L'AQR s'annonce moins sanglant qu'attendu pour les banques

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* Les banques vont mieux après avoir levé des milliards * L'AQR ne sera pas un "bain de sang" * La BCE regardante sur certains des moyens employés par John O'Donnell FRANCFORT, 26 septembre (Reuters) - La publication le mois prochain du bilan de santé des banques européennes par la Banque centrale européenne (BCE), bien loin de dresser le sombre constat auquel certains investisseurs se préparent, pourrait au contraire établir un état des lieux relativement satisfaisant. Sous la pression des grandes capitales européennes, la BCE devrait en effet exercer un jugement modéré et par conséquent "il ne faut pas s'attendre à un bain de sang", dit une personne au fait des intentions de l'institut d'émission. De précédents tests ont été pratiqués par les divers régulateurs de l'Union européenne mais leurs résultats ont été sujets à caution car chaque pays était soupçonné de minimiser plus ou moins les problèmes de leurs banques. On attendait de la BCE qu'elle mette de l'ordre au sein des banques européennes qu'elle supervisera à partir de novembre mais dans les faits, la banque centrale a rencontré à peu près les mêmes obstacles qu'auparavant, le principal d'entre eux étant une forte résistance nationale. De ce fait, il est probable que la BCE constate que la plupart des banques ont amélioré leur situation depuis que la crise financière s'est apaisée l'an dernier, selon des personnes ayant une bonne connaissance de l'établissement. D'autant que si la banque centrale était trop dur avec le secteur bancaire, elle prendrait le risque de saboter ses propres efforts pour l'inciter à prêter davantage à l'économie réelle. Même si certaines banques échouent au test parce qu'elles ne disposent pas des fonds propres suffisants pour amortir les pertes qui surviendraient d'une crise éventuelle, la BCE conclura sans doute que la plupart ont fait le nécessaire pour renforcer leur bilan. La banque centrale est toutefois bien consciente qu'elle ne doit pas donner l'impression d'être laxiste et elle a émis de sérieuses réserves sur la manière dont certaines banques sont revenues dans le droit chemin. PAS DE CHASSE AUX "ZOMBIES" Cet examen de la qualité des actifs (AQR) risque certes d'être la dernière chance de dissiper les zones d'ombre qui plombent depuis longtemps le secteur bancaire mais il n'aura rien de la mise à mort des banques "zombies" - actives mais incapables de prêter - que certains espéraient, déçus des tests précédents qui avaient épargné nombre de canards boiteux. Pour Antonio Fatas, économiste détaché auprès de l'école Insead, ces considérations viennent à l'appui de son sentiment que l'examen de santé ne livrera guère de données pertinentes. "La procédure s'est étirée sur plusieurs années et il n'y a rien d'étonnant à ce que les choses s'améliorent si on leur en laisse le temps", explique-t-il. Des responsables de la BCE se sont employés à faire en sorte que les investisseurs n'anticipent que très peu de casse dans un secteur bancaire qui, pour l'essentiel, a fait le ménage dans ses bilans. "Un montant significatif de fonds propres, de provisions et de dépréciations a été mobilisé ces 12 à 15 derniers mois; les banques veulent être dans de bonnes dispositions", a dit le président de la BCE, Mario Draghi, au Parlement européen lundi. Ses propos correspondent à ce que d'autres responsables ont dit en privé des mois durant et, de plus en plus, en public ces dernières semaines. Christian Noyer, le gouverneur de la Banque de France, a ainsi déclaré récemment que les anticipations voulant que de gros problèmes soient mis au jour étaient "sans doute exagérées". "MAUVAISE IDÉE" Quoi qu'il en soit, la BCE manque de toute façon de persuasion face aux Etats pour les contraindre à fermer leurs établissements malades. Ils s'y opposeront bec et ongles car ils ont besoin des banques pour placer leur dette. Le futur superviseur unique peut quand même se féliciter du fait que, selon lui, les banques européennes ont étoffé leur capital d'une centaine de milliards d'euros depuis la mi-2013, en thésaurisant leurs bénéfices ou en vendant des actions ou des obligations convertibles par exemple. Toutefois, plus de 30 milliards d'euros de capitaux ont été levés suivant des méthodes qui ne sont pas de son goût. Ainsi, en Italie, les banques vont augmenter leur capital l'an prochain en réévaluant leurs participations dans la Banque d'Italie de quelque sept milliards d'euros. En Italie, en Espagne et au Portugal, les banques vont également intégrer dans leurs fonds propres de futurs crédits d'impôt. "Le procédé des crédits d'impôt risque d'augmenter le passif de l'Etat", ont observé des responsables de la BCE. Ce peut être le cas si ces crédits d'impôt sont destinés à maintenir à flot des établissements en voie de sombrer. HSH Nordbank, l'une des banques allemandes les plus faibles, intègrera de son côté dans son capital des milliards d'euros de garanties publiques alors même qu'elles n'ont pas encore reçu l'aval de l'UE, ont dit à Reuters trois sources proches du dossier. Autoriser de tels procédés brouille la procédure, juge Guntram Wolf, du cercle de réflexion Bruegel. "Les exceptions sont une mauvaise idée", dit-il. "C'est une mauvaise idée pour le sérieux du test; les marchés doivent savoir ce qu'il recouvre". La BCE se demande à présent si elle n'accompagnera pas ses conclusions d'avertissements et certains experts pensent qu'elle donnera à certaines banques plus de temps pour assainir leurs comptes. Mais en a-t-elle encore le temps? "Les Européens ont été tellement lents", déplore Antonio Fatas, de l'Insead. "Il fallait faire tout ça quand la crise s'est déclenchée". (Wilfrid Exbrayat pour le service français, édité par Marc Angrand)

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