L'ancien dirigeant tchadien Hissène Habré jugé à Dakar

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* Habré dénonce les "valets de l'impérialisme" * Il est escorté hors de la salle * Ses avocats boycottent les débats (Précisions) par Diadie Ba DAKAR, 20 juillet (Reuters) - L'ancien dirigeant tchadien Hissène Habré a été contraint de comparaître lundi à Dakar où un tribunal spécial mis en place par l'Union africaine doit le juger pour crimes contre l'humanité. Tout de blanc vêtu, l'ancien homme fort du Tchad a été conduit dans la salle d'audience avant que les médias n'entrent à leur tour. "On a amené Habré de force", a dit une source judiciaire. Hissène Habré a été arrêté en 2013 au Sénégal où il vivait en exil depuis le coup d'Etat mené contre lui par Idriss Déby, l'actuel président tchadien, en 1990. Des associations de défense des droits de l'homme le disent responsable de la torture ou de la mort de 40.000 personnes lors des huit années pendant lesquelles il a été à la tête du Tchad. Quatre magistrats ont enquêté pendant plus d'un an et demi, principalement au Tchad. Ils ont interrogé des témoins et victimes du régime Habré, analysé des documents de la police secrète de l'ex-président et examiné des fosses communes. Hissène Habré a jusqu'ici refusé de participer à la procédure. "A bas l'impérialisme, à bas le colonialisme", a-t-il lancé avant l'ouverture de l'audience, un slogan repris par ses partisans assis dans la salle. "Il y a des traîtres ici, des traîtres à l'Afrique et des valets de l'impérialisme !", a-t-il encore crié. "LA FIN D'UN CAUCHEMAR" Il a été conduit hors de la salle par les gardes et a refusé de revenir. Les avocats de l'ancien président tchadien ont également décidé de boycotter la séance, affirmant que les procédures n'étaient pas respectées. Le procès se déroule devant un collège de trois magistrats, deux Sénégalais et un juge président d'un autre Etat membre de l'Union africaine. "C'est la fin d'un cauchemar et c'est un sentiment de fierté qui nous anime", a déclaré Jacqueline Moudeina, chef de file des avocats des victimes. "Cette présence de Habré est une thérapie pour les victimes", a-t-elle ajouté. "Nous voulons montrer au peuple tchadien, et pourquoi pas à tous les Africains, que non, on ne peut pas gouverner par la terreur et par le crime", a dit Souleymane Guengueng, 66 ans, un ancien comptable qui a passé plus de deux ans dans les prisons d'Hissène Habré et qui figure parmi la centaine de victimes qui doivent être entendues par le tribunal. Un avocat proche de l'ancien dirigeant tchadien a déclaré que ce dernier ne s'adresserait pas au tribunal et qu'il n'en reconnaissait pas l'autorité. Les débats devraient durer au moins trois mois sous l'autorité des Chambres africaines extraordinaires, une juridiction créée par en 2013 par le Sénégal et l'Union africaine. (Avec Daniel Flynn; Nicolas Delame et Guy Kerivel pour le service français)

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