L'armée égyptienne se déploie aux points névralgiques

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L?ARMÉE ÉGYPTIENNE SE DÉPLOIE EN PRÉVISION DU ?VENDREDI DE LA COLÈRE?
L?ARMÉE ÉGYPTIENNE SE DÉPLOIE EN PRÉVISION DU ?VENDREDI DE LA COLÈRE?

par Crispian Balmer et Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - L'armée égyptienne s'est déployée vendredi aux points névralgiques du Caire, rapportent des médias officiels, en prévision de la "journée de la colère" décrétée par les partisans du président islamiste déchu Mohamed Morsi.

L'agence de presse officielle Mena a indiqué que des blindés allaient boucler les accès à une partie du nord-est de la capitale où les islamistes avaient organisé un sit-in démantelé mercredi par les forces de l'ordre.

Des véhicules militaires transportant des soldats sont visibles dans le centre-ville où des barrages de rue ont été installés avec des rouleaux de barbelé.

Malgré les condamnations des pays occidentaux, le pouvoir égyptien mis en place par l'armée a prévenu qu'il ouvrirait le feu sur quiconque prendrait pour cible la police ou les institutions publiques.

Selon un nouveau bilan du ministère de la Santé, 578 personnes sont mortes mercredi lorsque la police a entrepris de déloger par la force deux campements érigés au Caire par les Frères musulmans pour protester contre le renversement par l'armée de Mohamed Morsi.

Les Frères affirment quant à eux que le chiffre réel des morts est beaucoup plus élevé.

Même si elle admet avoir "pris des coups", la confrérie refuse de reculer dans son bras de fer avec le chef d'état-major de l'armée, le général Abdel Fattah al Sissi.

Dans un communiqué, les Frères disent vouloir organiser un "vendredi de la colère" en réunissant des millions de partisans à l'issue de la grande prière hebdomadaire en milieu de journée.

"Malgré la douleur et la peine suscitées par la perte de nos martyrs, le dernier crime commis par les putschistes a renforcé notre détermination à en finir avec eux", disent-ils.

La confrérie accuse l'armée d'avoir commis un coup d'Etat en destituant le 3 juillet Mohamed Morsi, élu un an plus tôt.

Ses adversaires affirment en revanche que les militaires n'ont fait que répondre aux aspirations de millions de manifestants rassemblés en juin pour accuser les Frères musulmans de verrouiller le pouvoir après avoir remporté toutes les élections depuis le renversement d'Hosni Moubarak.

"DÉCÉLÉRATION"

Le "vendredi de la colère" a été le nom donné à la journée la plus violente du soulèvement de janvier-février 2011 ayant abouti à la chute d'Hosni Moubarak. Ce jour-là, le 28 janvier 2011, les manifestants ont pris le dessus sur la police, ce qui a amené l'armée à intervenir et à mettre à l'écart le "raïs".

Face à cette initiative de la confrérie islamiste, le Front de salut national (FSN), coalition hétéroclite de partis de gauche et de libéraux, a lui aussi appelé les Egyptiens à manifester ce vendredi contre les "actes évidents de terrorisme" commis par les Frères.

Cette aggravation de la situation et la polarisation croissante de la société égyptienne inquiètent la communauté internationale.

Réuni d'urgence jeudi, le Conseil de sécurité des Nations unies a lancé un appel à la retenue.

Après le bain de sang de mercredi, Barack Obama a déclaré jeudi que les Etats-Unis ne pouvaient plus coopérer normalement avec l'Egypte et il a annoncé l'annulation de manoeuvres militaires conjointes entre les deux pays prévues en septembre.

"Les Etats-Unis condamnent avec fermeté les mesures qui ont été prises par le gouvernement intérimaire égyptien et les forces de l'ordre", a déclaré le président américain en interrompant brièvement ses vacances. "Nous déplorons les violences exercées contre les civils. Nous soutenons les droits universels essentiels à la dignité de l'homme, y compris le droit de manifester pacifiquement."

La présidence égyptienne a répliqué que les propos de Barack Obama ne se fondaient pas sur des "faits" et elle l'a accusé d'encourager les groupes violents commettant des "actes terroristes".

Le secrétaire américain à la Défense, Chuck Hagel, dit avoir appelé le général Sissi jeudi pour le prévenir que les récents événements pouvaient remettre en cause la coopération militaire entre les deux pays.

A Paris, Laurent Fabius, ministre français des Affaires étrangères, a déclaré redouter que l'escalade de la situation ne profite à des groupes extrémistes et a demandé sur RTL une "décélération".

Avec Shadia Nasralla, Michael Georgy, Tom Finn, Tom Perry et Ahmed Tolba au Caire, Steve Holland et Jeff Mason à Martha's Vineyard, Andrea Shalal-esa à Washington et John Irish à Paris; Bertrand Boucey et Jean-Loup Fiévet pour le service français

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