L'ANC vers son pire revers électoral depuis la fin de l'apartheid

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    par Nqobile Dludla et Tanisha Heiberg 
    PRETORIA, 5 août (Reuters) - Le Congrès national africain 
(ANC) a perdu le contrôle de la municipalité symbolique de 
Nelson Mandela Bay et risque de céder d'autres grandes villes, 
même si le parti arrive en tête au niveau national, selon des 
résultats encore partiels des élections municipales qui avaient 
lieu mercredi en Afrique du Sud. 
    A Nelson Mandela Bay, municipalité du sud-est du pays 
englobant la ville de Port Elizabeth pour laquelle les résultats 
sont définitifs, l'Alliance démocratique (DA) a emporté 47% des 
voix, contre 41% pour l'ANC et 5% pour le parti de gauche 
Freedom Economic Fighters (EFF), a annoncé vendredi la 
commission électorale.  
    Cette victoire offre à la DA sa deuxième grande ville, après 
Le Cap qu'elle gérait déjà, et l'encourage pour les élections 
nationales de 2019. Des responsables de l'ANC de la région ont 
cependant déposé plainte après avoir trouvé 500 bulletins en 
leur faveur apparemment non comptabilisés. 
    Au niveau national, après dépouillement de 95% des bulletins 
de vote, l'ANC arrive toutefois en tête devant la DA et les 
Freedom Economic Fighters, une faction qui s'est séparée de 
l'ANC en 2013. Mais l'ANC reste à la traîne dans la municipalité 
de Tshwane, où se trouve la capitale Pretoria, et ne dispose que 
d'une courte avance à Johannesburg. 
    Dans un pays où plus d'un quart de la population active est 
au chômage, le parti au pouvoir fait les frais du revirement de 
millions d'électeurs noirs affectés par la stagnation 
économique, pour lesquels l'héritage du combat contre 
l'apartheid de l'ANC ne suffit plus, sur fond du scandale 
impliquant le président Jacob Zuma. 
    Jackson Mthembu, un responsable de l'ANC, a estimé que la 
perte de plusieurs municipalités constituait une "tendance 
inquiétante" pour son parti. "Nous avons besoin d'une sérieuse 
introspection, et c'est ce que nous ferons", a-t-il ajouté. 
     
    CARTES REBATTUES 
    John Ashbourne, analyste pour Capital Economics, estime que 
les résultats de ces municipales dessinent une mutation du 
système politique sud-africaine. "La DA, qui dépend 
traditionnellement des votes des Sud-Africains blancs et métis, 
paraît enfin gagner du terrain auprès de la majorité noire du 
pays", explique-t-il. 
    L'Alliance démocratique s'est choisie l'an dernier un 
dirigeant noir, Mmusi Maimane, et a promis des créations 
d'emploi et une amélioration des services sociaux en vue de 
changer son image de parti blanc. 
    Aux précédentes élections municipales, en 2011, l'ANC avait 
remporté 62% des suffrages, contre 24% pour la DA. Toute défaite 
significative du parti de Jacob Zuma dans les urnes serait 
perçue comme un signe alarmant en vue des élections législatives 
de 2019.   
    Zuma a échappé à un vote de destitution en avril, après un 
jugement de la Cour constitutionnelle lui ordonnant de 
rembourser quelque 14 millions d'euros d'argent public engagés 
pour rénover sa résidence de Nkandla.   
    Il a assuré qu'il rembourserait une partie des fonds, tout 
en rejetant toute critique sur son intégrité, mais la colère des 
Sud-Africains gronde dans un pays au bord de la récession. 
    Sur les marchés, les analystes anticipent un déclassement de 
la note du pays à "spéculatif". "Les investisseurs étrangers 
vont probablement accueillir avec joie le fait qu'un soutien 
réduit pour le parti au pouvoir, l'ANC, ait aidé les centristes 
de la DA plutôt que le parti de gauche EFF", juge encore 
l'analyste John Ashbourne. 
 
 (Julie Carriat et Laura Martin pour le service français) 
 
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