L'armée française visée par une enquête sur des abus sexuels en RCA

le , mis à jour à 20:47
0

* L'Onu dénonce des viols dans un rapport * La justice française a ouvert une enquête en juillet 2014 * Les faits auraient été commis entre 2013 et 2014 * Les responsables présumés n'ont pas été identifiés (actualisé avec communiqué ministère de la Défense, Onu, précisions) PARIS, 29 avril (Reuters) - Une enquête préliminaire a été ouverte en juillet 2014 en France pour des abus sexuels sur mineurs imputés à des militaires français en Centrafrique, sur la base d'un document des Nations unies consignant les témoignages des victimes présumées. Les faits auraient été commis sur une dizaine d'enfants entre décembre 2013 et juin 2014 dans le camp de réfugiés de l'aéroport de M'Poko, à Bangui, qui accueille des personnes déplacées. "Une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet de Paris le 31 juillet 2014", a déclaré mercredi à Reuters le ministère français de la Justice. "L'enquête est en cours, nous n'avons pas de commentaire à faire". L'enquête française, assortie de demandes d'entraide à l'international, "vise des faits d'abus sexuels sur mineurs", a-t-on précisé de source judiciaire. Dans un communiqué, le ministère de la Défense indique avoir été saisi avec le Quai d'Orsay à la fin du mois de juillet 2014 par le Haut commissaire aux droits de l'Homme de l'Onu (HCDH). "Au vu du caractère circonstancié des témoignages et de l'extrême gravité des faits allégués (...,) une enquête de commandement a été immédiatement conduite", peut-on lire. Des gendarmes militaires se sont rendus en Centrafrique le 1er août pour commencer les investigations. Le ministère indique qu'il "a pris et prendra toutes les mesures nécessaires pour que les faits et les éventuelles responsabilités pénales et disciplinaires puissent être établis au plus vite". "Si les faits étaient avérés, il veillera à ce que les sanctions les plus fermes soient prononcées à l'égard des responsables de ce qui serait une atteinte intolérable aux valeurs du soldat." A l'heure actuelle, "les responsables présumés n'ont pas été identifiés", a précisé une source au sein du ministère. UNE FUITE À L'ORIGINE DE L'ENQUÊTE Selon le quotidien britannique The Guardian qui a révélé l'information, le document des Nations unies aurait été transmis aux autorités françaises par un membre suédois du HCDH, Anders Kompass, choqué par l'inertie de sa hiérarchie. "La version préliminaire a été fournie de manière non-officielle par un membre de l'équipe aux autorités françaises fin juillet avant même d'être transmise à la direction du bureau du Haut commissaire aux droits de l'Homme", a confirmé un porte-parole de l'agence onusienne basée à Genève. "Cela constitue un manquement grave au protocole", ajoute-t-il dans un communiqué. Selon le quotidien britannique, Anders Kompass a été suspendu de ses fonctions la semaine dernière et fait l'objet d'une enquête interne qui pourrait aboutir à son licenciement. Le document de l'Onu cite des témoignages de garçons, pour certains orphelins et dont les plus jeunes ont 9 ans, recueillis en mai et juin derniers qui font état d'agressions sexuelles de la part de soldats en échange de nourriture ou d'argent. L'armée française est déployée depuis décembre 2013 en Centrafrique dans le cadre de l'opération Sangaris, en appui de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique (Misca). Le gouvernement centrafricain a fait savoir qu'il ne s'exprimerait pas "avant d'avoir fait le tour de la question". (Chine Labbé et Marine Pennetier, avec Anthony Fouchard à Bangui et Tom Miles à Genève, édité par Sophie Louet)

Vous devez être membre pour ajouter des commentaires.
Devenez membre, ou connectez-vous.
Aucun commentaire n'est disponible pour l'instant