L'an II de Fançois Hollande placé sous le signe européen

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FRANÇOIS HOLLANDE PLACE LA DEUXIÈME PHASE DE SON QUINQUENNAT SOUS LE SIGNE EUROPÉEN
FRANÇOIS HOLLANDE PLACE LA DEUXIÈME PHASE DE SON QUINQUENNAT SOUS LE SIGNE EUROPÉEN

par Yves Clarisse

PARIS (Reuters) - François Hollande a choisi de placer la deuxième phase de son quinquennat sous le signe d'une intégration européenne plus poussée pour aller chercher la croissance qui manque à la France, n'hésitant plus à parler d'union politique.

Il prend ainsi au mot la chancelière Angela Merkel, qui prône de longue date un fédéralisme accompli, même si Paris et Berlin n'ont pas encore une vision commune de cette notion.

En deux jours, mercredi à Bruxelles lors de sa visite à la Commission européenne et jeudi à Paris lors de sa deuxième conférence de presse depuis son arrivée au pouvoir, le président français a multiplié les gages à l'adresse de l'Allemagne.

Les réformes économiques demandées par l'exécutif européen en échange des deux années de répit qui ont été accordées à la France seront menées avec détermination pour doper la compétitivité française et celles qui ont été mises en place en Allemagne depuis dix ans servent maintenant de modèle.

"Il y a un écart de compétitivité. Les Allemands, il y a dix ans étaient considérés comme le pays malade de l'Europe", a-t-il déclaré à Bruxelles dans un message qui a été jugé "rassurant" par le président de la Commission, José Manuel Barroso.

"Mais pendant dix ans, et je pense que ça ira plus vite j'espère pour la France, les Allemands ont fait des choix, on peut les contester, on peut penser qu'il y en avait d'autres, ils ont fait des choix. Aujourd'hui, les Allemands sont compétitifs", a-t-il ajouté.

L'évolution est très nette si l'on compare ce discours à celui tenu pendant la campagne électorale, pendant le début du quinquennat et par la gauche du Parti socialiste, où les réformes allemandes sont jugées génératrices de précarité.

UNE POLITIQUE "DE DROITE" ?

Le co-président du Parti de gauche, Jean-Luc Mélenchon, a d'ailleurs estimé vendredi sur Europe 1 que François Hollande menait ainsi une politique "de droite" en voulant réformer les retraites, introduire de la flexibilité sur le marché du travail ou encore modifier les conditions d'indemnisation du chômage.

"Quand vous mettez bout à bout une politique économique qui considère que c'est le coût du travail qui est le problème et pas le coût du capital, qui encourage sous des formes extrêmes la volatilité du capital (...), ce n'est pas une affaire de personne, c'est une affaire de ligne politique", a-t-il dit.

A l'image du "tournant de la rigueur" amorcé par François Mitterrand en 1983, le second président socialiste de la Ve République, sans utiliser les mêmes termes, achève sa mue qu'il avait amorcée en parlant de "socialisme de l'offre" en décembre dernier : "Je suis pour la compétitivité, je ne suis pas pour la dépense", a-t-il dit jeudi.

Le parallèle avec la France du début des années 1980 vaut aussi partiellement pour la construction européenne.

En 1983, deux ans après son arrivée au pouvoir, François Mitterrand avait le choix entre la sortie du serpent monétaire européen d'un franc à l'agonie après trois dévaluations massives dues notamment à sa politique de relance, une option prônée par une partie du PS, et un renforcement de l'alliance avec Berlin pour relancer l'Europe, qu'il a finalement privilégiée.

Toutes proportions gardées, c'est ce qu'a aussi choisi François Hollande en jetant aux orties la "tension amicale" qu'il prônait jusqu'ici avec Angela Merkel.

Ce discours avait été perçu par une partie du PS comme un feu vert pour s'en prendre à l'"intransigeance égoïste" de la chancelière allemande qui plongerait l'Europe dans la récession et avec laquelle il faudrait, selon le président de l'Assemblée nationale, Claude Bartolone, entrer en "confrontation".

"UNE AFFAIRE D'URGENCE"

Comme la plupart des présidents français qui, de Jacques Chirac à Nicolas Sarkozy, cherchent lors de leur arrivée au pouvoir à bâtir des alliances de contournement de l'Allemagne avant de se rendre compte que le couple franco-allemand reste incontournable, François Hollande a suivi la même trajectoire.

Le moteur franco-allemand est "indispensable - je dis bien indispensable" à l'Europe, a-t-il dit jeudi.

Pour joindre les actes à la parole, il a répondu - avec retard - aux appels d'Angela Merkel à créer une union politique.

"La France est disposée à donner un contenu à cette union politique", a-t-il dit en se donnant deux ans pour y parvenir. "Ce n'est plus une affaire de sensibilités politiques, c'est une affaire d'urgence".

Même s'il n'en a pas précisé les contours, l'évolution est, là aussi, notable pour un président traumatisé par le "non" français à la Constitution européenne de 2005 qui avait déchiré - et continue de déchirer - le Parti socialiste.

