L'annus horribilisdu capital-investissement français

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Le programme du gouvernement n'est pas léger et prévoit notamment taxation à plus de 60 % des plus-values, qui s'appliquera aux entrepreneurs comme à leurs actionnaires.

Le capital-investissement français craint d'avoir mangé son pain blanc. Le projet de loi de finance ne fait pas de cadeau au secteur. «Si le gouvernement souhaitait dynamiter la profession en France, il ne pouvait pas faire mieux, tempête un patron de fonds. Faire ce métier en France devient pour les équipes deux fois plus cher qu'ailleurs : tous les talents vont partir à Londres. Le résultat final sera que toutes les entreprises françaises ne seront plus rachetées que par des fonds opérant depuis l'étranger…»

Le programme du gouvernement n'est pas léger et prévoit notamment taxation à plus de 60 % des plus-values, qui s'appliquera aux entrepreneurs comme à leurs actionnaires. Il est complété par l'alignement de la fiscalité des «carried interests» - une quote-part de la plus-value de cession que les gérants des fonds se partagent - sur celle des salaires. Cette prime sera de plus traitée comme un salaire et donc soummise à la CSG et à la CRDS au taux de 8 % et au forfait social de 20 %. Elle était imposée jusqu'ici au régime des plus-values de cession de valeurs mobilières, soit 30,1 %.

Restructuration en séries

Cette rafale de taxes assombrit un peu plus l'horizon morose du secteur. Depuis le début de l'année, aucune équipe française n'a bouclé de levée de fonds de taille. Deux acteurs réputés de la place, Duke Street et LBO France - qui espéraient lever respectivement 850 millions et 1,5 milliard d'euros - ont préféré faire marche arrière. Christophe Karvelis, associé fondateur de Capzanine, vient de lever après six mois de négociations marathon 200 millions d'euros. Il juge que «se présenter comme un fonds français face à des investisseurs internationaux est devenu un handicap. Nos interlocuteurs attendent que la France se réforme avant d'investir à nouveau».

Dans ce marasme, les fonds aux performances fragiles sont menacés de ne plus lever de capitaux et donc de disparaître peu à peu. Quelques dossiers circulent mais les vendeurs refusent encore de baisser leurs prix. Les opérations, contraintes aussi par la rareté des financements bancaires, se concluent donc au compte-gouttes. Des exceptions émergent: cet été, Axa Private Equity est entré au capital du groupe d'ingénierie Fives, dans une transaction qui valorisait l'entreprise plus de 1 milliard d'euros, et Investcorp serait sur le point de céder le distributeur de produits industriels IPH France à PAI. «Des secteurs, décorellés de la crise, résistent encore, juge Xavier Moreno, président d'Astorg, comme la santé, les services à la personne, les produits alimentaires low-cost…»

Les équipes des fonds ne chôment pas pour autant. Elles sont occupées à soigner leurs participations pour préparer le tunnel des restructurations, qui s'annonce pour les prochains mois. Tous les grands dossiers, qui avaient fait l'objet de renégociation en 2009, sont à nouveau menacés.

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  • M1945416 le mardi 2 oct 2012 à 10:50

    que le gouvernement commence par supprimer les 440 000 postes bidon , qui coûte 57 milliards par anet là on aura une belle bouffé d'oxygène ...

  • akelacca le mardi 2 oct 2012 à 10:39

    La fiscalité n’est pas une question de privilège mais une orientation des richesses. Par exemple, taxer plus les entreprises, et/ ou le capital, sert à rendre ce type de placement moins attractif que les autres placements. Et mécaniquement, c’est un moyen d’en réduire le nombre. De même, plus on taxe les salaires, plus on incite à trouver des emplois alternatifs, auto-entrepreneur, chef d’entreprise, bénéficiaire d’allocations, travail au noir …

  • M5859377 le mardi 2 oct 2012 à 09:26

    par contre il faut aller plus loin et faire rentrer sous le meme régime les plus values liées à la vente des oeuvres d'art; cette exception est scandaleuse

  • M5859377 le mardi 2 oct 2012 à 09:25

    ils vont me faire pleurer; avoir ses plus values taxées au meme niveau que le travail c'est bien le minimum; sous l'ancien régime aussi les privilégiés se sont accrochés à leurs avantages exhorbitants: c'est une très belle mesure de justice fiscale, bravo au gouvernement

  • checkers le mardi 2 oct 2012 à 09:14

    La niche fiscale "FCPI" doit coûter quelques centaines de millions d'euros par an au budget national.. disons 300 ME.... avec un rendement très médiocre. Un rendement que les financiers du capital risque "subventionné par l'état" cherche à masquer, camoufler.Le moment est venu de supprimer cette niche fiscale FCPI.. elle ne sert pas le pays, pas les entrepreneurs, pas l'emploi....elle sert à entretenir un petit echosystème de financiers plus ou moins incompétents.

  • dub22 le mardi 2 oct 2012 à 08:44

    c'est à ce demander si quelques apparatchiks soviétiques nes se seraient pas échappés et auraient trouver refuge au sein du PS et du Gvt français actuel!!!!