L'arche de Younousse

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Début 2015, le Sénégalais Younousse Diop signe, à 18 ans, le premier contrat professionnel de sa carrière avec le CD Tenerife, en deuxième division espagnole. Une sorte d'aboutissement pour ce jeune homme, débarqué six ans auparavant depuis une patera, ce type de barques clandestines utilisées pour naviguer depuis l'Afrique vers le Vieux Continent.

Des gouttes. Des tonnes de gouttes. Sur le visage de Younousse, les effets de la tempête et de l'orage sont visibles. Originaire de Saint-Louis, le garçon ressent une boule se balader dans son estomac. Celle de l'effroi. La pluie trempe ses vêtements, mais ses yeux, eux, sont déjà bien humides. "J'avais seulement 12 ans, j'étais épuisé par le voyage. J'ai pensé à ma famille, j'ai pleuré plusieurs fois, mais je me disais : "Tu es en chemin. Maintenant, tu ne peux plus reculer." Je suis musulman de confession, et j'ai prié pour que Dieu me sauve." Désormais en lieu sûr, Younousse déballe son aventure sans appréhension aucune. Allongé sur la plage à côté de ses coéquipiers, avec qui il partage un petit appartement dans le centre-ville de Tenerife, l'adolescent fait bronzette. Mais au-delà de ces apparences de vacancier, le récent majeur reste bien conscient du long chemin parcouru jusqu'ici. Parti du Sénégal "à la recherche d'une vie meilleure", Younousse Diop voulait vivre son rêve. "J'ai connu des personnes avant de partir qui sont parvenues à débarquer en Espagne. Leur réussite m'a donné envie de tenter ma chance." Traverser ses frontières naturelles, afin de trouver une échappatoire à la misère de son quotidien, pour débarquer sur la terre promise : l'Eldorado européen. C'était le challenge de Younousse. Quitte à défier les éléments. Quitte à mettre sa vie en péril.

Des biscuits et une carotte


Dans l'estuaire du port de Saint-Louis, l'aventure démarre à toute allure. "La barque s'est remplie en quelques secondes. On courait tous pour rentrer dedans et attendre que le voyage démarre. Je n'ai rien payé du tout." Si certaines embarcations peuvent se perdre au milieu de l'océan, la sienne connaîtra meilleur sort. Non sans effort. "Le voyage a duré onze jours au total, raconte le garçon. On était 110 au total, elle était pleine. J'ai fait le voyage avec mes deux cousins, et le reste des personnes, je ne les connaissais pas. On avait un peu de nourriture de prévue : du riz, quelques biscuits et de l'eau. On passait les nuits sans couverture, à l'air libre." Au terme d'une croisière sans cocktails ni transat, tous les passagers arrivent à bout de souffle sur une plage des Canaries. Fatigué par la longueur du périple, Younousse ignore même l'endroit où il vient de poser pied. "J'étais lessivé.…


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