L'Angleterre retrouve son lustre d'antan

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Avec trois équipes anglaises présentes en demi-finale de Champions Cup, et une en Challenge Cup, l’Angleterre est le pays le plus représenté dans le dernier carré des deux compétitions européennes. Une forte présence qui permet au rugby anglais de retrouver de sa superbe.

Dans le sillage du XV de la Rose et de son Grand Chelem réussi dans le Tournoi des VI Nations 2016, les équipes anglaises se portent bien. Preuve en est puisque la moitié des huit équipes figurant en demi-finale de Champions Cup et de Challenge Cup ont l’accent anglais. Un retour en force qui trouve sa source au sein même de l’Aviva Premiership. « C'est le retour sur l'investissement qu'ils ont réalisé il y a 8-10 ans en donnant la priorité aux joueurs anglo-saxons, constate Philippe Saint-André. Il y a environ 75 % de joueurs anglais qui sont sur les feuilles de match. Ils savaient que cela allait être compliqué pendant plusieurs années et cela a été le cas car ils n'ont pas gagné de titre européen depuis presque dix ans. Là, ils mettent trois équipes dans le dernier carré ». La RFU, Fédération anglaise de rugby, a engagé au début des années 2000 une série de mesures afin de réformer le championnat anglais. Le but étant de redynamiser une compétition en perte de vitesse. Outre le système des points de bonus, douze clubs participent au championnat mais seuls les quatre premiers jouent les demi-finales. Une phase régulière avec seulement 22 journées au compteur, contre… en Top 14, plus deux journées pour les phases finales ce qui permet aux organismes d’être moins sollicités. « Le format de douze équipe on le connait depuis longtemps, fait remarquer l'ancien sélectionneur des Bleus. La RFU s'est rendu compte il y a plusieurs années, comme la France depuis quelques mois, qu'il y a énormément de joueurs non sélectionnable (étrangers, ndlr) sur les feuilles de match donc ils ont mis un gros coup de frein. Ils ont aussi l'expérience de la Premier League (championnat de football anglais, ndlr) qui est une réussite énorme économiquement mais qui est aussi le cimetière de leur équipe nationale pendant 30 ans ».

Près de 110 millions de livres d'investissement

Un calendrier favorable aussi à la mise à disposition des internationaux anglais au profit du XV de la Rose. L’accord Elite Player Squad (EPS) trouvé en 2007 entre la RFU et la Premier Rugby Limited donne une compensation financière de la part de la Fédération envers les clubs qui s’engagent à libérer leurs internationaux deux semaines avant les matchs du XV de la Rose. « Quand j'entrainais Gloucester à l'époque de Clive Woodward lorsque l'Angleterre était championne du monde, il m'interdisait de faire jouer les internationaux lors d'un quart de finale de Coupe d'Europe, souligne l'ancien manager de Sale. La différence est là. En France, lors de mon mandat, j'ai eu des problèmes juste pour aller voir des clubs … ». Les dispositions prises par la RFU, il y a plus de dix ans, figurent d’ailleurs dans le compte-rendu de la fameuse cellule technique mise en place par la Fédération française de rugby afin d’améliorer la compétitivité du XV de France ... « La RFU a voulu donner des primes de méritocratie aux équipes qui faisaient jouer le plus d'Anglais, souligne l'ancien entraineur du RCT. Il y a un réservoir suffisant mais surtout leurs jeunes joueurs jouent. C'est le paradoxe avec nous la France, où nos 30 meilleurs joueurs jouent beaucoup trop et nos jeunes n'ont pas assez de temps de jeu ». L’engagement de la Fédération anglaise est conséquent, à hauteur de 110 millions de livres (soit 137 millions d’euros) entre 2008 et 2016. Bizarrement la date de fin coïncide avec le retour en grâce des clubs anglais en Coupe d’Europe et avec le comeback du XV de la Rose qui a remporté un Grand Chelem que tout un pays attendait depuis treize ans...

Une génération à point

Il faut remonter à la saison 2006-2007 pour retrouver trace de trois clubs de Sa Majesté dans le dernier carré de la plus prestigieuse compétition européenne de rugby. A cette époque, les demi-finales de H Cup, ancien patronyme de la Champions Cup, voyaient Leicester, Northampton et les Wasps présents dans le dernier carré. La finale avait opposé deux qualifiés « d’aujourd’hui », Leicester et les Wasps. Les coéquipiers de Lawrence Dallaglio s’imposaient largement face aux Tigers à Twickenham (25-9), date du dernier titre européen d’une équipe anglaise. La traversée du désert s’est donc stoppée cette année avec la présence des Saracens, des Wasps et de Leicester. « Ce n'est pas pour autant qu'ils seront champions d'Europe, fait remarquer Philippe Saint-André. Mais on peut s'apercevoir qu'il y a une nouvelle génération qui émerge car cela fait 6-7 ans qu'ils jouent à haut niveau, qu'ils ont emmagasiné du vécu, de la bouteille même si des clubs comme le Racing 92 ou Toulon sont devant eux en termes de richesse d'effectif et de qualité ». Si les Tigers recevront le Racing 92 le dimanche 24 avril, l’autre demi-finale sera 100 % anglaise entre les Saracens et les Wasps la veille. Les Saries sont d’ailleurs les plus réguliers ces dernières années avec une présence dans le dernier carré de Champions Cup en 2013 et 2014.

Enfin un titre ?

« La RFU a gardé la main sur les droits télé, Twickenham leur appartient, ils ont mis en place une vraie intersaison pour les internationaux, le sélectionneur décide si les internationaux viennent pour les doublons mais cela fait près de quinze ans que c'est comme cela, constate l'ancien entraineur de Bourgoin. En France, on demande tout cela depuis longtemps mais pour l'instant cela n'existe pas. Il y a une différence de philosophie mais bon, l'Angleterre a été la seule nation en Europe à être championne du monde, nous on a fait trois finales mais eux ont ramené une fois le titre ». La bonne performance des clubs anglais cette saison en Coupe d’Europe pourrait mettre fin à l’hégémonie française et toulonnaise (3 titres consécutifs entre 2013 et 2015). L’édition 2015-2016 de la Champions Cup est d’ailleurs unique puisque c’est la première fois seulement que deux nations sont représentées en quart de finale. L’axe franco-anglais représente d’ailleurs plus de 60 % des clubs qualifiés en quart de finale depuis la création de la Coupe d’Europe en 1995. Dans les confrontations directes entre Français et Anglais en phases finales, l’avantage reste aux tricolores avec 17 victoires contre 10 à nos amis d’outre-Manche. Les clubs français mènent aussi au niveau du palmarès avec 8 titres pour la France et 6 pour les Anglais. S’il est certain qu’un club de Sa Majesté sera en finale à Lyon cette année, rien n’est moins sûr concernant la nationalité du vainqueur. Mais mathématiquement, il y a plus de chances qu’il soit britannique ...
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