L'Arabie saoudite rompt ses relations diplomatiques avec l'Iran

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    * Ryad donne 48 heures pour le départ des diplomates 
iraniens 
    * L'exécution du cheikh Nimr a exacerbé la rivalité avec 
l'Iran 
    * La Maison blanche plaide l'apaisement 
    * Le régime saoudien prêt à mécontenter Washington 
 
 (Actualisé tout du long) 
    par Sam Wilkin et Angus McDowall  
    RYAD, 3 janvier (Reuters) - L'Arabie saoudite a décidé 
dimanche de rompre ses relations diplomatiques avec l'Iran après 
l'attaque de son ambassade à Téhéran par des manifestants 
protestant contre l'exécution la veille d'un dignitaire chiite 
très critique à l'égard du régime saoudien. 
    Dans une conférence de presse, le ministre saoudien des 
Affaires étrangères Adel al Djoubeir a précisé que son pays 
avait demandé au personnel de la mission diplomatique iranienne 
et aux administrations qui lui sont rattachées en Arabie 
saoudite de quitter le territoire dans un délai de 48 heures. 
    L'Arabie saoudite est déterminée à ne pas laisser l'Iran 
affaiblir sa sécurité nationale, a affirmé le ministre saoudien. 
     Des manifestants iraniens ont envahi l'ambassade saoudienne 
à Téhéran dans la nuit de samedi à dimanche, après l'exécution 
dans le royaume wahhabite de 47 condamnés, dont un haut 
dignitaire chiite. 
    Des manifestants s'étaient massés devant les portes de 
l'ambassade pour protester contre l'exécution du cheikh Nimr al 
Nimr, virulent critique du régime saoudien. Ils ont réussi à 
pénétrer dans l'enceinte et ont commencé à y mettre le feu avant 
d'être chassés par la police, rapporte l'agence de presse 
iranienne Isna. 
    Un des clichés diffusés sur les réseaux sociaux montre une 
salle saccagée et des meubles brisés, sous un portrait du roi 
Salman d'Arabie saoudite. 
    Peu après, le ministère iranien des Affaires étrangères a 
publié un communiqué appelant au calme et demandant aux 
manifestants de respecter les lieux diplomatiques, rapporte le 
site internet Entekhab. 
    Le guide suprême de la révolution islamique en Iran, Ali 
Khamenei, a toutefois dit prévoir une "vengeance divine" après 
l'exécution du cheikh Nimr. 
    Adel al Djoubeir a estimé que l'attaque de la mission 
diplomatique saoudienne était de même nature que celles qui ont 
été commises par le passé contre d'autres représentations 
étrangères en Iran. 
     
    "COUVRIR UNE ERREUR MAJEURE" 
    Le ministre Djoubeir a estimé que l'Iran poursuivait une 
politique de déstabilisation de la région en créant des 
"cellules terroristes" en Arabie saoudite. 
    "A la lumière de ces réalités, le royaume annonce la rupture 
des relations diplomatiques avec l'Iran et demande le départ des 
membres des missions diplomatiques de l'ambassade, du consulat 
et des administrations liées dans les 48 heures. L'ambassadeur a 
été convoqué pour leur notifier", a dit le ministre. 
    Les diplomates, qui ont dû quitter l'ambassade saoudienne à 
Téhéran, sont arrivés par avion à Dubaï et sont en chemin pour 
rejoindre leur pays, rapporte la chaîne de télévision Al 
Arabiya. 
    S'exprimant à la télévision nationale iranienne, le 
vice-ministre des Affaires étrangères Hossein Amir Abdollahian a 
estimé que cette rupture constituait de la part de l'Arabie 
saoudite une tentative pour couvrir "l'erreur majeure de 
l'exécution du cheikh Nimr". 
    Les Etats-Unis, qui demeurent le plus fidèle allié du régime 
saoudien en Occident, ont réagi en plaidant pour un apaisement 
entre Ryad et Téhéran. 
    "Nous avons pris connaissance des informations selon 
lesquelles le royaume d'Arabie saoudite a décidé d'ordonner la 
fermeture des missions diplomatiques iraniennes dans le 
royaume", a dit un responsable de l'administration Obama. 
    "Nous pensons que l'engagement diplomatique et le dialogue 
direct demeurent essentiels pour travailler à résoudre les 
divergences et nous continuons d'appeler les dirigeants de la 
région à prendre des mesures actives pour apaiser les tensions", 
a ajouté ce responsable. 
     
    "MAINTENANT, CELA SUFFIT" 
    Une source au fait de la position du gouvernement saoudien a 
indiqué que ce dernier avait décidé d'ignorer le mécontentement 
que cette rupture des relations diplomatiques risquait de 
provoquer au sein de l'administration américaine. 
    La position de l'Arabie saoudite face à l'Iran est: 
"maintenant, cela suffit", a précisé cette source.  
    "Téhéran ne cesse de se moquer encore et encore de 
l'Occident. Ils soutiennent le terrorisme et ils lancent des 
missiles balistiques et personne ne fait rien face à cela", a 
ajouté cette source. "Les Saoudiens se fichent de provoquer la 
colère de la Maison blanche". 
    Les tensions entre l'Iran révolutionnaire chiite et l'Arabie 
saoudite conservatrice sunnite s'expriment de manière indirecte 
depuis des années. Chacun des deux pays, qui entend asseoir son 
influence régionale, soutient régulièrement des camps adverses 
dans les conflits du Moyen-Orient. 
    Toutefois, l'exécution de Nimr al Nimr samedi a servi de 
détonateur à un ressentiment ancien. L'Iran avait, avant la mise 
à mort du dignitaire chiite, mis en garde l'Arabie saoudite en 
affirmant que cette dernière "paierait chèrement" une telle 
décision. 
    En Irak, où le gouvernement majoritairement chiite est 
proche de l'Iran, plusieurs personnalités politiques et 
religieuses ont demandé la rupture des relations diplomatiques 
avec l'Arabie saoudite, s'interrogeant sur la volonté de Ryad de 
mettre sur pied une alliance régionale contre l'Etat islamique. 
    Le grand ayatollah Ali Sistani, le plus haut dignitaire 
chiite d'Irak, a quant à lui condamné "une agression injuste". 
     
 
 (Pierre Sérisier pour le service français) 
 
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