L'argent de Paul Graham, voleur de couleurs

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American Night #19, 2002.
American Night #19, 2002.

Palette d’artistes (17/18). Le photographe anglais a utilisé la surexposition pour évoquer la misère américaine.

Des images brumeuses, illisibles, semble-t-il victimes d’un accident de traitement, de ceux que certains laboratoires photographiques marquaient d’un autocollant « non facturé », pour signaler que l’image ne valait rien. American Night (1998-2002), de Paul Graham, est de ces projets qui exploitent les faiblesses de la technique photographique elle-même, pour poser un regard, devenu pensée, afin « de traduire une fracture aux Etats-Unis », expliquait l’artiste au Monde en 2004.

American Night est un des volets, avec A Shimmer of Possibility (2004-2006) et The Present (2009-2011), d’une trilogie consacrée à la société américaine. La technique de la surexposition, inspirée par ce que l’artiste britannique se rappelle comme un « accident de laboratoire », vise par ailleurs à s’abstraire de la tradition du photojournalisme, qui veut qu’une situation dramatique soit portée par une imagerie contrastée, sombre, dominée par le noir et par sa symbolique : « Avec du grain, façon Ma­gnum », ironisait l’artiste, en 2012.

En cela, American Night est à la fois le prolongement et le contrepoint des Américains, le livre qui rendit célèbre Robert Frank en 1958, montrant la face la plus obscure des Etats-Unis, à rebours de l’esthétique commerciale défendue alors par le magazine Life.

« Mon intention était de prendre les thèmes les plus éculés du photojournalisme et de les faire entrer à coups de pied et de larmes dans une nouvelle ère photographique », expliquait Graham, qui cite comme sou...

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