«L'argent nous manque pour reconstruire les maisons au Népal»

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INTERVIEW - Patrick Coulombel est un des co-fondateurs d’Architectes de l’urgence, fondation qui aide les pays touchés par des catastrophes naturelles à se reconstruire. 3500 euros suffisent pour consolider une habitation afin qu’elle résiste aux séismes.

Il est revenu du Népal il y a quelques jours et ses équipes sont toujours sur le terrain pour évaluer les dégâts et sécuriser des bâtiments. Il explique pourquoi il faut aller plus vite dans la reconstruction et ce qui se passe après un séisme.

LE FIGARO. -Après le bilan humain vient celui des dégâts matériels. Quelle est leur ampleur au Népal, notamment en ce qui concerne les constructions?

Patrick Coulombel: avant le nouveau séisme du 12 mai, dont l’épicentre est plus à l’est que le premier, on estimait qu’il y avait au moins 500.000 bâtiments qui étaient détruits ou touchés à des degrés divers au Népal. Et 150 à 200.000 d’entre eux sont par terre. Un chiffre qui s’est sans doute encore alourdi surtout dans les montagnes. Nos équipes, qui étaient à Katmandou mardi matin, ont vu des colonnes de fumée dans la banlieue, signe que des bâtiments sont tombés.

-La reconstruction a-t-elle déjà commencée?

Après une catastrophe, une fois les cadavres évacués, la population se prend en charge elle-même. Elle trie les matériaux et récupère ce qui peut l’être. Les organisations humanitaires ont pour principe de d’abord construire des abris d’urgence et dans un deuxième temps de s’atteler à la reconstruction proprement dite. Mais c’est une énorme bêtise. La théorie dans le modèle humanitaire, c’est qu’il faut d’abord faire des abris d’urgence, ce que les humanitaires appellent le relèvement, puis plus tard vient le temps de la reconstruction. En gros, on achemine d’abord des tentes, puis des cabanes et enfin on reconstruit en dur. Mais les abris d’urgence coûtent cher, parfois 3500 euros, autant qu’une construction durable, et il ne reste souvent plus d’argent pour reconstruire en dur. La vraie question est celle de la reconstruction. Il faut aller plus vite. On pourrait démarrer au Népal si nous avions des financements... On peut reconstruire très vite après une catastrophe.

-Comment travaillez-vous sur le terrain?

Pour l’instant, nous sommes dans une phase d’évaluation. Nous sommes en attente de financement pour pouvoir envoyer plus de personnes sur place. Peu de l’argent que nous recevons vient de France, mais d’importantes ONG comme Caritas en Suisse, ou WHH (Welthungerhilfe) en Allemagne font appel à nous pour la reconstruction, car les 300 à 500 personnes que nous envoyons chaque année sur le terrain sont des professionnels, car la bonne volonté ne suffit pas.

Notre manière de travailler est bien rodée, nos équipes sont constituées de professionnels, des architectes, mais aussi de nombreux ingénieurs. Nous sommes loin de l’image de l’architecte qui a parfois l’image d’un doux rêveur. Nous avons d’ailleurs plus d’ingénieurs que d’architectes dans nos équipes. Nous achetons les matériaux et nous travaillons avec des locaux à reconstruire des maisons, des maternités, des hôpitaux, des écoles qui soient capables de résister aux tremblements de terre. Nous essayons aussi de former des locaux, de leur laisser du matériel pour qu’ils puissent construire pour le long terme quand nous serons partis.

-Combien coûtent de telles constructions?

Il suffit de 3500 euros pour sécuriser une maison. Au Népal, elles sont construites en pierres sèches, elles sont empilées avec peu de collage et de renfort. Elles sont donc très vulnérables à un séisme. Nous proposons des renforts para sismiques. Concrètement, nous posons des poteaux en béton armé dans les angles des bâtiments et près des portes et des fenêtres, tout cela étant stabilisé par des liaisons horizontales. Ces constructions auraient résisté au séisme.

-Vous organisez jeudi une vente aux enchères caritative au Pavillon de l’Arsenal à Paris. Des dessins de grands architectes et des photos seront vendues au profit de la fondation.

-De grands noms de l’architecture comme Richard Meier, Jean Nouvel, Christian de Portzamparc, Mario Botta ou Renzo Piano nous ont donné des dessins et des grands noms de la photographie nous ont donné des photos. Ce sera un moment convivial orchestré par Rémy Le Fur. C’est la quatrième année que nous faisons un évènement de ce type, l’an dernier nous avons reçu 100.000 euros grâce à cela.

-Vous dites être en attente de financement. Combien vous faut-il? Et pour quoi faire?

-Nous cherchons à lever une dizaine de millions d’euros, mais c’est difficile. Pour l’instant nous avons reçu environ 100.000 euros. Nous avons décidé de concentrer notre action dans le district de Gorkha à l’ouest de Katmandou et plus particulièrement sur deux villages, Barpack et Lorpak qui se situent à plus de 2000 mètres d’altitude en zone montagneuse.

-Vous étiez mobilisés après le tremblement de terre à Haïti en 2010. Où en est la reconstruction là bas?

-C’est une vraie catastrophe. On n’a pas réglé le problème.

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  • pbenard6 le mercredi 13 mai 2015 à 09:27

    où Est-ce que l'argent manque? un picasso vendu 160 millions d'euros, une sculpture de giacometti 140 millions, un rubis 27 millions.....