L'armée égyptienne met en garde contre un effondrement de l'Etat

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L'ARMÉE ÉGYPTIENNE MET EN GARDE CONTRE UN EFFONDREMENT DE L'ÉTAT
L'ARMÉE ÉGYPTIENNE MET EN GARDE CONTRE UN EFFONDREMENT DE L'ÉTAT

par Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - L'armée égyptienne a mis en garde mardi matin contre les risques d'effondrement de l'Etat alors que des manifestants ont défié le couvre-feu imposé par le président Mohamed Morsi dans trois villes situées le long du canal de Suez.

Aucun incident n'était signalé à Port-Saïd, Ismaïlia et Suez et un calme précaire régnait autour de la place Tahrir, au Caire, au sortir d'une nuit marquée par de nouveaux affrontements.

Le chef d'état-major de l'armée égyptienne a prévenu mardi matin que "la poursuite du conflit entre les forces politiques sur la marche des affaires de l'Etat risquait de conduire à l'effondrement de l'Etat".

Les défis politiques et économiques de l'Egypte constituent une "menace réelle" contre la sécurité du pays, a ajouté le général Abdel Fattah al Sissi, également ministre de la Défense, sur la page Facebook de l'armée.

L'armée, qui a assuré l'intérim du pouvoir entre la chute de Hosni Moubarak, en février 2011, et l'élection de Mohamed Morsi, en juin dernier, demeurera "le bloc solide et cohésif" sur lequel "reposent les fondations de l'Etat", a-t-il poursuivi.

Il a prévenu également que la protection du canal de Suez était l'une des priorités du déploiement militaire dans les villes du secteur.

CINQUANTE-DEUX MORTS AU MOINS DEPUIS JEUDI SOIR

Face aux violences meurtrières déclenchées la semaine dernière, le président égyptien a décrété dimanche soir l'état d'urgence dans les villes de Port-Saïd, Suez et Ismaïlia.

Mais le couvre-feu n'a pas été respecté, des postes de police ont été attaqués et deux hommes au moins ont été tués dans des affrontements qui se sont produits dans la nuit de lundi à mardi à Port-Saïd, épicentre des violences de ces derniers jours.

Cette nouvelle vague d'affrontements a éclaté à la veille du deuxième anniversaire, vendredi, du déclenchement de la révolution qui a emporté Moubarak. Elle a été attisée par la condamnation à mort, samedi, de 21 accusés impliqués dans la tragédie du stade de Port-Saïd où 74 personnes, dont des supporters d'un club de football cairote, avaient trouvé la mort en février de l'année dernière.

Au total, le bilan de ces nouvelles violences est d'au moins 52 morts.

"LA LOI MARTIALE N'EST PAS UNE SOLUTION"

Lundi, l'opposition a rejeté l'appel au dialogue lancé par Morsi et des foules nombreuses de manifestants ont défilé au Caire, à Alexandrie et à Port-Saïd, Ismaïlia et Suez.

"A bas Mohamed Morsi! A bas l'état d'urgence!", ont scandé les manifestants à Ismaïlia.

A Port-Saïd, des hommes ont attaqué plusieurs postes de police après la tombée de la nuit. De source proche de la sécurité, on indique que des policiers et des soldats ont été blessés. De source médicale, on parle de deux morts et douze blessés lors des affrontements, dont dix par balle.

Au Caire, les flammes s'élevant de véhicules incendiés par des manifestants ont éclairé le ciel lundi soir.

Mardi matin, des petits groupes constataient les dégâts autour de la place Tahrir, des jeunes se sont hissés sur une camionnette calcinée de la police, mais contrairement aux matins précédents, aucun incident n'était signalé.

Les manifestants accusent Mohamed Morsi et les Frères musulmans, dont il est issu, d'avoir trahi les idéaux de la "révolution du Nil".

Les Frères musulmans ont remporté les cinq scrutins organisés depuis la chute de Moubarak (deux référendums, deux élections parlementaires et l'élection présidentielle qui a porté Morsi à la tête de l'Etat en juin dernier).

"La loi martiale, l'état d'urgence et l'arrestation de civils par l'armée ne sont pas une solution à la crise, c'est juste une provocation de plus pour la jeunesse", a déclaré Ahmed Maher, du Mouvement du 6-Avril, en pointe dans le soulèvement de l'hiver 2011. "La solution doit être politique et s'attaquer aux racines du problème", a-t-il ajouté.

Avec Tom Perry au Caire et Yusri Mohamed à Ismaïlia; Henri-Pierre André pour le service français

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  • a.guer le mardi 29 jan 2013 à 11:09

    Clairement, tous ces pays arabes ne sont pas préts pour la démocratie : quand ils vident un dictateur, c'est pour le remplacer par une dictature religieuse autrement plus nocive