L'Argentine brandit le risque d'un défaut sur sa dette

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L'ARGENTINE MENACE DE FAIRE DÉFAUT SUR SA DETTE
L'ARGENTINE MENACE DE FAIRE DÉFAUT SUR SA DETTE

par Hugh Bronstein et Joseph Ax

BUENOS AIRES/NEW YORK (Reuters) - L'Argentine a menacé mercredi de faire défaut sur sa dette, le gouvernement affirmant qu'il lui serait "impossible" d'honorer le paiement des intérêts dus le 30 juin après une nouvelle décision défavorable de la justice américaine.

Buenos Aires est engagé depuis 12 ans maintenant dans un bras de fer judiciaire avec des créanciers qui ont refusé de participer aux deux opérations de restructuration de sa dette qui ont suivi le défaut retentissant de 2002 sur quelque 100 milliards de dollars d'obligations d'Etat.

Cet imbroglio juridique a privé la troisième économie d'Amérique latine de tout accès aux marchés de capitaux internationaux, ce qui a contribué à sa stagnation, conjuguée à une inflation incontrôlable et à une baisse des réserves de la banque centrale.

Lundi, la Cour suprême américaine a rejeté l'appel de Buenos Aires contre un jugement l'obligeant à payer 1,33 milliard de dollars à des fonds spéculatifs qui avaient rejeté les modalités des restructurations de dettes de 2005 et 2010.

Mercredi, une cour d'appel américaine a levé la suspension de la décision du juge Thomas Griesa, en charge du dossier, qui empêche tout paiement aux détenteurs d'obligations restructurées par l'intermédiaire de banques américaines si les fonds spéculatifs concernés ne sont pas payés.

"La levée de la suspension par (la Cour d'appel) rend impossible le prochain paiement sur la dette restructurée à New York et illustre un manque total de volonté de négocier dans des conditions différentes de celles dictées par le juge Griesa", a déclaré le ministère argentin de l'Economie dans un communiqué mercredi soir.

Des discussions sont néanmoins prévues entre Buenos Aires et les fonds spéculatifs - qualifiés de "vautours" par l'Argentine - la semaine prochaine à New York.

"On m'a dit que le projet sera prêt à être négocié la semaine prochaine avec les réfractaires pour résoudre cette situation", a déclaré Carmine Boccuzzi, du cabinet Cleary Gottlieb Steen & Hamilton.

Les négociations sont une tentative de l'Argentine d'éviter de se retrouver en situation de défaut mais Carmine Boccuzzi a dit qu'"une offre d'échange n'est pas à l'ordre du jour".

PARI PASSU

Les fonds réfractaires sont conduits par le fonds NML Capital, contrôlé par Elliott Management, la société du milliardaire Paul Singer, et par Aurelius Capital Management, présidé par Mark Brodsky, qui a averti la semaine dernière que les négociations pourraient être une "mascarade".

Dans son communiqué, le ministère argentin de l'Economie se dit disposé à payer les détenteurs de dettes restructurées mais ajoute ne pas pouvoir payer simultanément les fonds réfractaires.

"Les exigences de 'pari passu' (traitement équitable) empêchent l'Argentine d'effectuer le paiement de coupons du 30 juin aux détenteurs d'obligations restructurées à moins que, simultanément, elle paie tout ce qui est réclamé par les fonds vautours, ce qui pourrait représenter 15 milliards de dollars au total", explique le communiqué.

Un tel montant correspondrait à plus de la moitié des réserves détenues par la banque centrale argentine.

Buenos Aires ne serait cependant pas considérée en situation de défaut dès le 30 juin car l'Etat bénéficierait d'un délai de grâce de 30 jours.

Le ministre de l'Economie argentin, Axel Kicillof, avait laissé entendre mardi que le pays pourrait échanger des obligations relevant du droit américain contre des titres relevant du droit argentin et donc non assujetties à une quelconque décision des tribunaux américains.

Le communiqué publié mercredi par son ministère dit que "l'Argentine réaffirme sa volonté de payer les détenteurs d'obligations restructurées, ce qu'elle a toujours offert d'honorer dans le cadre de la loi argentine".

Selon des analystes, rembourser les créanciers en dehors du champ du droit américain serait encore considéré comme un défaut.

Les obligations de droit américain d'échéance 2033 se traitaient à 72,6 cents en fin de journée mercredi, en baisse de plus de 10 cents depuis vendredi. Elles ont toutefois repris du terrain après l'annonce des négociations de la semaine prochaine. Leur rendement s'affichait à 12,41% contre 10,68% vendredi, selon les données Thomson Reuters.

Le coût annuel d'assurance de 10 millions de dollars de dette argentine pendant cinq ans a fortement augmenté, à 2.805 points de base, selon Markit.

(Wilfrid Exbrayat et Marc Angrand pour le service français, édité par Marc Joanny)

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  • M4358281 le jeudi 19 juin 2014 à 10:09

    LA Liftée de Buenos-ayres

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