L'armée égyptienne déployée au Caire, nouveau couvre-feu

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par Yasmine Saleh

LE CAIRE (Reuters) - Des unités de l'armée se sont déployées samedi aux abords du ministère égyptien de la Défense, au Caire, pour dissuader toute nouvelle manifestation au lendemain de nouvelles échauffourées dans le quartier, lors desquelles un soldat a été tué et 373 autres personnes ont été blessées.

Un nouveau couvre-feu nocturne a été imposé, pour la nuit de samedi à dimanche, dans le quartier d'Abassia où se trouve le siège de ce ministère. Les autorités ont interpellé 300 personnes, selon une source militaire, pour leur rôle dans les troubles de vendredi. Ils resteront sous les verrous 15 jours, le temps que la justice enquête sur ces événements.

Les services de nettoyage déblayaient samedi les débris consécutifs aux violences de vendredi à Abbassia, où les rues avaient recouvré leur calme mais restaient jonchées de pierres et autres projectiles lancés par les manifestants en direction des militaires, qui ont tiré des gaz lacrymogènes et chargé la foule pour l'éloigner du ministère.

C'est la deuxième fois en une semaine que des affrontements éclatent à proximité du ministère de la Défense, où des manifestants sont venus exprimer leur colère contre le régime militaire et la façon dont il gère la transition vers un retour à un pouvoir civil. Onze personnes avaient été tuées mercredi dans des heurts, à un peu plus de trois semaines de l'élection présidentielle des 23 et 24 mai.

Selon le Comité de protection des journalistes, organisme basé à New York, au moins 18 reporters ont été agressés, blessés ou arrêtés alors qu'ils couvraient les heurts.

"Nous demandons au Conseil suprême des forces armées (CSFA) d'identifier les agresseurs, de les traduire sans attendre devant la justice et de libérer les journalistes placés en détention", a déclaré Mohamed Abdel Dayem, coordinateur du Comité de protection des journalistes pour le Proche-Orient et l'Afrique du Nord, dans un communiqué diffusé vendredi soir.

OBSÈQUES DU SOLDAT TUÉ

Nombre des manifestants qui se sont rassemblés vendredi aux abords du ministère étaient des salafistes - intégristes musulmans - protestant contre l'invalidation de la candidature à la présidentielle d'un cheikh qu'ils soutiennent. Des libéraux et d'autres manifestants se trouvaient également là, accusant eux aussi l'armée de chercher à manipuler ou à retarder le scrutin.

L'armée dément ces accusations et assure qu'elle respectera le calendrier de transition du pouvoir à un nouveau président le 1er juillet, voie plus tôt dans le cas, improbable, où un vainqueur serait élu dès le premier tour fin mai.

"Notre mission prendra fin par une transition du pouvoir réussie, et nous ne laisserons personne modifier le calendrier annoncé", a-t-on déclaré de source militaire sur le site internet du quotidien Al Ahram.

Les autorités ont interpellé plus de 170 personnes en liaison avec les violences de vendredi. Dès jeudi, l'armée avait averti qu'elle ne tolérerait pas la moindre menace contre ses propres infrastructures.

Les obsèques du soldat tué vendredi étaient prévues durant la journée de samedi, ont rapporté les médias égyptiens.

Des véhicules de transport de troupes et des militaires ont formé samedi des cordons autour du ministère et se sont déployés près d'installations appartenant à l'armée, qui, pour la première fois depuis 60 ans, s'attend à voir élire un président qui n'est pas issu de son état-major.

Hosni Moubarak, comme ses prédécesseurs depuis le renversement de la monarchie en 1952, était un officier de haut rang avant d'accéder à la présidence fin 1981.

Eric Faye pour le service français

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