L'armée égyptienne renverse Mohamed Morsi

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MOHAMED MORSI RENVERSÉ PAR L'ARMÉE ÉGYPTIENNE
MOHAMED MORSI RENVERSÉ PAR L'ARMÉE ÉGYPTIENNE

par Alastair Macdonald et Alexander Dziadosz

LE CAIRE (Reuters) - L'armée égyptienne a destitué mercredi soir le président Mohamed Morsi et suspendu à titre provisoire la Constitution afin de trouver une solution à la crise que traverse le pays, reprenant la place qu'elle a longtemps occupée au centre du jeu politique en Egypte.

Le premier président démocratiquement élu du pays, investi il y a un an à peine, a été arrêté et conduit dans la nuit au ministère de la Défense. D'autres cadres dirigeants de la confrérie des Frères musulmans ont également été arrêtés.

Les Etats-Unis, les Nations unies et d'autres puissances mondiales n'ont pas explicitement qualifié le renversement de Mohamed Morsi de "coup d'Etat militaire" mais ont exprimé leur inquiétude et appelé l'armée égyptienne à restituer aussi vite que possible le pouvoir à un gouvernement civil.

L'intervention de l'armée, annoncée après l'expiration de son ultimatum, a été saluée par des millions d'Egyptiens qui avaient manifesté dimanche contre le président islamiste et soutenue par une bonne partie de la classe politique et des autorités religieuses du pays.

Mais les islamistes redoutent d'être victimes d'une répression. Des craintes qu'alimentent l'arrestation de Morsi et de cadres du mouvement, de même que des mandats d'arrêt qui viseraient 300 membres de la confrérie, accusés d'incitations à la violence et la fermeture de plusieurs chaînes de télévision dont Egypt25, la chaîne des Frères musulmans.

Au Caire, la place Tahrir, lieu de rassemblement des opposants à Morsi et symbole de la révolution de janvier-février 2011 ayant entraîné la chute d'Hosni Moubarak, a donné libre court à sa joie et à son enthousiasme dès l'annonce du renversement de Morsi, célébrant une "deuxième révolution".

Aucun incident majeur n'a été signalé dans la nuit dans la capitale égyptienne. De violents affrontements ont fait en revanche 14 morts et des centaines de blessés à Alexandrie, la deuxième ville du pays, Marsa Matrouh, également sur la côte méditerranéenne, et à Minya, à 250 km environ au sud du Caire.

BRUTALE ACCÉLÉRATION

Si Mohamed Morsi martelait qu'il était le dépositaire de la légitimité issue des urnes, son pouvoir vacillait depuis les manifestations monstres de dimanche, quand plusieurs millions d'Egyptiens étaient descendus dans les rues pour réclamer son départ.

Les événements se sont brutalement accélérés après l'expiration de l'ultimatum de 48 heures que les forces armées avaient adressé au président et aux responsables politiques pour parvenir à une solution.

La destitution de Morsi et la suspension de la Constitution ont été annoncées à la télévision nationale par le général Abdel Fatah al Sisi, chef de l'état-major, entouré de dirigeants de l'opposition, des communautés religieuses et de représentants des mouvements de jeunesse.

Ces mesures d'exception mettent fin à une année d'exercice du pouvoir par les Frères musulmans, marquée par de vives tensions et des explosions sporadiques de violences, et ouvrent une nouvelle période de transition politique qui doit conduire à des élections présidentielle et parlementaires dans un délai restreint.

Un chef d'Etat par intérim, Mansour Adli, président depuis peu de la Haute cour constitutionnelle, devrait prêter serment dès ce jeudi à 10h00.

Doté du pouvoir de gouverner par décrets, il lui reviendra de désigner un gouvernement de technocrates, de superviser l'application de la "feuille de route" et de déterminer le calendrier des prochaines échéances électorales.

Au cours de cette période, une commission sera chargée de réviser la Constitution, a ajouté le général Al Sisi, qui a annoncé la création d'un comité de réconciliation nationale incluant les mouvements de la jeunesse, en pointe dans la contestation contre Mohamed Morsi.

OBAMA "TRÈS PRÉOCCUPÉ", LE QATAR MUET

Au chapitre des réactions internationales, Barack Obama s'est dit "très préoccupé" et a appelé au rétablissement aussi vite que possible d'un gouvernement civil démocratiquement élu mais n'a pas parlé de "coup d'Etat militaire".

Il a cependant demandé aux agences fédérales concernées d'étudier les possibles implications de l'initiative des militaires égyptiens sur l'aide financière versée par les Etats-Unis à l'Egypte. L'aide allouée par Washington à l'Egypte représente 1,5 milliard de dollars par an, pour l'essentiel sous forme d'aide militaire.

En France, Laurent Fabius a "pris acte" de l'annonce de nouvelles élections "après une période de transition".

Plusieurs monarchies du Golfe, Arabie saoudite et Emirats arabes unies en tête, se sont réjouis de l'intervention des militaires égyptiens.

Le Qatar en revanche, seul pays du Golfe à avoir publiquement pris le parti de Morsi et qui soutenait à bout de bras l'économie égyptienne, n'a pas réagi.

MORSI APPELLE À UNE RÉSISTANCE PACIFIQUE

L'armée égyptienne, qui a géré le pays pendant dix-sept moins jusqu'à l'été 2012, assurait ne plus vouloir se mêler de politique - tout en se disant prête à intervenir si la situation dégénère. En quatre jours, elle a démontré qu'elle demeurait un acteur institutionnel incontournable.

Mais les forces armées ont pris garde, dès leur ultimatum de lundi, de souligner qu'elles "ne participeront pas à la vie politique ou au gouvernement et ne veulent pas outrepasser le rôle qui leur est dévolu par les vrais principes démocratiques enracinés dans la volonté du peuple".

Le général Al Sisi a du reste rencontré les représentants de l'opposition, les autorités religieuses et les mouvements de la jeunesse révolutionnaire avant d'intervenir à la télévision.

Le grand mufti de la mosquée Al Azhar, plus haute autorité sunnite, et le patriarche de l'Eglise copte Theodore II ainsi que par le chef de file de l'opposition Mohamed ElBaradeï - qui a jugé que les militaires relançaient la révolution confisquée, selon lui, par les Frères musulmans - ont apporté leur soutien à cette intervention.

Le parti salafiste Nour, deuxième formation islamiste d'Egypte, s'est lui aussi rallié à la "feuille de route" afin d'éviter un conflit au pays.

Avant son arrestation, Mohamed Morsi a appelé ses partisans à résister pacifiquement à ce qu'il considère comme un coup d'Etat militaire.

Un haut responsable de la confrérie islamiste a déclaré que les Frères n'avaient aucune intention de recourir à la violence: "Il n'y a absolument aucune inclination à la violence. Les Frères ne sont pas élevés dans la violence. Leur cause est pacifique (...), elle est plus forte qu'un coup d'Etat militaire", a dit Gamal Heshmat à Reuters.

Asma Alsharif, Mike Collett-White, Alexander Dziadosz, Shaimaa Fayed, Maggie Fick, Alastair Macdonald, Shadia Nasralla, Tom Perry, Yasmine Saleh, Paul Taylor et Patrick Werr; Jean-Philippe Lefief, Pierre Sérisier et Henri-Pierre André pour le service français

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