L'antiterrorisme saisi des menaces au juge Jean-Michel Gentil

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PARIS/BORDEAUX (Reuters) - Le parquet antiterroriste de Paris a été saisi jeudi de l'enquête sur l'envoi de courriers assortis de menaces de mort au juge Jean-Michel Gentil, qui a mis Nicolas Sarkozy en examen dans l'affaire Bettencourt, ainsi qu'à trois personnalités des médias.

Ces lettres, dont les textes diffèrent, sont toutes signées par un groupuscule inconnu "Interaction des forces de l'ordre Paris-Melun-Rouen-Caen-Cherbourg-Rennes" (IFO), dit-on de sources policière et judiciaire.

Les courriers, qui accusent sans fondement les personnes visées d'être des gauchistes, sont accompagnés de cartouches à blanc.

Ces menaces ont été prises au sérieux par les autorités, qui n'ont toutefois pas pris des mesures de protection exceptionnelles dans l'immédiat. "Il y a une vigilance, mais pas de mesures supplémentaires", dit une source judiciaire.

De source policière, on souligne l'incohérence des griefs formulés par l'auteur des lettres, en fonction des personnes visées.

L'auteur dernier explique qu'il lui sera difficile d'atteindre le juge Jean-Michel Gentil, qui instruit à Bordeaux l'affaire Bettencourt, mais menace de s'en prendre à un membre de son entourage ou à d'autres magistrats.

"Certes vous êtes physiquement bien protégé, nous ne sommes pas encore en mesure d'intervenir dans le Sud-Ouest. Qu'à cela ne tienne, l'un des vôtres va disparaître dans un secteur géographique plus proche et beaucoup moins risqué", dit le texte adressé au magistrat.

"Celui-là va payer de sa vie votre volonté discrétionnaire de déstabilisation du pays par votre assujettissement à la gauche totalitaire, soixante-huitarde", poursuit le texte.

Le texte ne comporte aucune mention directe à l'affaire Bettencourt ni à Nicolas Sarkozy, mis en examen le 21 mars dans ce dossier pour abus de faiblesse par le juge Gentil, souligne-t-on au Syndicat de la magistrature.

Toutefois, les syndicats de magistrats lient l'envoi de ces courriers au climat provoqué par les réactions virulentes des proches de l'ancien président à sa mise en examen et en appellent à la "responsabilité".

"JUGES ROUGES RÉVOLUTIONNAIRES"

Le député UMP Henri Guaino, qui avait lancé une charge virulente contre le magistrat, a dit ne se sentir aucunement responsable des menaces de mort et a maintenu son "jugement très dur" sur l'attitude du juge Gentil.

"Les menaces de mort contre un juge ou contre n'importe qui sont insupportables, totalement condamnables", a dit l'ex-conseiller spécial de Nicolas Sarkozy sur BFM-TV et RMC.

Le texte accuse à tort, selon une source proche de l'enquête, Jean-Michel Gentil d'être membre du Syndicat de la magistrature, qualifié de "groupuscule de juges rouges révolutionnaires".

"Vous finirez comme vos tristes prédécesseurs lorsque nous aurons pu vous atteindre personnellement ou, à défaut, un membre de votre entourage", peut-on lire.

L'IFO précise que sa lettre au juge ne comporte aucune empreinte, ni trace ADN et que la référence de levée du courrier ne permettra pas de remonter jusqu'à lui.

A Paris, deux journalistes et le président du CSA ont reçu des lettres de menaces signées par le même groupe mais avec des textes différents.

L'enquête a été confiée côté police conjointement à la direction centrale de la Police judiciaire et à la Brigade de répression de la délinquance aux personnes (BRDP), a-t-on précisé de source policière.

Les courriers ont été envoyés aux journalistes Jean-Pierre Elkabbach, d'Europe 1, et Mickaël Darmon, d'i>TELE, ainsi qu'à Olivier Schrameck, le président du Conseil supérieur de l'audiovisuel (CSA).

La lettre signée par un groupe des "Forces de l'ordre" "me menaçait de mort en disant que la balle de gros calibre que je recevais était vide mais que la prochaine serait chargée", a raconté Jean-Pierre Elkabbach sur BFM-TV.

"Je pense qu'il ne faut ni exploitation, ni dramatisation. Mais je sais en même temps qu'il ne faut jamais prendre à la légère ce genre de menaces, qui peuvent devenir plus sérieuses et être parfois mises à exécution", a-t-il dit.

Gérard Bon et Claude Canellas, avec Chine Labbé à Paris, édité par Yves Clarisse et Gilles Trequesser

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  • 56595196 le jeudi 28 mar 2013 à 17:18

    cela veut dire qu'on a faire aux terroristes ?