L'après-Knysna a rassuré Raymond Domenech

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Toujours guidé par l'envie d'entraîner, Raymond Domenech a donné un entretien passionnant au Guardian mardi. Où il évoque le souvenir de France-Brésil 2006, mais surtout la situation des Bleus, le présent démontrant selon lui qu'il n'était pas seul responsable des ennuis du passé.

Raymond Domenech parle rarement pour ne rien dire. Son entretien publié mardi dans les colonnes du Guardian ne déroge pas à la règle. Sans contrat d’entraîneur depuis son départ de la fonction de sélectionneur de l’équipe de France dans la foulée du fiasco de la Coupe du Monde 2010, le Lyonnais de naissance (64 ans) se concentre sur son activité de consultant pour la télévision. Mais il n’a pas renoncé à retrouver un poste d’entraîneur. « Je n’ai pas pris ma retraite, assure-t-il. J’ai eu des contacts et des discussions. Il y a eu des moments où j’avais juste à dire oui pour redevenir manager. Mais je ne voulais pas vraiment. Je devais m’éloigner de tout ça, faire autre chose. Mais je suis toujours dans le football. Je n’ai pas reçu d’offre spéciale. Pour changer le mode de vie que j’ai actuellement, il faudra que ce soit pour un projet qui me fait complètement vibrer. Un club à Londres m’irait parfaitement. Je ne veux pas faire quelque chose juste pour gagner un peu d’argent, autrement j’aurais déjà accepté des offres, mais je veux quelque chose de différent, plein d’émotions. »

« France-Brésil ? Le match parfait »

Des émotions, Domenech en a connues son lot pendant les six ans passés à la tête des Bleus, le troisième plus long mandat de l’histoire de l’équipe de France. Il a d’abord vécu une aventure heureuse, pendant le Mondial 2006, où s’est incliné lors de la séance de tirs au but en finale contre l’Italie (1-1, 3 tab 5). Un échec pour lequel il a pardonné Zinédine Zidane et son coup de sang qui lui a valu une expulsion en pleine prolongation. « J’ai tourné la page. Je ne regarde plus en arrière. » Surtout que pendant le parcours des Bleus, son numéro 10 a réalisé son chef d’œuvre, qui est aussi le meilleur souvenir de sélectionneur de Domenech : la victoire contre le Brésil en quarts (1-0). « C’était le match parfait, se félicite-t-il. Je me souviens encore de ma causerie. Le staff et moi avions tout préparé et tout s’est déroulé comme nous le voulions. J’ai même dit aux joueurs avant le match : "Vous verrez, vers la fin du match, ils lanceront tous les attaquants et vous saurez alors que vous aurez gagné parce qu’ils n’auront plus d’idées. " C’est exactement ce qu’il s’est passé. (...) J’étais comme le co-pilote dans une course automobile disant : "Tu arrives sur un virage à droite à 190 km/h ", et ainsi de suite. C’était exactement comme ça, et je suis fier de ça. »

« Ça a montré que je n’étais pas le seul fautif »

Mais dans l’imaginaire collectif, Domenech est surtout l’un des responsables de Knysna et l’insurrection de ses joueurs en pleine Coupe du Monde 2010. Le début de la fin pour une équipe de France qui multiplie les scandales et les incartades depuis. Une situation qui enlève un poids des épaules de l’ex-sélectionneur des Espoirs. « C’est déstressant. Le problème est toujours le même. Quand j’ai vu le groupe retenu par Laurent Blanc pour l’Euro 2012, j’ai dit : "Voyons ce qu’il va se passer ; s’il réussit, alors je dirai bravo. Je dois être un ignorant qui ne comprend rien". Mais nous savons ce qu’il s’est passé. Et dans un sens, je suppose que ça m’a rassuré parce que ça a montré que je n’étais pas le seul fautif. La façon dont les choses fonctionnent avec la génération actuelle rendent les choses très compliquées, particulièrement en France. »

« Escalettes m’a soutenu comme une corde soutient le pendu »

Mais ce que Domenech ne s’explique pas, ce sont les raisons des difficultés spécifiques aux Bleus. « Les même joueurs dans des grands clubs étrangers, en Angleterre ou ailleurs, ne posent aucun problème. Je pense que le poids des clubs impose certains standards, donc ils se réfrènent de faire des choses qu’ils font en France. » Celui qui a dirigé Mulhouse et Lyon au cours de son parcours de technicien estime néanmoins que Didier Deschamps a un avantage de taille sur lui : il n’est pas seul dans son combat. « Il s’en sort un peu mieux parce qu’il a le soutien total de la Fédération et les médias le soutiennent. Et l’Euro arrive, tout le monde veut y aller, donc les choses sont un peu plus calmes au sein de l’effectif. Mais pas autour, comme on a pu le voir. » Domenech estime ne pas avoir bénéficié de la même aide, notamment du président de la Fédération française d’alors : « (Jean-Pierre) Escalettes m’a soutenu comme une corde soutient le pendu. » Encore une punchline dont Domenech a le secret. Histoire de démontrer encore qu’il ne parle vraiment pas pour ne rien dire.

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