L'armée française dit avoir ramené le calme à Bangui

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L'ARMÉE FRANÇAISE ASSURE QUE LA POPULATION DE BANGUI N'EST PLUS MENACÉE
L'ARMÉE FRANÇAISE ASSURE QUE LA POPULATION DE BANGUI N'EST PLUS MENACÉE

par Emmanuel Braun

BANGUI (Reuters) - La population de Bangui n'est plus menacée, ont assuré lundi soir les forces françaises de l'opération Sangaris après des échanges de tirs avec les miliciens chrétiens et musulmans qu'elles ont entrepris de désarmer.

Depuis jeudi, 465 personnes au moins ont été tuées dans la capitale centrafricaine, selon la Croix-Rouge.

Dans la matinée, une brève fusillade a eu lieu près de l'aéroport entre les forces françaises et des miliciens musulmans de la Séléka, la coalition qui a pris le pouvoir en mars dernier en chassant le président François Bozizé.

Les hommes de la Séléka refusaient de rendre leurs armes malgré les injonctions des Français et les tirs ont duré moins de dix minutes, a-t-on précisé de source militaire française.

Dans l'après-midi, les soldats français ont de nouveau essuyé des tirs dans le quartier PK 5 (Point kilométrique 5), toujours apparemment de la part de combattants de la Séléka.

"C'était une tentative d'intimidation. Nous avons riposté au canon de 20mm et nous avons envoyé un détachement nettoyer le secteur", a dit à Reuters le capitaine Guillaume Fresse, porte-parole des forces françaises à Bangui. On ignore si ces affrontements ont fait des victimes.

Le porte-parole de l'état-major des armées françaises a déclaré lundi soir que les soldats de Sangaris semblaient avoir atteint leur objectif.

"Ce soir il n'y a plus de patrouilles de groupes armés dans la ville, la population n'est plus menacée par la terreur que pouvaient faire régner ces groupes", a dit à Reuters le colonel Gilles Jaron.

Le porte-parole a toutefois reconnu qu'il y avait encore eu "des accès de violences dans l'après midi, des affrontements au sein de la population et de nombreux actes de pillage".

LYNCHAGES ET PILLAGES

Dans certains secteurs de la capitale, des scènes de lynchage ont été signalées.

Dans le quartier Castor, après la découverte d'armes dans une maison par les soldats français, la foule s'est attaquée à un homme accusé d'être un combattant de la Séléka.

Dans une mosquée de PK 5, l'imam a montré aux journalistes les corps de deux hommes selon lui battus à mort par des chrétiens.

Face à cette situation encore tendue, les soldats français ont pour instruction de saisir toutes les armes qu'ils voient, a précisé le colonel Jaron.

"Nous avons désarmé toutes les personnes qui avaient des armes. C'est un message adressé à la population : nous sommes une force impartiale", a-t-il expliqué.

Avec le feu vert de l'Onu, la France a porté durant le week-end à 1.600 hommes ses effectifs en Centrafrique pour mettre fin aux affrontements interconfessionnels et prêter main forte à la force de paix africaine sur place.

Cette force africaine doit être elle-même portée de 2.500 à 6.000 hommes.

Sollicités par la France pour une aide logistique, les Etats-Unis ont donné leur feu vert à l'acheminement par des avions militaires américains de troupes stationnées au Burundi, a annoncé le Pentagone.

Barack Obama a par ailleurs promis de soutenir les efforts déployés par la France et plusieurs pays du continent pour rétablir la sécurité en Centrafrique et protéger les civils.

"Vous, fiers citoyens de République centrafricaine, avez le pouvoir de choisir un autre chemin", dit-il dans un message enregistré lors d'une escale à Dakar de l'avion qui le conduit en Afrique du Sud, où il doit assister aux cérémonies organisées à la mémoire de Nelson Mandela.

Les dignitaires chrétiens et musulmans "appellent au calme et à la paix", poursuit-il. "J'invite le gouvernement de transition à se joindre à eux et à arrêter ceux qui commettent des crimes", ajoute le président.

DES VIOLENCES HORS DE BANGUI

L'arrivée des soldats français a été saluée avec soulagement par la majorité de la population de la capitale.

"Hier on ne pouvait même pas sortir de chez nous et traverser la rue", a déclaré une habitante, Armelle. "Grâce à Dieu, les Français sont arrivés !"

Alors que la ville était survolée par des avions et des hélicoptères français, les habitants, cloîtrés chez eux depuis plusieurs jours, sont sortis dans les rues et des magasins ont commencé à rouvrir dans plusieurs quartiers.

Les Nations unies ont fait état de 72.000 personnes déplacées, dont certaines ont trouvé refuge près de l'aéroport où sont basés les soldats français et africains.

"Il y a encore des violences dans certains quartiers, et toujours des morts", a toutefois déclaré Amy Martin, responsable du Bureau de coordination des affaires humanitaires de l'Onu (BCAH) à Bangui. "Pour l'instant, nous n'avons pas l'impression que les gens soient prêts à rentrer chez eux."

A Bossangoa, à 300 km au nord de Bangui, le bilan des affrontements entre miliciens chrétiens et musulmans s'est alourdi à 38 morts, a rapporté un travailleur humanitaire.

A Bozoum, dans le nord-ouest du pays, des responsables des Nations unies font état de dizaines de morts. On signale également des violences dans la ville de Bocaranga, près de Bozoum.

Avec Marine Pennetier à Paris, Joe Bavier et Bate Felix à Dakar, Guy Kerivel, Tangi Salaün et Jean-Philippe Lefief pour le service français

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