"Je crois me souvenir qu'en 2005 nous avons essayé cette formule et qu'elle n'a pas donné les résultats escomptés !", déclarait-il en octobre dernier dans Le Monde.

"L'enjeu institutionnel est souvent évoqué pour ne pas faire de choix. Les plus empressés à parler de l'union politique sont parfois les plus réticents à prendre les décisions urgentes qui la rendraient pourtant incontournable", disait-il.

L'offre d'Angela Merkel ne connaîtra donc pas le même sort que celle formulée en 1994 par l'actuel ministre allemand des Finances, Wolfgang Schäuble, pour la création d'un "noyau dur" européen fondé sur l'axe franco-allemand à laquelle le Premier ministre Edouard Balladur n'avait pas jugé bon de répondre.

Certes, il est douteux que Paris et Berlin parviennent en deux ans à un accord entraînant la zone euro, sans parler d'une Union européenne que le Royaume-Uni envisage de quitter, sur les propositions formulées par la chancelière allemande.

DÉLÉGATIONS DE SOUVERAINETÉ

Cette dernière a évoqué un schéma fédéraliste dans lequel la Commission européenne serait le gouvernement de l'Union et le Conseil des ministres un "Sénat" aux côtés d'un Parlement doté de pouvoirs beaucoup plus importants.

Mais ce débat ne pourra de toute manière débuter qu'après les élections allemandes de l'automne prochain et François Hollande semble surtout avoir voulu couper court aux accusations selon laquelle la France n'est pas prête à accepter les délégations de souveraineté jugées indispensables à Berlin.

Le président français n'a en effet pas renoncé à ses revendications, déjà formulées dans le passé pour la plupart, d'une meilleure intégration de la zone euro qui serait accompagnée d'une plus grande solidarité.

Il suggère ainsi la création d'un gouvernement économique de l'euro se réunissant tous les mois avec pour mission l'harmonisation fiscale, voire sociale, et la lutte contre la fraude fiscale. La zone aurait aussi une capacité budgétaire et la possibilité de lever l'emprunt.

GOUVERNEMENT ÉCONOMIQUE

Certaines de ces propositions pourraient être acceptables à Berlin, comme la mise sur pied d'un budget commun doté de 10 à 20 milliards d'euros qui aiderait à financer des actions de soutien aux réformes structurelles dans les Etats membres.

Mais si l'idée d'un "gouvernement économique" de l'euro, vieille lune française, existe dans la réalité puisque les dirigeants européens jouent de facto ce rôle lors de leurs sommets, l'idée de François Hollande de lui donner un président stable risque de provoquer des tiraillements.

Wolfgang Schäuble a plutôt évoqué la création d'un poste de "commissaire aux Affaires monétaires" pour la zone euro, qui disposerait de vastes pouvoirs sur les budgets nationaux, et a poussé pour la présidence de l'Eurogroupe la candidature du Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, contre la volonté de Paris.

En outre, François Hollande maintient sa proposition de créer des euro-obligations pour mutualiser la dette, ce que l'Allemagne refuse avec force, même si Paris estime que la situation changera après les élections allemandes de septembre.

"Les euro-obligations ne sont pas faisables pour nous financièrement, politiquement et économiquement dans un avenir prévisible", explique ainsi un diplomate allemand, selon lequel les sociaux-démocrates sont sur la même ligne.

A Berlin, on émet d'ailleurs des doutes sur la possibilité de présenter des propositions franco-allemandes fin mai sur l'intégration de la zone euro, comme s'y étaient pourtant engagés François Hollande et Angela Merkel.

A l'Elysée, on affirme pourtant que ce sera bien le cas.

"On y travaille", dit-on dans l'entourage de François Hollande, tout en minimisant la portée de ce qui pourrait être présenté aux partenaires au Conseil européen de juin.

Avec Elizabeth Pineau, édité par Gilles Trequesser

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  • cavalair le vendredi 17 mai 2013 à 16:09

    Bravo Holland. Tres bonne proposition qui prend les Allemands pour des k.ons. Il s'agit d'integrer nos politiques qui permet de faire supporter par les Scheus le prix d'embauche de nouveaux fonctionnaire francais, ce qui eliminera notre chomage. Brillant, cet abruti de Sarko n'y avait pas pense.

  • chatnour le vendredi 17 mai 2013 à 15:39

    C'est celaaa, ouiii ! : http://www.latribune.fr/actualites/economie/union-europeenne/20130517trib000765133/pour-la-presse-allemande-c-est-sarkollande-et-le-reveil-de-pepere-.html

  • M6749774 le vendredi 17 mai 2013 à 15:35

    Il faut avoir du ''courage'' pour prôner une plus grande intégration économique et fiscale quand on a une administration qui coûte 20 % de plus que celle des autres partenaires...

  • M2633785 le vendredi 17 mai 2013 à 15:32

    Enfin un Président français qui écoute les propositions allemandes d'intégration européenne plus poussée et qui semble vouloir donner des réponses concrètes. A suivre et à soutenir.