. Présente sur plusieurs fronts, l'armée irakienne a été minée par la corruption et par des défaites cinglantes et ses soldats les plus aguerris restent stationnés à Bagdad pour protéger le gouvernement. Malgré les quelques gains récemment enregistrés, l'encadrement des forces de sécurité reste prudent et évite la confrontation avec un ennemi redouté qui a pris l'habitude de torturer et d'exécuter ses prisonniers. "Nous devons lancer une offensive tout en surveillant nos arrières, c'est un fardeau lourd à porter pour des soldats fatigués, a déclaré un officier de la 9e division qui combat au nord de Ramadi. La reprise de Ramadi se fait de surcroît sans le concours des "comités de mobilisation populaire", des miliciens chiites qui ont joué un rôle clé à Tikrit et à Baïdji. Préoccupée par l'influence grandissante de ces milices soutenues par Téhéran, l'armée américaine s'est efforcée de les tenir à l'écart des théâtres d'opération où la coalition est active. Le moral des soldats irakiens a par ailleurs été affecté par les changements fréquents au sein de l'état-major, ont dit des officiers. Dans la province d'Anbar, le commandement suprême a changé de mains à trois reprises en moins d'un an et deux hauts gradés ont été tués au combat. A cela s'ajoute des difficultés de ravitaillement qui provoquent parfois des pénuries de carburant et de munitions.. "Tous les problèmes qu'une armée peut avoir, l'armée irakienne les rencontre", souligne Michael Knights, spécialiste de l'Irak de l'Institut Washington, un cercle de réflexion américain. CIVILS Les officiers irakiens se plaignent par ailleurs des préoccupations de la coalition qui cherche à éviter au maximum que ses frappes touchent des civils. Selon eux, les insurgés se fondent parfois dans les secteurs résidentiels d'où ils lancent des attaques au mortier. "C'est un cauchemar. Nous essuyons de lourdes pertes", dit un officier proche du commandement de l'Anbar. Si l'armée américaine se targue de frapper avec précision, des habitants de la province affirment que des centaines de civils sont morts depuis 2014, des affirmations que Reuters n'a pas été en mesure de vérifier. Michael Knights, qui a pu visiter le mois dernier le quartier général de la coalition et les bases d'entraînement en et hors d'Irak, reconnaît que les efforts déployés pour épargner la vie de civils réduit l'efficacité des frappes aériennes. Si la plupart des habitants ont déserté la ville il a plusieurs mois, des milliers d'entre eux y résideraient encore. Certains d'entre eux ont dit à Reuters que la campagne visant à reprendre Ramadi avait incité les combattants de l'EI à quitter les marchés et les places où ils patrouillaient jusque là. Parallèlement, les distributions de vivres et l'aide financière qu'apportait le groupe se sont raréfiées. L'avancée des forces gouvernementales a par ailleurs encouragé les habitants des zones suburbaines à gagner le centre où ils occupent des logements vacants. D'autres ont cherché à fuir, mais faute de voies de communications fiables et en l'absence d'informations sur la progression de la campagne, beaucoup ont échoué. (Avec Philip Stewart à Washington,; Nicolas Delame pour le service français)

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